Jagaaan (tome 2), de Nishida Kensuke et Kaneshiro Muneyuki

Salutations, lecteur. Je t’avais parlé il y a quelques temps du premier tome de Jagaaan, un seinen manga que j’avais particulièrement apprécié. Aujourd’hui, je vais te présenter sa suite.

Jagaaan (tome 2), de Nishida Kensuke et Kaneshiro Muneyuki

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Introduction

 

Avant toute chose, puisqu’il s’agit de la chronique d’un deuxième tome, je tiens à préciser que je ne ferai pas de rappels concernant l’univers du manga et que vous risquez fort de vous faire spoiler l’intrigue du premier volume. Je vous invite donc à le lire, ou à consulter ma chronique du premier tome pour ne pas être perdus.

Nishida Kensuke est un dessinateur japonais né en 1987 à Osaka. Il a étudié le manga à l’université. Il est le dessinateur de Jagaaan, tandis que Kaneshiro Muneyuki, le scénariste du manga, a débuté en 2011 avec Jeux d’enfants, et Billion Dogs. On lui doit également la série Akû¸le chasseur maudit, dont les deux premiers volumes sont disponibles chez Pika Éditions.

Voici la quatrième de couverture de ce deuxième tome, paru en Avril 2019 chez Kazé :

« Luxure, avarice, orgueil… Du voyeur immoral au professeur injustement rabroué, la bonne ville de Buppa abrite son lot de frustrés ! Tandis que Shintarô apprend à maîtriser ses métamorphoses et le Jagun, l’arme qui équipe désormais son bras droit, il affronte les Détraqués victimes de leurs pulsions avec un plaisir non dissimulé. Et c’est lorsque Doku lui révèle ce qui arrivera, une fois tous les Crapadingues éradiqués, qu’il trouve un sens à sa vie ! En parallèle, l’existence des monstres fait le buzz dans les médias et il semblerait bien que Jagaaan ne soit pas le seul Détraqué combattant… »

Mon analyse portera sur le développement du personnage de Jagasaki, mais également sur le dessin et les thématiques abordées par les auteurs.

 

L’Analyse

 

Jagasaki, héros, anti-héros en devenir ?

 

Ce deuxième volume de Jagaaan montre une évolution de son personnage principal, Jasagaki. En effet, son statut et ses pouvoirs de Détraqué Combattant acquis grâce à la chouette Doku lui permettent de se sentir épanoui dans ce qu’il accomplit, c’est-à-dire la destruction de Détraqués. Cet épanouissement s’observe dans le plaisir qu’il prend à combattre et mettre en pièces ses ennemis, et à maîtriser son bras aux pouvoirs surnaturels, appelé le Jagun. Il interroge cependant l’intérêt qu’il tire de la disparition des Détraqués en réfléchissant sur ce que cela lui aura apporté, et finit par trouver des réponses lorsque Doku lui explique ce qui se passera lorsque tous les Détraqués auront été tués (je ne vous le dirai pas, mais vous devez vous en douter).

Jagasaki vit donc à fond l’instant présent, et finit par se percevoir comme une sorte de super-héros, malgré le fait qu’il soit rongé par ses pouvoirs et qu’il se mette en danger de mort lorsqu’il combat, et il se sent heureux et puissant. Néanmoins, ce sentiment de puissance va être ébranlé lorsqu’il va être confronté à l’altérité. Jagasaki n’est en effet pas le seul Détraqué Combattant, puisqu’il va en rencontrer d’autres, tels que Chiyaru Matsuyamachi, surnommé « Arbra-gauche », qui est capable de faire prendre une forme végétale à son bras et de manipuler les plantes.

