La Musique d’Erich Zann, de H. P. Lovecraft

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une des deux nouvelles de Lovecraft dans lesquelles il traite de figures d’artistes.

La Musique d’Erich Zann

mnemos997-2021

Introduction

Howard Phillips Lovecraft est un auteur américain né en 1890 et mort en 1937 dans la ville de Providence, à laquelle il doit deux de ses surnoms, « Le Maître de Providence », et « Le Reclus de Providence ». Le premier fait référence à son talent qui a marqué des générations entières de lecteurs, d’auteurs, dont China Miéville (Kraken, Perdido Street Station, En quête de Jake et autres nouvelles)
Fritz Leiber (Ceux des profondeurs), Kij Johnson (La Quête onirique de Vellit Boe), Robert Bloch (Étranges Éons), ou encore Franck Belknap Long (Les Chiens de Tindalos), pour ne citer qu’eux.

Le second, au fait qu’il travaillait d’arrache-pied ses textes, seul chez lui, au point que la postérité l’a parfois présentée comme asocial. Cette idée perdure encore beaucoup aujourd’hui, malgré le fait que le spécialiste et biographe de Lovecraft S. T. Joshi ait mis en évidence les voyages et l’abondante correspondance de l’auteur dans sa biographie, Je suis Providence. Ainsi, Lovecraft a énormément échangé avec d’autres auteurs de son époque, avec par exemple Robert E. Howard (le créateur de Conan et de Kull) ou Clark Ashton Smith (Zothique, Hyperborée, Averoigne).

L’œuvre de Lovecraft est immense. Elle comprend majoritairement des nouvelles plus ou moins longues. Certaines peuvent même être qualifiées de novella, voire de (courts) romans, mais aussi des poèmes, et même des essais, notamment Épouvante et surnaturel en littérature, où Lovecraft expose ses théories sur la littérature fantastique. Cependant, il ne faut pas oublier le racisme de l’auteur, qui infuse certaines de ses œuvres, comme La Rue et Horreur à Red Hook, et auquel certains auteurs se confrontent littérairement, à l’image de Victor LaValle avec La Balade de Black Tom.

Le texte dont je vais vous parler aujourd’hui, La Musique d’Erich Zann, a été probablement écrite en décembre 1921 et publiée en 1922. Pour cet article, comme pour tous ceux qui traiteront de l’œuvre de Lovecraft, je m’appuierai sur la traduction de David Camus, disponible aux éditions Mnémos, dans le volume Récits horrifiques, récits de jeunesse et récits humoristiques.

Voici un rapide résumé de cette nouvelle :

Un narrateur autodiégétique, fasciné par la musique d’un dénommé Erich Zann, a tenté de devenir son ami, avant de découvrir ses liens avec le surnaturel.

Dans mon analyse du récit, je traiterai de la manière dont Lovecraft rattache une figure d’artiste au surnaturel. Ce sera aussi mon axe de lecture lorsque j’aborderai Le Modèle de Pickman.

L’Analyse

Indicible et ténébreuse musique

La nouvelle s’appuie sur un narrateur autodiégétique qui raconte son récit avec un point de vue rétrospectif. Il s’agit d’un procédé courant chez Lovecraft, qui vise à tenter d’exprimer une forme d’indicible pour l’exorciser (ou au contraire, s’y noyer).

Les noms propres (« Blandot », « rue d’Auseil ») peuvent laisser penser que les événements évoqués par le narrateur se déroulent en France, supposément à Paris. Ils se situent précisément dans la rue d’Auseil, qui semble coupée du reste de la ville.

J’ai beau avoir examiné les cartes de la ville avec le plus grand soin, je n’ai jamais retrouvé la rue d’Auseil. Mes recherches ne se sont pas cantonnées aux cartes modernes, car je sais bien que les noms changent. Au contraire, je me suis longuement penché sur tous les vieux documents relatifs à cet endroit ; et je me suis rendu en personne dans tous les lieux susceptibles – peu importe leur nom – de correspondre à la voie que je connaissais sous le nom de rue d’Auseil.

La rue d’Auseil, de la même manière que l’atelier secret de Pickman, se situe donc dans l’espace urbain, mais semble introuvable. Le narrateur ne peut donc pas donner de preuve de ce qu’il avance, et est donc le seul à avoir contemplé (entendu, plutôt) le phénomène surnaturel dont il parle, au sein d’un espace que personne ne peut atteindre.

Le narrateur raconte donc sa rencontre avec Erich Zann, un joueur de viole muet, et décrit les morceaux qu’il joue et sa manière de les exécuter, qui exercent une fascination sur lui parce qu’ils rompent avec ce qu’il a l’habitude d’entendre.

Par la suite, j’entendis Zann toutes les nuits. Même s’il m’empêchait de dormir, je ne pouvais résister à l’envoûtement produit par son étrange musique. Je ne connaissais pas grand-chose à cet art, mais j’étais certain que ses accords étaient totalement étrangers à toutes les sortes de musiques que j’avais entendues jusque-là. J’en conclus que Zann était un compositeur de génie, particulièrement original. Plus je l’écoutais, plus j’étais fasciné [] .

La difficulté du narrateur à dire réside d’abord dans l’aspect surnaturel de la suite du récit, mais aussi dans le fait qu’il ne sache pas s’exprimer sur la musique à cause de son manque de connaissance dans cet art, contrairement au narrateur du Portrait de Pickman, qui est un amateur de peinture et peut donc comparer le peintre à ses prédécesseurs ou ses contemporains. Les ekphrasis des morceaux joués par Zann s’avèrent alors floues, et rendent davantage compte de son originalité que de sa technique.

Il s’avère que le musicien joue pour se préserver de créatures surnaturelles et des forces obscures qui le hantent et semblent venues d’une autre dimension que le narrateur peut observer par la fenêtre (oui oui). Le motif de la fenêtre qui donne sur un ailleurs sera employé plus tard en Weird Fiction par un certain China Miéville dans la nouvelle « Un autre ciel » présente dans le recueil En quête de Jake et autres nouvelles. Erich Zann tente de donner une explication rationnelle au narrateur, mais celle-ci se perd. Dans cette nouvelle, l’indicible reste donc inexpliqué, et n’est pas exprimé de manière vive. En effet, les descriptions de ce phénomène et des créatures sont beaucoup plus évasives que ce que Lovecraft a l’habitude d’écrire, à grands renforts d’hyperboles et d’hypotyposes. Les créatures sont évoquées par des GN très vagues, « quelque chose », « les puissances », « mystérieux agresseurs nocturnes », qui n’informent pas sur leur forme. Le narrateur se trouve donc dans l’incapacité de décrire ce qu’il a vu.

Le mot de la fin

La Musique d’Erich Zann est une nouvelle de Weird Fiction de H. P. Lovecraft, dans laquelle un narrateur autodiégétique tente de rendre compte de la musique surnaturelle jouée par Erich Zann sans véritablement y parvenir. Ce musicien semble s’opposer à l’invasion de créatures surnaturelles venues d’une autre dimension.

J’ai lu et chroniqué d’autres nouvelles de Lovecraft, Dagon, La Cité Sans Nom, La Malédiction qui s’abattit sur Sarnath, L’Image dans la maison

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6 commentaires sur “La Musique d’Erich Zann, de H. P. Lovecraft

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