Les Rats dans les murs, de H. P. Lovecraft

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle de Lovecraft qui met en scène un château hanté par des rats, mais pas que.

Les Rats dans les murs

mnemos997-2021


Introduction


Howard Phillips Lovecraft est un auteur américain né en 1890 et mort en 1937 dans la ville de Providence, à laquelle il doit deux de ses surnoms, « Le Maître de Providence », et « Le Reclus de Providence ». Le premier fait référence à son talent qui a marqué des générations entières de lecteurs, d’auteurs, dont China Miéville (Kraken, Perdido Street Station, En quête de Jake et autres nouvelles)
Fritz Leiber (Ceux des profondeurs), Kij Johnson (La Quête onirique de Vellit Boe), Robert Bloch (Étranges Éons), ou encore Franck Belknap Long (Les Chiens de Tindalos), pour ne citer qu’eux.

Le second, au fait qu’il travaillait d’arrache-pied ses textes, seul chez lui, au point que la postérité l’a parfois présentée comme asocial. Cette idée perdure encore beaucoup aujourd’hui, malgré le fait que le spécialiste et biographe de Lovecraft S. T. Joshi ait mis en évidence les voyages et l’abondante correspondance de l’auteur dans sa biographie, Je suis Providence. Ainsi, Lovecraft a énormément échangé avec d’autres auteurs de son époque, avec par exemple Robert E. Howard (le créateur de Conan et de Kull) ou Clark Ashton Smith (Zothique, Hyperborée, Averoigne).

L’œuvre de Lovecraft est immense. Elle comprend majoritairement des nouvelles plus ou moins longues. Certaines peuvent même être qualifiées de novella. Il aussi écrit des poèmes, et même des essais, notamment Épouvante et surnaturel en littérature, où Lovecraft expose ses théories sur la littérature fantastique. Cependant, il ne faut pas oublier le racisme de l’auteur, qui infuse certaines de ses œuvres, comme La Rue et Horreur à Red Hook, et auquel certains auteurs se confrontent littérairement, à l’image de Victor LaValle avec La Balade de Black Tom.

La nouvelle dont je vais vous parler aujourd’hui, Les Rats dans les murs, a été écrite en 1923 et publiée en 1924. La nouvelle a connu de nombreuses éditions et traductions françaises. Pour cet article, comme pour tous ceux qui traiteront de l’œuvre de Lovecraft, je m’appuierai sur la traduction de David Camus, disponible aux éditions Mnémos, dans le volume Récits horrifiques, Contes de jeunesse, récits humoristiques.

En voici un rapide résumé :

Un aristocrate d’origine britannique revient des États-Unis pour reprendre possession d’une demeure familiale entourée de superstitions. Il y est confronté aux secrets de sa famille, et plonge dans l’horreur.

Dans mon analyse du récit, je traiterai de la manière dont Lovecraft met en scène l’exploration de secrets enfouis.

L’Analyse



Des rats dans les murs et des cadavres dans les souterrains


La narration du récit est prise en charge par un narrateur autodiégétique qui raconte de manière rétrospective sa découverte, puis son abandon du prieuré d’Exham, car il a conscience de « descendre d’une lignée maudite », ce que suggèrent déjà les premières lignes de la nouvelle.

Le 16 juillet 1923, j’emménageai au prieuré d’Exham après que le dernier ouvrier eut terminé son travail. La restauration avait été une tâche colossale, car il ne restait plus grand-chose de l’édifice abandonné – juste une ruine semblable à une coquille vide ; mais comme il s’agissait de la demeure de mes ancêtres, je n’avais pas rechigné à la dépense. L’endroit n’avait pas été habité depuis le règne de Jacques Ier, lorsqu’une tragédie particulièrement abominable – et cependant largement inexpliquée – avait frappé le maître des lieux, cinq de ses enfants et plusieurs de ses serviteurs ; avant de contraindre à l’exil, dans une atmosphère de suspicion et de terreur, son troisième fils – mon ancêtre en ligne directe et seul survivant de la lignée abhorrée.

La tragédie évoquée par le narrateur, avec de nombreuses morts, montre d’une part que sa demeure est potentiellement hantée, et à travers elle, sa lignée l’est sans doute aussi. Lovecraft aborde donc dans ce récit un topos particulièrement présent dans œuvre, celui de la généalogie dégénérée, de l’héritage maudit, qui se combine ici avec un lieu topique du roman gothique, le château hanté.

Le prieuré d’Exham est rattaché par les archéologues à un passé particulièrement ancien, qui remonte (ou descend ?) aux saxons, et avant cela, à l’antiquité romaine et druidique. Le bâtiment se trouve alors marqué par un passé plus ou moins lointain, auquel la lignée du narrateur se trouve mêlée, surtout pour le pire. Sa famille, les de La Poer, est sujette à de nombreuses superstitions rurales.

Ces superstitions s’avèrent fondées sur de véritables faits, puisque le personnage découvre que sa demeure est infestée de rats qu’il semble le seul à entendre. Il fait donc appel à une équipe de scientifiques pour explorer les souterrains du château afin de confirmer la présence hypothétique de rats. Le motif de l’exploration des souterrains est présent dans d’autres nouvelles de l’auteur, Les Montagnes hallucinées en tête, qui comporte d’ailleurs aussi une expédition scientifique, mais aussi dans Le Festival, qui décrit un narrateur autodiégétique qui découvre dans les souterrains de la ville de ses ancêtres, Kingsport, son héritage maudit. L’exploration de souterrains revient chez Lovecraft à mettre au jour un passé (ou même son passé), qu’il aurait mieux valu laisser enfoui.

