L’Image dans la maison, de H. P. Lovecraft

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle de Lovecraft qui se déroule en Nouvelle Angleterre.

L’Image dans la maison


Introduction


Howard Phillips Lovecraft est un auteur américain né en 1890 et mort en 1937 dans la ville de Providence, à laquelle il doit deux de ses surnoms, « Le Maître de Providence », et « Le Reclus de Providence ». Le premier fait référence à son talent qui a marqué des générations entières de lecteurs, d’auteurs, dont China Miéville (Kraken, Perdido Street Station, En quête de Jake et autres nouvelles) Fritz Leiber (Ceux des profondeurs), Kij Johnson (La Quête onirique de Vellit Boe), Robert Bloch (Étranges Éons), ou encore Franck Belknap Long (Les Chiens de Tindalos), pour ne citer qu’eux.

Le second, au fait qu’il travaillait d’arrache-pied ses textes, seul chez lui, au point que la postérité l’a parfois présentée comme asocial. Cette idée perdure encore beaucoup aujourd’hui, malgré le fait que le spécialiste et biographe de Lovecraft S. T. Joshi ait mis en évidence les voyages et l’abondante correspondance de l’auteur dans sa biographie, Je suis Providence. Ainsi, Lovecraft a énormément échangé avec d’autres auteurs de son époque, avec par exemple Robert E. Howard (le créateur de Conan et de Kull) ou Clark Ashton Smith (Zothique, Hyperborée, Averoigne).

L’œuvre de Lovecraft est immense. Elle comprend majoritairement des nouvelles plus ou moins longues. Certaines peuvent même être qualifiées de novella. Il aussi écrit des poèmes, et même des essais, notamment Épouvante et surnaturel en littérature, où Lovecraft expose ses théories sur la littérature fantastique. Cependant, il ne faut pas oublier le racisme de l’auteur, qui infuse certaines de ses œuvres, comme La Rue et Horreur à Red Hook, et auquel certains auteurs se confrontent littérairement, à l’image de Victor LaValle avec La Balade de Black Tom.

L’image dans la maison, dont je vais vous parler aujourd’hui, a été écrite en 1920 et a été publiée en 1921.La nouvelle a connu de nombreuses éditions et traductions françaises. Pour cet article, comme pour tous ceux qui traiteront de l’œuvre de Lovecraft, je m’appuierai sur la traduction de David Camus, disponible aux éditions Mnémos, dans le volume Le Cycle de Providence, qui regroupe les récits qui se déroulent à Providence (oui oui) ou en Nouvelle-Angleterre.

Voici un rapide résumé de la nouvelle :

Un narrateur autodiégétique féru de généalogie entre dans une maison a priori abandonnée et fait la rencontre d’un vieillard corrompu par des images trouvées dans des livres.

Dans mon analyse de cette nouvelle, je traiterai de la manière dont la corruption s’illustre (sans mauvais jeu de mots) chez le vieillard rencontré par le personnage narrateur.

L’Analyse


Vieillard et images horrifiques


La nouvelle débute avec l’évocation d’une campagne (très) familière à Lovecraft, celle de la Nouvelle-Angleterre. Le narrateur autodiégétique le voit comme un arrière-pays hanté , plus dangereux et propice à l’occulte que les châteaux hantés en Europe, les « monolithes » ou les « vestiges » en Asie. La nouvelle exalte donc une horreur qui se rapproche du quotidien, des endroits familiers, et qui peut jaillir sous n’importe quelle forme, comme dans La Couleur tombée du ciel, Le Cauchemar d’Innsmouth, ou L’Abomination de Dunwich, qui se déroulent dans des endroits reculés de cette région des États-Unis, que l’auteur appréciait beaucoup, ce que relève S. T. Joshi dans sa biographie. L’incipit du récit est marqué par la personnification des vieilles maisons supposément abandonnées.

Maintenant, elles sont presque cachées par une luxuriante végétation anarchique, et protégées par des linceuls d’ombre ; mais les fenêtres à petits carreaux continuent de scruter sournoisement les environs et semblent clignoter dans l’hébétude mortelle qui tient la folie à l’écart en muselant le souvenir de choses indicibles. […]
Seules les maisons silencieuses, accablées de sommeil et qui semblent vous guetter depuis le fond des bois, pourraient dire tout ce qu’on y a enfoui depuis les premiers jours ; mais elles ne sont guère communicatives, et répugnent à s’extraire de la somnolence qui les aide à oublier. Alors on se dit qu’il serait sans doute charitable de les démolir, car elles doivent souvent rêver.

