Collisions par temps calme, de Stéphane Beauverger

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une novella utopique qui décrit une Intelligence Artificielle bienveillante.

Collisions par temps calme, de Stéphane Beauverger


Introduction

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions La Volte. Je remercie chaleureusement Nay Al Askar pour l’envoi de cette novella !

Stéphane Beauverger est un auteur de science-fiction français né en 1969. Il est aussi scénariste pour le jeu vidéo, et a notamment travaillé pour le studio Dontnod Enteternainment pour Remember Me, Vampyr et Tell Me Why. Il est connu pour son roman Le Déchronologue.

Collisions par temps calme est paru en 2021 aux éditions La Volte dans la collection Eutopia, qui vise à montrer des utopies situées. Il s’agit du troisième titre de la collection, après Un souvenir de Loti de Philippe Curval et Résolution de Li-Cam.

En voici la quatrième de couverture :

« Sylas mène avec sa famille une vie heureuse sur son île. Le monde est beau, paisible, fluide grâce à Simri, l’artéfact sapiens présidant au confort de l’humanité depuis cinquante ans. Une super IA dont le déploiement global garantit à la société un avenir serein. Sylas partage sa vie entre son travail d’analyste système et sa passion pour la conception de bateaux. Oui, le monde est beau et va bien, vraiment, pour tous.
                          Mais Calie, la sœur de Sylas, ne veut plus y vivre. Demander à quitter le giron protecteur de Simri, qui veille au bien-être de tous, c’est rare, mais possible. Cette décision bouleverse Sylas. S’il espère la faire changer d’avis, il sait que leurs trajectoires respectives ne peuvent aboutir qu’à une collision. Une collision par temps calme dans un ciel sans nuages. »

Dans mon analyse de la novella, je traiterai de la mise en scène de conflits familiaux au sein d’une utopie.

L’Analyse


Utopie tranquille et conflits familiaux


Stéphane Beauverger met en scène une utopie qui s’appuie sur le fait qu’une Intelligence Artificielle, Simri, gère le quotidien des humains et veille sur eux, implantée dans chaque foyer sous forme d’assistante domotique pour aider chaque individu à subvenir à ses besoins. L’espèce humaine ne manque donc plus de rien et se trouve aidée par une Intelligence Artificielle véritablement bienveillante. La figure de l’IA bienveillante peut rappeler celle que Li-Cam décrit dans Résolution, Sun, qui peut faire preuve d’empathie en écoutant les habitants de l’Adelphie lui présenter leurs troubles.

Une formule revient souvent dans les dialogues au cours de Collisions par temps calme, « Brave Simri ». Elle marque d’une part la dévotion dont fait preuve Simri à l’égard de l’humanité, mais également la confiance pleine et entière que celle-ci lui porte, émerveillée par les « Seuils » d’intelligence qu’elle a franchi et les décisions qu’elle a prises pour le bien commun sans jamais s’en éloigner. Et pour cause, Simri ne cherche pas à dominer l’humanité ou à la détruire, comme peuvent parfois le faire certaines IA de science-fiction. Les décisions de Simri ont permis par exemple de dépolluer la méditerranée, ce qui a permis un « accroissement de sa biodiversité ». L’Intelligence Artificielle a donc permis de réparer les écosystèmes, mais aussi d’entreprendre la conquête spatiale et de rendre l’énergie « gratuite et abondante ». Cela permet à la totalité de l’espèce humaine de vivre sans manquer de rien c de Sans rentrer dans les détails, même ce qu’elle peut cacher, ce qui est révélé dans la magistrale fin du récit, n’est pas destiné à subvertir l’humanité à laquelle elle s’est vouée, bien au contraire. Pourtant, certains individus, appelés Autonomes, cherchent à quitter le giron de Simri pour vivre par leurs propres moyens, quitte à s’installer dans des endroits hostiles et risquer d’y mourir. L’une des thématiques majeures de la novella est donc la manière dont traite l’utopie de ceux qui veulent s’en séparer.

— Tu es heureux, toi ? […]
— Oui, coccinelle. Je t’ai, toi, et j’ai Kylian, et notre île, et mon travail… Mais surtout, je sais que je ne suis pas chanceux. Je sais que rien de ce nous avons ici n’est refusé à quiconque. Notre bonheur est globalisé, tu vois ? C’est ce qui le rend si… satisfaisant.
— Pourtant, il ne plaît pas à tante Calie.
— Ça arrive à certaines personnes. C’est tellement rare que je ne pensais pas que ça arriverait à quelqu’un que je connais. Et ces personnes ne sont pas méchantes, stupides ou mauvaises, c’est juste qu’elles souffrent. Et Simri doit aussi veiller à leur confort, en un sens. Brave Simri.
— Comment ça ?
— Quand tu as été conçue pour veiller au bien-être de milliards de citoyens qui te font suffisamment confiance pour te déléguer presque toutes les décisions, tu dois garantir de ne pas en abuser. Sa bienveillance doit aller jusqu’à accepter et protéger ceux à qui elle ne convient pas, tu comprends ?

