La Planète Géante et les Baladins de la Planète Géante, de Jack Vance

Alors, lecteur ? J’ai entendu dire que tu connaissais Jack Vance. En es-tu sûr ? C’est ce que nous allons voir. Aujourd’hui, je te parle de deux de ses œuvres assez méconnues.

La Planète Géante de Jack Vance

Introduction :

 

Jack Vance est un auteur américain né en 1916 et mort en 2013. C’est un auteur qui a officié dans nombres de genres (fantasy, science-fiction, policier…) et qui a écrit des romans comme des nouvelles. Son influence est telle qu’il a reçu le prix Grand Master (prix qui a également été décerné à des auteurs comme Isaac Asimov ou Michael Moorcock) pour l’ensemble de son œuvre.

Et l’œuvre de Jack Vance, elle est tout simplement gigantesque : huit cycles, une trentaine de romans et plusieurs dizaines de nouvelles. Les cycles les plus connus de Jack Vance sont sans doute La Geste des Princes Démons (publiée en intégrale au Livre de Poche), Tschaï (publié en intégrale chez J’ai Lu), La Terre Mourante (publiée chez J’ai Lu) ou encore Lyonesse (publiée chez Gallimard, dans la collection Folio SF).

Le cycle dont nous allons parler aujourd’hui, c’est le cycle de La Planète Géante, qui comprend les romans intitulés La Planète Géante et Les Baladins de la Planète Géante. Les deux romans sont aujourd’hui disponibles dans la collection Folio SF, et aussi en intégrale aux éditions du Bélial’. J’ai donc choisi de chroniquer les deux romans dans le même article pour les confronter un peu. Je vais donc premièrement vous parler de La Planète Géante, puis je parlerai des Baladins de la Planète Géante et de ce qui différencie les deux romans.

Cela étant dit, nous pouvons commencer.

La Planète Géante

 

La Planète Géante est à l’origine paru en 1957. Plusieurs versions de ce roman existent en anglais et en français, et certaines sont en fait des versions que les éditeurs américains ont décidé de censurer quelque peu pour éviter de choquer le public de l’époque. Le public français a donc dû attendre bien des années avant de pouvoir lire la version non expurgée du roman. La date de 1957 est également importante, parce qu’elle signifie que le roman est en quelque sorte une œuvre de jeunesse de Jack Vance, puisqu’à l’époque, il n’a écrit que 4 romans de science-fiction, et son cycle de La Terre mourante est à peine inauguré, avec The Dying Earth, qui date de 1950, et dont la suite, The Eyes of the overworld, ne sortira que 15 ans plus tard. Les cycles comme Tschaï et La Geste des Princes-Démons n’arriveront respectivement que 11 et 7 ans après La Planète Géante.

Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous explique tout ça. Si je vous explique que La Planète Géante est une œuvre de jeunesse (ou au moins des débuts d’auteur) de Jack Vance, ce n’est pas pour vous inciter à l’indulgence lorsque vous le lirez. C’est simplement pour vous dire qu’une œuvre de jeunesse doit toujours être remise dans son contexte, c’est-à-dire celui d’un auteur en devenir qui n’a pas encore tout le talent et l’expérience qu’on lui connaît.

Maintenant que tout cela est clair, je vous donne le quatrième de couverture de l’édition Folio SF du roman :

« L’attentat a réduit leur vaisseau en miettes et les a précipités sur la Planète Géante, un monde farouche et dangereux qui, quelques générations plus tôt, servait encore de lieu d’exil pour tous les parias de la galaxie.

Pour survivre dans ce monde où l’absence de métaux interdit toute technologie, les occupants de l’épave n’ont plus qu’une solution : rejoindre à pied l’Enclave terrienne, de l’autre côté de la planète… à quelque 65 000 kilomètres de là ! En retraçant le périple de quelques intrépides à travers les paysages sauvages d’un monde démesuré, La Planète Géante conjugue le goût de la découverte d’un Daniel Defoe avec le souffle épique des meilleurs films de Sergio Leone. »

On suit donc Claude Glystra et ses compagnons, rescapés de l’attentat qui visait leur vaisseau, dans leur parcours pour atteindre l’Enclave Terrienne de la Planète Géante, alors que le mystérieux « Bajarnum du Beaujolais » est à leur poursuite.

