Monsieur Merlin, d’Arnauld Pontier

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une novella de science-fiction qui traite de la non-linéarité du temps.

Monsieur Merlin, d’Arnauld Pontier


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions 1115, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Arnauld Pontier est un auteur français né en 1957. Il a travaillé avec diverses revues et est le fondateur des éditions Paris Musées. Il guide aussi des méditations.

En tant qu’auteur, il récemment publié Sur Mars, un récit de voyage réaliste sur la planète rouge, et Dehors, les hommes tombent, une novella postapocalyptique, aux éditions 1115. La novella Monsieur Merlin, dont je vais vous parler aujourd’hui, est parue en 2022 chez le même éditeur.

En voici la quatrième de couverture :

« « Derrière la brume, il n’y a très exactement plus rien, Monsieur Merlin. Et vous vous demandez sans doute comment c’est possible ou, ce qui revient au même, comment on a pu en arriver là. Comment et pourquoi. Eh bien, je vous appelle pour répondre à ces questions. »

D’aucuns savent qu’un simple coup de téléphone peut bouleverser l’existence. Il suffit d’un échange, d’une conversation, pour que le quotidien prenne soudain une toute nouvelle direction. D’autant plus quand la voix dans le combiné vous annonce qu’elle appelle du futur. »

Dans mon analyse de la novella, je traiterai de la manière dont une narration non fiable rend compte d’un dérèglement de la causalité.


L’Analyse


Causalité déréglée, Merlin désenchanté


La novella d’Arnaud Pontier met en scène un futur supposément postapocalyptique, dont l’humanité semble avoir disparu ou presque, de même que les ressources naturelles, puisque l’incipit nous informe que les derniers chênes ont disparu, ce qui indique que les écosystèmes sont en grande partie détruits. Le récit nous fait suivre un certain Monsieur Merlin, un peintre qui vit à Paris et passe une bonne partie de ses journées dans son atelier, à la première personne, au présent. Cette narration autodiégétique est entrecoupée d’interludes sur lesquels je reviendrai plus loin. Sa routine est brisée lors de l’incipit par un appel téléphonique alors plus rien n’est censé fonctionner (oui oui). En outre, il s’avère que la communication provient du futur (oui oui).

[…] le téléphone sonne. Impossible. Une vague glacée m’enveloppe. […] Comme s’il s’agissait d’un simple appel téléphonique, alors que plus personne n’est censé pouvoir téléphoner.
— Vous êtes qui ? […]
— C’est vraiment votre première question ?
Je ne réponds pas, incapable d’ordonner mes idées. C’est chaque fois pareil, au saut du lit : il me faut un moment pour reprendre pied, pour savoir où je suis. Et cette révélation soudaine de n’être plus seul n’arrange rien. Je n’avais pas prévu ça. Il a raison : ma première question était
stupide. Il poursuit, tout aussi sérieusement.
— Ce n’est rien. Je répondrai à toutes vos interrogations. Je m’appelle Dani Pibrock et je vous téléphone depuis ce bureau, votre bureau. Mais depuis un futur relativement lointain.
Je songe pêle-mêle que son relativement n’a aucun sens, qu’il porte le nom d’un joueur de cornemuse et que ce qu’il me dit est impossible.

L’impossibilité de cette situation est explicitement mise en évidence plusieurs fois par le narrateur, dans la phrase non verbale « Impossible. », mais aussi dans l’expression du contraste entre « un simple appel téléphonique » et l’impossibilité que cela représente dans un monde vidé de toute humanité, sans que rien ne fonctionne, mais plus encore, sans qu’aucun interlocuteur potentiel ne puisse exister. L’impossible transparaît par ailleurs dans le discours de l’interlocuteur de Monsieur Merlin, Dani Pibrock, qui affirme appeler depuis « un futur relativement lointain », à partir du propre bureau de Monsieur Merlin. Le temps et le lieu (on pourrait même parler d’espace-temps ?) d’appel de l’émetteur, par leur caractère invraisemblable, rendent a priori impossible la situation d’énonciation que présente cet appel. On note que mot « relativement » présente ici un double sens, en ce qu’il fait à la fois écho à la théorie de la relativité d’Einstein et l’expression littérale ayant pour synonyme « plutôt ».

Ce dialogue met en évidence le fait que l’auteur s’est inspiré des propos et des travaux du philosophe des sciences Étienne Klein sur le temps et la causalité, avec une inversion possible des causes et des effets. Le futur peut alors avoir des conséquences sur le passé (oui oui), qui ne serait donc plus déterminant et déterministe de l’avenir, ce qui rend la chronologie sujette à des altérations en amont comme un aval d’une linéarité constamment remise en question.

[…] « Ce qui s’est fait est ce qui se fera », ne sont que des simplifications. Car le principe d’antécédence est erroné. Aucune protection chronologique, aucune causalité ne régit l’univers.

Cette réplique remet en cause les principes de causalité, c’est-à-dire le rapport de cause à effet (un évènement en produit un autre), mais aussi de la chronologie, c’est-à-dire de la linéarité du temps, qui ne circulerait que dans une seule direction, sans qu’il soit possible de l’infléchir. Le principe même d’antécédence, c’est-à-dire le fait qu’un élément ou un événement en précède un autre, se trouve alors désamorcé.

Sans trop rentrer dans les détails, les interludes montrent peu à peu la véritable identité de Monsieur Merlin, avec des discours qui portent sur son identité et les tâches qu’il doit accomplir, ainsi que le monde dont il est issu. Ces interludes montrent par ailleurs que Monsieur Merlin est aliéné par ses interlocuteurs, puisque ces derniers le surveillent.

— Il s’en sort comment ?
— C’est encore trop tôt pour le dire. Mais je crois qu’il va y arriver.
— Vraiment ? Il a gobé votre histoire ?
— Je crois. Dans les grandes lignes. Mais ce n’est pas crucial. Qu’il soit certain ou qu’il doute n’a aucune importance. L’essentiel est qu’il ait une base. Qu’elle soit réelle ou pas.

La fiabilité de la narration du personnage est donc considérablement altérée et peut s’apparenter à une narration dickienne,  puisque la notion de réalité (entre autres)se trouve constamment questionnée, notamment au moyen de scènes de rêves et d’exploration de souvenirs liés à une certaine Eléonore, dont Merlin est amoureux, mais je ne peux pas vous en dire plus !

Le mot de la fin

Monsieur Merlin est une novella de science-fiction d’Arnaud Pontier dans laquelle l’auteur traite de la remise en question de l’écoulement linéaire du temps et du principe de causalité, à partir d’un appel téléphonique venu du futur.

Si vous voulez en savoir plus sur ces notions, je vous recommande la lecture de cette novella !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Célindanaé, Yogo, le Chien Critique

5 commentaires sur “Monsieur Merlin, d’Arnauld Pontier

  1. … et je m’interroge… cette chronique extraordinairement éclairée serait-elle finalement antérieure à la rédaction de Monsieur Merlin ? Enfin, finalement… relativement. Me voilà perplexe, cher Chroniqueur…

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  2. En lisant tes chroniques je me fais souvent la réflexion que nous ne lisons pas les mêmes livres et pourtant…

    L’avantage c’est que je me suis autant perdu ici que dans la lecture de la novella donc je me sens bien à ma place.

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