La discussion de l’un des personnages principaux, Sylas, avec sa fille, Typhaine, montre d’une part que l’utopie portée par Simri n’a rien d’un privilège, ce qui transparaît dans deux phrases négatives dans la deuxième réplique, qui marquent l’égalité entre tous les individus, et d’autre part, que l’Intelligence Artificielle doit trouver des solutions pour ceux qui se trouvent en situation de souffrance en son sein, sans mesures coercitives.

Les points de vue des deux personnages principaux, Sylas et sa sœur Calie, sont donnés à la première personne et au présent. Le récit les fait se chevaucher, ce qui donne des éclairages différents aux mêmes scènes en donnant les états d’esprit et les émotions de Sylas comme de Calie. Ainsi, Stéphane Beauverger fait se chevaucher des points de vue internes à la première personne pour rendre compte de l’opposition entre un frère et sa sœur, mais aussi de la manière dont ils peuvent parfois se rejoindre.

Son regard se fixe sur les graphiques qui s’étalent sur mes écrans.
— C’est un mappage récent ?
— Juste une projection partielle de sa signature nodale.

Je reconnais les graphiques déployés sur ses écrans : simulations complexes et motifs changeants, réguliers, des noyaux cognitifs de Simri. Déjà quatre ans que je n’en ai plus vus. Confondant ma curiosité avec de l’intérêt, Sylas s’écarte ostensiblement. Parce que je me doute qu’il ne les a pas affichées à dessein, mais seulement parce qu’il s’agit de son travail, je m’approche pour lire les données.
— Pattern nodal… C’est un mappage récent ?
— Seulement une projection partielle.

Ce chevauchement des points de vue s’observe sur le plan formel par une répétition des dialogues, mais un changement dans les perceptions des personnages narrateurs, dont les interprétations des discours et des attitudes de leurs interlocuteurs, mais surtout les ressentis et les intentions, différent. Ainsi, Sylas cherche à convaincre Calie de rester sous la protection de Simri, tandis que cette dernière est déterminée à partir. Elle doit cependant requérir le soutien de son frère pour faire valoir son dossier auprès de Simri et le convaincre, lui aussi, que sa vie se trouve ailleurs. Le séjour de Calie chez son frère et ses arguments se trouvent par ailleurs perturbés par le fait que Sylas doit reprendre la maintenance de Simri après le suicide de Mika Alliet, qui a conçu le système permettant de surveiller la stabilité de Simri. La (première et dernière) rencontre de Calie avec le compagnon de son frère et leur fille sur l’île bretonne sur laquelle ils vivent paisiblement se conjugue alors à une enquête sur ce qui a pu conduire Mika Alliet au suicide dans les fichiers de Simri, tout en explorant ce qui la sépare de Sylas.

Leur rupture apparaît ancienne et liée à des motifs familiaux, avec notamment le fait que l’une des dernières volontés de leur mère était de faire numériser sa personnalité pour vivre encore aux côtés de son mari en s’intégrant au système domotique de leur maison (oui oui), ce que leur père a refusé. Leur rupture s’observe par ailleurs dans leur choix de carrière respectifs, puisque Calie était une bien meilleure analyste de données que Sylas, qui l’avait par ailleurs suivie dans ses études par défaut, mais a mis fin à son parcours pourtant exemplaire pour se consacrer à sa musique, alors que son frère a continué, malgré son manque d’attrait pour son travail. Calie apparaît ainsi libérée des exigences sociales, tandis que Sylas doit s’y plier pour financer ses projets avec Kylian, à savoir construire des prototypes de navires qui permettent de parcourir le globe. Stéphane Beauverger décrit donc une rupture familiale définitive au sein d’une utopie que rien n’entache.

Le mot de la fin


Collisions par temps calme est une utopie science-fictive de Stéphane Beauverger, dans laquelle l’auteur met en scène un monde rendu bien meilleur et régi par une IA réellement bienveillante, Simri, qui veille sur l’humanité et subvient à ses besoins. L’énergie est devenue abondante et gratuite, les écosystèmes sont en cours de dépollution, et la conquête spatiale est lancée.

Cependant, certains individus veulent vivre hors du giron de Simri, à l’instar de Calie, qui cherche à quitter l’utopie pour devenir un individu Autonome. Elle se rend donc chez son frère Sylas, qui vit sur une île bretonne avec son compagnon Kilian et leur fille Typhaine, pour le convaincre de l’aider.

Stéphane Beauverger traite alors la manière dont l’utopie prend en charge ceux qui ne veulent pas d’elle.

Vous pouvez également consulter les chroniques de Charybde, Yogo, Outrelivres, FeydRautha, Le Nocher des livres

2 commentaires sur “Collisions par temps calme, de Stéphane Beauverger

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s