Mon analyse portera sur la diversité des peuples et des coutumes et sa symbolique, et sur l’aspect aventure du récit.

Diversité des peuples et symbolique

 

Claude Glystra et ses compagnons doivent traverser la Planète Géante pour retrouver l’Enclave Terrienne, et leur périple justifie le fait qu’ils croisent diverses peuplades plus ou moins hostiles. En effet, la Planète Géante est un lieu qui a accueilli tous les déçus de la civilisation prônée par le système terrien, ce qui fait qu’elle est devenue un refuge pour des peuples terriens exilés dont les coutumes ont par la suite évolué, en se mélangeant parfois même avec la culture d’autres peuples terriens. Glystra et ses compagnons vont donc croiser les « bohémiens », un peuple de guerriers nomades issus d’un mélange des cultures « kirghiz, de polynésienne et romani », les « Magiqueurs », ou encore les « Rebbirs », qui étaient, « cinq ou six cents » auparavant, des « Terriens civilisés ». Jack Vance décrit ces peuples, avec leurs vêtements, leurs origines et leurs coutumes. On retrouve là un élément qu’il utilisera plus tard dans beaucoup d’autres de ses romans.

Cette diversité des peuples permet de montrer que beaucoup de peuples ont décidé de quitter le système de la Terre, ce qui montre qu’un système politique ne peut convenir pas convenir à tout le monde, et ceux qui cherchent à le quitter sont vus comme des inadaptés. Néanmoins, la Planète Géante apparaît comme une sorte d’utopie où ceux qui sont déçus par les terriens peuvent se réfugier, malgré l’aspect très violent de cette planète qui n’est fédérée par personne et est donc en proie au chaos en raison du comportement hostile de certains peuples.

L’aspect utopique de la Planète Géante est également renforcé par le fait qu’on n’y trouve pas de métaux (qui sont absents de la structure de la planète). Le métal (ou plutôt, les métaux non-nobles comme le fer) est en effet vu comme ce qui introduit la guerre dans une culture ou une société, comme dans le mythe de l’âge d’or (qui est un mythe antique repris notamment chez le poète Ovide), dans lequel l’humanité vit en harmonie avec les dieux et la nature, jusqu’à ce que l’âge de fer, qui est caractérisé par sa violence, advienne. On peut relier le roman à cette structure mythique, parce que la Planète Géante apparaît comme une sorte d’utopie entachée par la violence que déclenchent l’arrivée du métal importé illégalement depuis d’autres planètes pour en faire des armes.

Une grande aventure

 

La Planète Géante est un roman placé sous le signe de l’aventure et du danger.

Claude Glystra et ses compagnons sont issus d’une société très technologique, qui peut voyager dans l’espace et possèdent des pistolets « ioniques », et sont confrontés à des individus de société qui peuvent sembler primitifs, mais qui constituent tout de même un danger pour eux puisqu’ils sont presque complètement démunis et doivent survivre dans un environnement hostile. Les personnages que l’on suit ont donc très peu de moments de répit. L’action et les retournements de situation s’enchaînent très rapidement, et le climat du récit est presque constamment tendu, avec beaucoup de situations qui mettent Glystra et les terriens en danger de mort.

Cette tension se remarque particulièrement quand on voit que Glystra et ses compagnons n’ont qu’un seul véritable moment de répit, qui est celui de la ville de « Kirstendale », sorte de ville utopique où les nobles alternent entre travail acharné et fêtes somptueuses (j’ai d’ailleurs beaucoup aimé la philosophie des habitants de cette ville!).

