L’Épée Brisée, de Poul Anderson

Salutations, lecteur. Voici venir le troisième article consacré à l’œuvre de Poul Anderson, qui sera aujourd’hui consacré à l’un de mes romans préférés, à savoir

L’Épée Brisée

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Introduction

 

Cette introduction sera sensiblement la même que celles des deux articles précédents, car comme je l’ai déjà dit, il s’agit du même auteur.

Poul Anderson est un auteur de science-fiction et de fantasy américain né en 1926 et mort en 2001. Il disposait d’une formation de physicien et ses parents étaient originaires du Danemark. Ces deux informations sont importantes, parce que nous verrons que son métier comme ses origines nordiques ont eu une certaine influence sur ses écrits. Poul Anderson fut un auteur très prolifique, avec des dizaines de romans et de nouvelles, dont la plupart ne sont pas encore traduits en français. À noter que c’est un auteur très primé, avec plusieurs prix Hugo, Nebula et Locus, qui sont les trois prix les plus importants. Il obtint également le prix Grand Master en 1997 pour l’ensemble de son œuvre.

Les éditions du Bélial’ s’efforcent toutefois de proposer des traductions de ses œuvres, que les éditeurs dotent de préfaces d’auteur (Michael Moorcock, l’auteur du cycle d’Elric, a par exemple préfacé L’Épée Brisée) ou de traducteur (Jean-Daniel Brèque a préfacé Tau Zéro, Trois Cœurs, trois lions et Le Chant du barde) et de notes lorsqu’elles sont nécessaires. Ces éditions se veulent donc assez savantes et nous permettent de découvrir cet immense auteur qu’est Poul Anderson.

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, L’Épée Brisée, a été traduit et publié aux éditions du Bélial’ en 2014 et est également disponible en format poche au Livre de poche depuis 2016, alors que le roman est initialement paru en… 1954. Mais là n’est pas la question. Avec L’Épée Brisée, Poul Anderson donne un penchant très sombre au Seigneur des Anneaux de Tolkien, publié la même année (j’arrêterai toutefois là la comparaison), et ce roman aura une certaine influence sur un dénommé Michael Moorcock, qui dira, 18 ans plus tard « En souvenir de Poul Anderson et de ses romans : The Broken Sword et Trois cœurs, trois lions. » dans Elric des dragons. Cet article s’attellera (en partie) à vous montrer quels points communs on peut trouver entre Poul Anderson et Michael Moorcock, mais pour l’heure, voici la quatrième de couverture du roman :

« […]Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie… […] »

La quatrième de couverture étant assez vague, je vais faire un résumé assez court. L’histoire est celle de Skafloc, un humain élevé parmi les elfes, enlevé et échangé à sa naissance contre un changelin mi-elfe mi-troll, Valgard. Ces deux personnages vont prendre part à une guerre entre elfes et trolls, dont les enjeux les dépassent, mais qui va leur permettre d’apprendre la vérité sur leurs origines.

Vous aurez probablement l’impression d’être spoilés lorsque vous lirez ma chronique, mais rassurez-vous, ce ne sera pas le cas L’auteur fait en sorte que son lecteur dispose de toutes les informations nécessaires, et ce, bien avant les personnages, selon le fameux procédé de l’ironie dramatique.

Mon analyse portera sur l’aspect « saga nordique » et le tragique du roman, mais également sur l’inspiration que Michael Moorcock a pu en tirer.

L’Analyse

Une saga nordique

 

Le roman de Poul Anderson reprend beaucoup d’éléments d’une saga nordique, comme L’Edda par exemple.

En effet, le récit se situe à une époque où les vikings commencent à devenir chrétiens tout en conservant leur folklore et certaines de leurs anciennes croyances. Cela permet de justifier narrativement le fait que les Ases, comme Odin, sont affaiblis. Ce setting annonce également l’opposition entre les anciennes et les nouvelles croyances. De plus, l’époque établie par Anderson peut être vue comme un temps mythique, hors de l’Histoire, où le surnaturel peut surgir.

Le surnaturel, dans L’Épée Brisée, prend la forme de créatures féeriques qui viennent du monde de Faërie, qui est juxtaposé au monde des hommes et n’en est pas parallèle, comme dans Trois cœurs, trois lions. La Faërie comprend les efles d’Alfheim, les trolls du Trollheim, des sidhes, des gobelins, des nains… Bref, tout ce qu’on peut s’attendre à trouver en Fantasy, mais également les Ases (les dieux qui sont apparentés à Odin) et les Jotuns, avec Odin et Bölverk, par exemple. Le récit s’ancre donc dans un univers en communication complète avec le surnaturel, et les héros vont devoir à la fois s’en aider et le combattre.