L’exploration des souterrains de la demeure des de La Poer est l’occasion pour Lovecraft de mobiliser des références métalittéraires.

Ni Hoffmann ni Huysmans n’auraient pu concevoir paysage d’une sauvagerie plus hallucinante, plus furieusement répugnant ou plus grotesquement gothique que la grotte crépusculaire dans laquelle nous avancions vaille que vaille tous les sept, en trébuchant de révélation en révélation, et en nous efforçant, pour le moment, de ne pas penser aux événements qui avaient dû se produire ici trois cents, mille, deux mille ou dix mille ans auparavant. C’était l’antichambre de l’enfer, et le pauvre Thornton s’évanouit de nouveau lorsque Trask lui apprit que certains de ces squelettes avaient régressé à l’état de quadrupèdes depuis au moins vingt générations.

L’auteur mentionne ainsi Huysmans et Hoffmann pour introduire une description hyperbolique chargée de superlatifs pour évoquer la grotte dans laquelle les personnages se trouvent et les abominations qu’ils y trouvent, issues d’un passé (hyperboliquement) lointain. Ces références à des auteurs respectivement décadentiste et fantastique permettent de connoter sa description, de l’inscrire d’emblée dans un référentiel excessif et surnaturel. À noter que plus loin, Lovecraft mobilise un intertexte interne à son œuvre avec une évocation d’un certain « Nyarlathotep ».

Cette description montre aussi une régression, et même une dévolution, avec des êtres humains redevenus des quadrupèdes. Ce motif de régression se retrouve dans d’autres nouvelles de l’auteur, telles que « La Peur qui rôde », dans laquelle une famille, les Martense, régressent à l’état de singes. Dans le cas des Rats dans les murs, il s’avère que les de La Poer ont élevé du bétail humain dans les souterrains de leur demeure, qui a alors régressé, dans le but de s’adonner au cannibalisme (oui oui).

La découverte des souterrains s’accompagne donc de celle de montagnes de cadavres et de charniers.

Seigneur ! Ces noires fosses à charognes, emplies d’os sciés et rongés, et de crânes ouverts ! Ces gouffres cauchemardesques débordant d’ossements pithécanthropiens, celtes, romains et anglais depuis d’innombrables siècles impies ! Certaines de ces fosses étaient pleines à ras bord, et nul n’aurait pu dire leur profondeur. Les faisceaux de nos torches n’atteignaient pas le fond de certaines autres, qui semblaient peuplées d’innommables chimères. Qu’était-il advenu, me demandais-je, des infortunés rats tombés dans de tels pièges au cours de leurs raids menés dans l’obscurité de ce Tartare effroyable ?

Là encore, la description se fait hyperbolique pour marquer le gigantisme, et donc l’étendue du crime de la famille du narrateur. Le discours indirect libre accompagné de ponctuation expressif marque quant à lui le traumatisme du narrateur.

Cependant, la fin de la nouvelle laisse entrevoir sa folie, qui fait écho au cannibalisme de ses ancêtres. De la même manière que dans Le Cauchemar d’Innsmouth, le passé et les horreurs qui l’accompagnent finissent par contaminer les individus, qui répètent alors les actes de leurs aïeux dans une abominable résurgence.

Le mot de la fin


Les Rats dans les murs est une nouvelle de Weird Fiction de H. P. Lovecraft dans laquelle un personnage narrateur autodiégétique est confronté aux crimes atroces de ses ancêtres alors qu’il cherche à reconstruire leur demeure, vraisemblablement hantée par des rats qu’il est le seul à entendre. Lovecraft montre dans cette nouvelle qu’un héritage et une ascendance maudits finissent par toujours par ressurgir, et souvent de manière abominable.

J’ai lu et chroniqué d’autres récits de Lovecraft, Dagon, La Cité Sans Nom, La Malédiction qui s’abattit sur Sarnath, L’Image dans la maison, La Musique d’Erich Zann,

4 commentaires sur “Les Rats dans les murs, de H. P. Lovecraft

  1. Cher Monsieur, Votre érudition en matière de SF me fait espérer retrouver des titres de romans dont j’ai oublié jusqu’au nom et titre des auteurs

    1/ un roman SF où il est question de vivre sur une droite euclidienne et progressivement progresser aux dimensions supérieures (si ma mémoire est bonne revois la couverture du roman « argentée »

    Mon dealeur FNAC en SF étant introuvable 2/ je passe au Roman SF où les les personnages peuvent à volonté changer de sexe et la phrase qui m’est restée est en substance la suivante nous avons une femme qui devient un homme et adore les gays quant à l’homme choisissant de devenir une femme déclare « suis trop hétérosexuel je ne suis pas comme ma femme »

    3/ enfin un roman SF qui présente des Portes de télé transportations pour qui a les moyens de s’offrir plusieurs Portes jusqu’à ce qu’on découvre que l’ordinateur central profite des neurones humains le temps de passage de Portes afin d’accélérer ses calculs

    Je croise les doigts pour que vous ayez ces références En vous remerciant de tout cœur SE

    Envoyé de mon iPhone

    >

    J’aime

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