Certains passages et certains ennemis des terriens sont particulièrement violents, notamment les « bohémiens » et les habitants de la « Fontaine de Myrtevue » et contribuent à montrer que la Planète Géante est un lieu très hostile qui ne peut pas être soumis à une autorité, d’une certaine façon.

Je vais conclure cette partie de l’article en soulignant deux points négatifs qui peuvent paraître quelque peu dérangeant. Les personnages secondaires et même la Planète Géante, dans une certaine mesure, pourront vous paraître inaboutis. Mais si vous passez outre ces détails et que vous remettez l’œuvre dans son contexte, vous lirez un roman qui est plutôt divertissant et un peu plus réfléchi que ce qu’on croit, même si encore une fois, mes interprétations et les arguments que je donne n’engagent que moi !

Je vais à présent passer aux Baladins de la Planète Géante, puis comparer les deux romans.

Les Baladins de la Planète Géante

 

Les Baladins de la Planète Géante est paru en 1975, soit dix-huit ans après le premier roman. À l’époque, le cycle de Tschaï est complètement terminé et les deux derniers volumes de La Geste des Princes-Démons sont encore à paraître. Jack Vance a alors beaucoup plus d’expérience.

Sans plus attendre, je vous donne la quatrième de couverture de l’édition Folio SF :

« Fabuleux est le prix offert au gagnant du concours théâtral organisé par le nouveau souverain du Soyvanesse.

Garth Ashgale aurait aimé éliminer Apollon Zamp de la compétition, mais celui-ci a plus d’un tour dans son sac et c’est à lui que l’envoyé du roi donne le sauf-conduit nécessaire pour aller au festival. Mais où trouver un bateau ? Par suite d’une ruse d’Ashgale, l’Enchantement de Miraldra brûle et la troupe rescapée se débande. Seule reste avec Zamp la dernière comédienne engagée, Demoiselle Blanche-Aster. Au lieu du spectacle de variétés qui a fait la réputation de Zamp, ils joueront une pièce de l’antique Terre : Macbeth.

Et les voilà partis vers le nord, remontant le fleuve Vissel.

Un voyage placé sous le signe du théâtre, dans la joyeuse tradition de l’opéra-bouffe […] »

Le lecteur suit donc Apollon Zamp, son équipage et ses comédiens sur le fleuve Vissel, à bord de leur « bateau-théâtre » pour remporter le prix offert par le roi de Soyvanesse.

Mon analyse portera sur les moyens employés par l’auteur pour nous faire découvrir son univers, puis sur les personnages et l’intrigue.

Le prisme du « Guide du Fleuve »

 

L’auteur prend le parti de décrire son univers à travers les bateaux-théâtres qui sillonnent le fleuve Vissel pour jouer devant des spectateurs de tous horizons. Spectateurs qui peuvent parfois être choqués par ce qu’ils voient, au point de vouloir tuer les comédiens qui jouent sous leurs yeux, parce qu’ils sont confrontés à des éléments culturels qu’ils appréhendent à leur manière. Pour pallier à ce type de problème, les capitaines des bateaux-théâtres disposent du fameux « Guide du Fleuve », qui est mentionné de nombreuses fois au cours du récit. Ce « Guide du Fleuve » détaille les coutumes des peuples que l’on peut rencontrer sur la Vissel et permet ainsi aux capitaines d’adapter leurs spectacles à leur public pour ne pas le choquer (par exemple, dans la ville de « Port Want », il faut que les femmes s’abstiennent de porter du jaune, car il est « pour les Wants un excitant sexuel et un signe d’invite »).

Cette manière de décrire les peuples permet de montrer la multitude de peuples et de cultures que l’on peut trouver sur la Planète Géante, en plus de soulever une problématique intéressante, le fait qu’un objet culturel comme un spectacle de théâtre n’est pas perçu de la même manière partout. Cela se ressent particulièrement lorsqu’Apollon Zamp ne fait plus jouer que Macbeth sur L’Enchantement de Miraldra, parce que la pièce n’est pas perçue de la même manière dans toutes les villes que l’équipage du bateau-théâtre croise sur sa route.