La personnification des maisons leur attribue un regard, leurs « fenêtres », capables de « scruter » et de « guetter », un mutisme qui les empêche de communiquer sur les secrets qu’elles abritent, mais aussi le sommeil et le rêve. Ces caractéristiques en font des témoins silencieux de l’horreur, mais aussi des vestiges d’un passé terrifiant, dont elles portent les traces et constituent le symbole.

Le narrateur autodiégétique est intéressé par la généalogie. Il s’agit d’un topos courant chez Lovecraft, qui se couple souvent avec celui de l’héritage maudit, dans des récits comme Le Cauchemar d’Innsmouth ou Les Rats dans les murs. L’Image dans la maison ne présentecependant pas cette combinaison, puisque le personnage narrateur ne se confronte pas à son propre héritage, mais à la folie d’un vieil homme qu’il rencontre dans une maison à l’air abandonné, qui donne son titre à la nouvelle.

Ce vieillard est caractérisé par l’oralité de son discours, qui est un sociolecte marquant sa ruralité. On retrouvera ce type de parler dans Le Cauchemar d’Innsmouth, avec le personnage de Zadok Allen, et dans L’Abomination de Dunwich, avec le grand-père de Wilbur Whateley.

« Ebenezer, y commandait un navire marchand de Salem, et l’a vu moult choses bizarres, dans moult ports. Ça, l’a eu à Londres, on croit ben – l’aimait bigrement laisser son or dans les échoppes. On est allé chez lui, une fois, sur la colline, pour y vendre des chevaux. C’est là qu’on a vu ce livre. Les dessins nous plaisaient fort, faque y nous l’a échangé contre aut’ chose. Pour sûr, c’t’un ouvrage bizarre – accordez-nous un instant, l’temps de chausser nos lunettes. »

La traduction de David Camus retranscrit l’oralité du discours du vieillard avec beaucoup d’apocopes, telles que « aut’ chose » ou « l’aimait », mais aussi sa possible folie, avec l’emploi de « nous » et de « on ».

Ce vieillard possède un livre doté de savoirs occultes, puisqu’il comporte des gravures de cannibalisme aztèques qui ont vraisemblablement rendu le vieil homme cannibale. L’horreur véhiculée par le récit passe par l’ekphrasis des planches illustrées présentes dans l’ouvrage, et notamment celle qui montre le cannibalisme.

Je fus de nouveau saisi d’un sentiment d’angoisse, mais n’en laissai rien paraître. Ce qu’il y avait de particulièrement bizarre, c’est que l’artiste avait représenté ses Africains comme des Blancs – les membres et les quartiers accrochés aux murs de la boutique étaient affreux à voir, tandis que le boucher, avec sa hache, était hideusement incongru. Mais mon hôte semblait goûter ce spectacle autant qu’il me répugnait.

L’étrangeté du vieillard transparaît dans sa réaction aux illustrations, puisqu’elles semblent le ravir, tandis que le narrateur en est dégouté, comme le montre sa perception. L’horreur du récit transparaît dans ce que sous-tend l’appréciation du vieillard, qui laisse entendre une véritable appétence (sans mauvais jeu de mots) pour le cannibalisme, mais aussi la torture.

La fin littéralement foudroyante sauve alors le narrateur de la mort, mais pas complètement de la folie.

Le mot de la fin


L’image dans la maison est une nouvelle de Weird Fiction de H. P. Lovecraft dans laquelle il met en scène une Nouvelle Angleterre reculée, explorée par un personnage narrateur qui rencontre un vieillard attiré par le cannibalisme. Les zones rurales et leurs maisons abandonnées apparaissent alors comme un lieu propice à l’horreur.

Vous pouvez également consulter mes chroniques de Dagon, La Cité Sans Nom, La Malédiction qui s’abattit sur Sarnath

5 commentaires sur “L’Image dans la maison, de H. P. Lovecraft

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