Cette confrontation à l’altérité lui montre qu’il n’est pas un cas unique et qu’il existe plusieurs Détraqués Combattants, chacun avec leurs objectifs et leur personnalité propre, ainsi qu’un animal qui les accompagne. Ainsi, la rencontre de Jagasaki avec Mastuyamachi, qui est farouche partisan de l’individualisme, va remettre en question sa pensée et le pousser à agir et penser parfois plus pour lui-même que supposément pour les autres, de manière héroïque. Il va également être confronté à Belle, sa mystérieuse collègue de travail, qui lui permet de se rendre compte de certaines de ses qualités. Cette confrontation avec l’altérité contraste avec la solitude existentielle quasi-totale du personnage principal dans le volume précédent, et permet d’interroger le rapport du personnage aux autres, à la fois en tant qu’être humain et en tant que Détraqué Combattant, ce qui lui permet de se forger une véritable identité.

Il va également se retrouver confronté au danger croissant que représentent les Détraqués pour la société, ce qu’on observe lorsque les médias commencent à parler d’eux de manière plus ou moins directe et que leurs attaques demandent une mobilisation croissante des forces de police, parce qu’ils sont capables de tuer des centaines de personnes et peuvent prendre une apparence à la fois monstrueuse et gigantesque, à l’image de l’ennemi que Jagasaki affronte en fin de volume. Le personnage principal se rend donc compte qu’il peut devenir un héros, mais qu’il devra affronter des créatures horribles capables du pire, et on peut donc supposer que la violence qu’il déploie contre elles lors des combats résulte du fait que Jagasaki est lui-même en partie un Détraqué, qui prend plaisir à agir comme un super-héros qui rend justice de façon violente, ce qui le placerait du côté des anti-héros à la morale et aux moyens souvent ambigus, comme le Punisher de Marvel par exemple. La mise en scène des combats de Jagasaki contre les Détraqués est très réussie selon moi, avec un découpage qui permet de montrer les postures et les techniques du personnage, et un trait qui dépeint toujours aussi bien le caractère grotesque et monstrueux des Détraqués, avec une patte très organique dans le dessin. Le danger que représentent les antagonistes est également présenté de manière indirecte lorsque le Jagasaki traverse un établissement scolaire jonché de cadavres démembrés et dont le sang est répandu sur les murs et le sol avant d’affronter le Détraqué responsable de ce massacre, appelé l’Avaleur Funeste. Sa puissance dépasse d’ailleurs totalement celle des Détraqués observés jusqu’à présent, faisant passer Pyroprolo, un salarié qui veut une augmentation, et Kangourombière une mère poule qui veut protéger son fils, pour des enfants de chœur, bien qu’ils incarnent tous les trois des pulsions et des obsessions qui rongent les individus. J’ajouterai aussi que le dessin souligne encore une fois les tensions qui animent les personnages de Jagaaan, avec des expressions faciales souvent grotesques ou caricaturales, ce qui peut rappeler L’Attaque des titans de Hajime Isayama parfois.

Ce deuxième volume développe également le personnage de Motomu Robahata, que Jagasaki connaît. Robahata est montré comme un personnage extrêmement dégoûtant et malsain par les auteurs du manga, qui stalke des femmes en allant jusqu’à installer des caméras et des micros chez elles pour pouvoir les espionner. Sans rentrer dans les détails, le personnage est véritablement conscient d’être un « tocard » et « d’avoir une vie de merde », et les auteurs montrent les troubles dont il est atteint, ce qui ne le rend pas sympathique pour autant (bien au contraire), pour finalement le faire sombrer encore plus profondément et le rendre encore plus horrible à travers des scènes qui peuvent se révéler hautement perturbantes et choquantes pour certains lecteurs. On peut donc affirmer sans aucun doute qu’il va devenir un antagoniste de poids pour Jagasaki.

 

 

Le mot de la fin

 

Ce deuxième volume de Jagaaan dépeint l’évolution du personnage de Jagasaki, dans la manière dont il perçoit sa vie, l’Humanité et son combat contre les Détraqués, tandis qu’il prend conscience que ceux-ci sont de plus en puissants et dangereux, ce qui est souligné par une mise en scène des combats et un sens du macabre exacerbés dans le dessin, mais aussi qu’il n’est pas le seul Détraqué Combattant, et qu’il va devoir plus ou moins composer avec ceux qui lui sont semblables !

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