Des personnages et une intrigue très théâtraux

 

Les personnages sont hauts en couleur et semblent très théâtraux, dans le sens où ils aiment se mettre en scène, littéralement parce qu’ils sont acteurs, mais aussi à travers les dialogues et la manière dont ils se conduisent. Cela se voit particulièrement chez Apollon Zamp, qui est très grandiloquent, notamment dans sa manière de s’habiller, de parler à ses comédiens ou à Demoiselle Blanche-Aster, ce qui lui donne image de grand comédien plutôt que celle d’un héros, ce qui peut le rendre très attrayant aux yeux du lecteur. Les autres personnages ne sont pas en reste. Demoiselle Blanche-Aster est intéressante de par son côté froid et mystérieux, (et surtout, qu’elle ne se limite pas au fait d’être un personnage uniquement présent pour créer une romance) et Gassoon, le conservateur de musée que Zamp rencontrera sur son chemin est un personnage qui permet de donner un contrepoint aux idées de Zamp sur les questons artistiques, puisque Zamp veut du grand spectacle alors que Gassoon essaie de faire de l’art de manière réfléchie.

L’intrigue est bourrée de rebondissements très théâtraux. Zamp se retrouve plusieurs fois dans des situations qui le mettent en péril, mais il parvient à s’en sortir grâce à des procédés très farcesques. Pour rappel, le farcesque, c’est ce qui relève de la farce, c’est-à-dire du comique qui tourne au ridicule. On remarque ce côté farcesque lorsque Zamp se venge de Garth Ashgale ou lorsqu’il confronte le « Baron Banoury ». Même la fin du roman peut-être considérée comme une fin de comédie théâtrale, mais je ne vous en dirai pas plus !

Les Baladins de la Planète Géante est donc un roman assez riche d’aventures et de rebondissements en tous genres, qui vous montrera qu’explorer une planète ne se fait pas toujours à travers le regard d’un naufragé ou d’un aventurier.

Deux romans, deux époques :

 

Malgré le fait qu’ils se situent dans le même univers, les deux romans n’ont pas la même approche et sont assez différents l’un de l’autre. La Planète Géante met en scène des terriens qui tentent de survivre en milieu hostile, tandis que Les Baladins de la Planète Géante nous montre des natifs de la Planète Géante qui évoluent dans un milieu qu’ils connaissent bien, dans le cas d’Apollon Zamp.

Les personnages et l’univers des Baladins de la Planète Géante vous sembleront également plus consistants et plus travaillés, mais encore une fois, les deux romans ont dix-huit ans d’écart, ce qui est assez énorme et montre l’avancée de Jack Vance dans son écriture.

Je voudrais conclure cet article un peu spécial en vous demandant de vous rappeler que quel que soit le livre que vous lisez, il est toujours important de le replacer dans son contexte de parution et dans la vie de son auteur. Il est tout à fait possible de penser que Les Baladins de la Planète Géante est meilleur que La Planète Géante, mais cela ne fait pas de ce dernier un mauvais roman, ou un roman qui ne contient pas de propos (quel qu’il soit, d’ailleurs).

Le mot de la fin :

 

La Planète Géante et Les Baladins de la Planète Géante sont des romans très divertissants, qui nous font découvrir des cultures et une planète différents et très particuliers. Ces cultures sont très bien décrites par Jack Vance qui nous fait voyager à travers deux de ses romans que j’ai beaucoup aimé lire et chroniquer !

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2 réflexions au sujet de « La Planète Géante et les Baladins de la Planète Géante, de Jack Vance »

  1. Waouh une magnifique critique!
    ALors, j’ai en projet de lire la Planète Géante de Vance, avec ton article fouillée ce sera un régal de m’y plonger. Zamp sera sans doute un perso qui me tiendra à coeur, et cette histoire bourrée d’action est taillée pour me plaire.
    Merci!

    Aimé par 1 personne

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