On peut aussi voir que le roman tire son inspiration épique avec les passages en vers, qui sont imités de L’Edda et qui sont « déclamés » (et non récités) par Skafloc, à de nombreuses reprises, notamment lorsqu’il se bat ou lorsqu’il cherche à séduire Freda. Les combats que mènent les personnages sont épiques eux aussi, avec un côté grandiose qui fait surgir toute l’ampleur des batailles et des combats singuliers, malgré leur côté extrêmement brutal et gore (que j’ai personnellement beaucoup apprécié).

L’aspect épique de L’Épée Brisée repose également sur son côté tragique. La fatalité (le destin) semble diriger le roman et les personnages. Les dieux semblent se jouer des elfes, des trolls, et surtout des hommes, qu’ils utilisent pour servir leurs buts. De plus, la vengeance de la sorcière dont la famille est tuée par Orm (le père de Skafloc et Valgard) au début du roman se fait ressentir pendant tout le récit, puisque c’est cette vengeance qui est à l’origine des exactions commises par Valgard, et qui scelle le destin de tous les personnages humains du roman, Skafloc inclus. La dimension tragique se présente également avec les pactes conclus entre les personnages et les dieux (Freda, la fille d’Orm avec Odin, et la sorcière avec Satan), parce qu’ils aboutissent toujours sur des événements brutaux, mais je ne vous en dirai pas plus.

Pour finir avec le tragique, l’auteur met beaucoup l’accent sur les crimes perpétrés par Valgard et Skafloc (meurtre, fratricide, parricide, inceste, corruption par la magie…). Vous verrez que la plupart de leurs crimes scellent leurs destins respectifs, notamment lorsque Skafloc décide de faire reforger la fameuse épée brisée, qui va l’emmener sur une pente glissante qu’il ne pourra plus remonter.

Préfiguration de Michael Moorcock ?

 

Skafloc et Valgard, les deux personnages principaux de L’Épée Brisée, peuvent en un sens préfigurer Elric, le personnage albinos inventé Michael Moorcock. Je m’explique. Skafloc et Valgard sont des personnages tragiques et assez romantiques, au sens « d’homme sensible, qui n’est pas maître de son destin, et qui est en proie à de nombreux tourments ». En effet, les deux personnages sont souvent tourmentés par des passions telles que la haine, l’amour, la vengeance, la colère, ils ne maîtrisent absolument pas leurs destins respectifs. Mais ce qui les rapproche beaucoup d’Elric, c’est qu’ils sont extrêmement forts, et pourtant très faibles, à l’instar du melnilbonéen qui ne peut survivre sans Stormbringer ou ses drogues : Skafloc possède des pouvoirs elfiques mais reste un mortel malgré tout, et Valgard est un immortel dont l’immortalité a été ôtée, ce qui fait des deux personnages des humains assez démunis face à certains de leurs adversaires. Skafloc et Valgard sont donc assez complexes, et peuvent préfigurer Elric par certains aspects.

Enfin, ce qui rapproche L’Épée Brisée et le cycle d’Elric, c’est la fameuse épée qui donne son titre au roman de Poul Anderson. Stormbringer ne peut que descendre d’elle ! Les descriptions des deux épées lorsqu’elles sont utilisées en combat ont énormément de points communs, elles semblent chanter, elles émettent des flammes, elles absorbent la force ou l’âme de leurs victimes pour les transmettre à leurs porteurs, et influencent psychologiquement ceux-ci. Elles servent également toutes deux de point de non-retour à leurs porteurs, qui ne peuvent plus se passer d’elles une fois qu’ils les obtiennent. Elric ne peut se passer de Stormbringer, et Skafloc, au contact de l’épée, finit de plus en plus à ressembler à une sorte de berserker cynique, mais elle lui permet d’affronter des bataillons entiers.

Le mot de la fin

 

L’Épée Brisée est l’un de mes romans préférés. C’est avec lui que j’ai découvert la plume de Poul Anderson, et j’espère que cette chronique vous aura donné envie de le lire. L’Épée Brisée est une histoire tragique et violente, mais en un sens, elle est magnifique et surtout, extrêmement bien écrite !

Vous pouvez aussi consulter les chroniques de Dionysos, Apophis, Blackwolf, John Évasion, Lorkhan, Lhisbei, Célindanaé,

12 commentaires sur “L’Épée Brisée, de Poul Anderson

  1. Tout à fait d’accord, les points communs entre l’épée brisée et Stormbringer sont nombreux et vraiment flagrants, et il me paraît évident que la seconde doit beaucoup à la première. Excellente chronique !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour le compliment, je me suis rendu compte en mettant les liens vers d’autres chroniques qu’elle commence à dater un peu et que quelque part, ça se sent ^^ » !
      Mais effectivement, les points communs sont frappants, et je pense que c’est pour ça que les récits d’Elric comme L’Épée Brisée font partie de mes romans préférés.

      Aimé par 1 personne

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