Le Géant noyé, de J. G. Ballard

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une nouvelle de J. G. Ballard récemment adaptée dans la série d’animation et d’anthologie Love Death and Robots, disponible sur Netflix.

Le Géant noyé, de J. G. Ballard


Introduction


James Graham Ballard est un auteur britannique né en 1930 et mort en 2009. Il est considéré comme l’un des écrivains les plus représentatifs de la New Wave de la science-fiction. Il est aussi cité par Bruce Sterling comme une influence majeure du Cyberpunk dans la préface de Mozart en verres miroirs.

Pour rappel, les récits de la New Wave cassent les codes de la SF en expérimentant de nouvelles formes et en abordant des thématiques plus sociales et un futur plus proche du nôtre.

La nouvelle dont je vais vous parler aujourd’hui, « Le Géant noyé », est originellement parue en 1964 dans le recueil The Terminal Beach. Elle a été traduite par René Lathière pour la deuxième anthologie Espaces inhabitables, intitulée Autres temps, autres mondes, parue chez Casterman en 1973. Cette traduction a ensuite été reprise pour le Livre d’or de la SF dédié à l’auteur, puis dans la deuxième intégrale de ses nouvelles parue chez Tristram en 2009. Une autre traduction de cette nouvelle, de la main d’un certain Pierre-Paul Durastanti, est disponible dans le recueil La Plage ultime, paru en 1990 chez J’ai Lu. Récemment, la nouvelle a été adaptée en court métrage d’animation pour la deuxième saison de la série d’anthologie Love, Death and Robots, disponible sur Netflix. Jeff Vandermeer rattache cette nouvelle au genre de la Weird Fiction dans la préface de l’anthologie The Weird, bien qu’il n’ait pas pu l’y intégrer pour des raisons de droits d’auteur.

Voici un rapide résumé de la nouvelle :

Dans une ville d’un monde qui semble similaire au nôtre, le corps mort d’un géant échoue sur une plage. Les habitants de la ville, d’abord fascinés, s’en désintéressent peu à peu et finissent par dégrader son corps.

Dans mon analyse de la nouvelle, je traiterai de l’altérité représentée par le géant.

L’Analyse


Un géant échoué, un narrateur fasciné


La figure du géant échoué sur la plage semble issue d’une époque mythique, ce qu’on remarque dans la manière dont il est perçu par le narrateur.

Malgré cela et le gonflement de plus en plus marqué de ses traits, le géant conservait encore sa splendide apparence homérique. La largeur prodigieuse des épaules, les puissantes colonnes des bras et des jambes portaient encore son personnage dans une autre dimension, et le géant semblait une image plus authentique d’un Argonaute noyé ou d’un héros de l’Odyssée victime des flots que le classique portrait à la simple échelle humaine que j’avais jusqu’alors en tête.

L’adjectif « homérique » et la comparaison avec un « Argonaute » (qui sont les acolytes de Jason lors de sa quête de la Toison d’Or) et « un héros de L’Odyssée » renvoient àla mythologie grecque, de même que le « profil grec » du géant. Cela le rattache au surnaturel mythique, de même que son apparition soudaine, à la faveur d’une « tempête », de même que l’aura de supériorité qu’il dégage ou qu’on lui attribue, qui marque l’existence (présente ou passée) de créatures qui dépassent la simple humanité. La rupture avec cette dernière s’observe aussi dans sa différence physique avec l’humanité, puisque ce qui suinte de ses plaies n’est pas du sang, mais un « liquide noir ».

Cependant, le géant est mort lorsque son corps s’échoue sur le rivage, ce qui peut signifier une rupture radicale entre la ville banale décrite par l’auteur et un état antérieur et mythique du monde, avec la mort du surnaturel, et la vie des humains. Cette mort du géant est d’ailleurs prolongée par la dégradation de son corps, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire les outrages qu’on lui fait subir, mais aussi la décomposition.

La nouvelle de Ballard est prise en charge par un narrateur anonyme à la première personne, qui semble correspondre à un homme du commun confronté à l’étrange et fasciné par celui-ci. On peut le percevoir comme un équivalent des narrateurs à la première personne des récits fantastiques du XIXème siècle, ou même ceux de certaines nouvelles de Lovecraft, qui sont des personnages banals confrontés à des réalités qu’ils ne peuvent envisager. Cependant, le géant ne constitue pas une source de terreur pour le narrateur ou les habitants, mais plutôt un objet de curiosité.

Le géant devient par ailleurs littéralement réifié par l’action de l’être humain sur son corps, qui le piétine pour le parcours, le tague, et l’ampute. Ce que le narrateur considère comme « une longue série d’outrages » et des « déprédations », perpétrés par des promeneurs, des enfants, mais aussi par « une usine d’engrais et une fabrique d’aliments ». L’humanité procède alors à une forme de désacralisation d’un être mythique pour littéralement le phagocyter, puisque son corps est utilisé par l’industrie agro-alimentaire.

L’appartenance du récit de Ballard à la Weird Fiction découle donc de la fascination exercée par le corps du géant, dont l’apparition provoque un effet d’étrangeté sur le monde supposément mimétique décrit dans le récit, mais aussi de la destruction progressive de ce corps par une humanité qui s’en nourrit.

Le mot de la fin


Le géant noyé est une nouvelle de science-fiction de J. G. Ballard, que l’on peut rattacher à la Weird Fiction, dans laquelle l’auteur met en scène un personnage qui voit un géant mort s’échouer sur la plage de sa ville.

Cette figure qui semble mythique semble d’abord fasciner la simple humanité et apparaît comme une forme d’altérité supérieur, finit toutefois par être dégradée.

Je vous recommande cette nouvelle si vous avez vu son adaptation sur Netflix, si vous aimez ou souhaitez découvrir la plume de J. G. Ballard, et si vous voulez découvrir la Weird Fiction !

J’ai lu et chroniqué d’autres œuvres de l’auteur, Crash, Le Monde englouti, Sécheresse, La Forêt de cristal,

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