La Conjuration des fous, de Cat Merry Lishi

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman des Saisons de l’Étrange qui se déroule dans un étrange Institut, j’ai nommé

La Conjuration des fous, de Cat Merry Lishi

conjuration-fous

Introduction

 

Puisque je n’ai pas trouvé d’indications biographiques sur l’autrice du roman, avant de vous donner la quatrième de couverture de La Conjuration des fous, je vais vous parler des Saisons de l’Étrange.

Ce sont des romans courts, qui s’inscrivent dans la lignée des pulps, des films de série B ou des comics, dans des genres et esthétiques variés, mêlant les enquêtes et le surnaturel avec diverses esthétiques. C’était auparavant une collection des Moutons Électriques, qui est maintenant devenue une structure indépendante. Les deux premières Saisons ont été financées via un financement participatif, ce qui leur a permis de se lancer avec succès. À noter que certains romans ont été rétrospectivement intégrés à cette collection, tels que Et si le Diable le permet de Cédric Ferrand ou Malheur aux gagnants de Julien Heylbroeck.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Pour travailler à l’Institut, le Gérant exige de solides références : après tout, les pensionnaires sont fous à lier.

Les qualités à pourvoir sont impératives : finesse d’esprit pour clarifier les balivernes de l’oracle, sens de l’initiative afin de dénouer les embrouilles des sorciers entre eux ou avec une méduse révoltée, détermination à sauver la situation quand l’incompréhensible se produit, patience devant l’avalanche d’énigmatiques indications du patron. Et, surtout, il faut se découvrir d’indiscutables capacités de déduction, car quelqu’un massacre les magiciens, un par un.

Ophidia, la nouvelle Gardienne, dispose heureusement d’un allié, le sphinx est prêt à répondre à ses questions, une par une. »

Mon analyse se concentrera sur la confrontation entre le rationnel, incarné par le personnage principal, Ophidia Mambala, et le surnaturel, c’est-à-dire le monde qui l’entoure. Comme il s’agit d’un récit disposant d’une grande part de mystère, je vais tâcher de ne pas trop vous en dévoiler, mais sachez qu’il s’inscrit dans une série, intitulée Imago. Je tiens également à souligner le travail graphique formidable de Melchior Ascaride sur la couverture et l’intérieur de l’objet-livre !

 

L’Analyse

 

Ophidia à l’Institut des magiciens fous

 

La Conjuration des fous prend la forme d’un récit d’enquête de l’étrange, c’est-à-dire d’intrigue apparentée au genre policier avec des éléments empruntés à l’imaginaire, dans un cadre qui prend la forme d’un huis-clos, à travers l’Institut, dont le personnage principal, Ophidia Mambala (sur laquelle je reviendrai) ne sait rien. L’ignorance du personnage d’enquêteur le place dans une position d’incompréhension du surnaturel, qu’elle observe de la part des pensionnaires de l’Institut ou du bâtiment en lui-même, et qui prend la forme de la magie. L’incompréhension et l’ignorance d’Ophidia sont dues à son « manque d’imagination » et marquent son dépassement face aux événements, alors qu’elle tâche de trouver le coupable des meurtres ayant lieu à l’intérieur de l’Institut à l’aide du rationnel. On peut donc déjà comprendre le récit de Cat Merry Lishi comme une confrontation entre le rationnel, incarné par Ophidia, et le surnaturel, dont l’Institut et ses pensionnaires considérés comme fous sont les tenants.

Le lecteur suit donc Ophidia Mambala, une infirmière nouvellement engagée par le « Gérant » de l’Institut, dans sa tâche de surveillance et de soin des pensionnaires, mais également enquêter sur la série de meurtres se déroulant dans l’enceinte de l’établissement. La principale caractéristique des résidents de l’Institut réside dans le fait qu’ils soient capables de faire de la magie. Ainsi, l’Oracle est capable de prédire l’avenir, Bill, qui s’occupe de l’entretien, peut augmenter sa masse musculaire à volonté, et Endrike est capable de manipuler les plantes grâce à son chant et sa poésie. Ophidia Mambala ne comprend pas le fonctionnement des pouvoirs de ses patients, et est dépassée par leurs manifestations.

Le personnage est ainsi confronté à un univers qu’il ne comprend pas, parce que l’Institut est porteur de surnaturel. Il est en effet éclairé par des lampyrides, des insectes produisant de la lumière, nettoyé par le « petit-personnel », composé de « rasourires », qui sont des chimères, il comporte un « jardin des espèces pénibles » où des plantes peuvent attaquer les visiteurs ou repeindre leur visage et dans lequel on peut trouver un Sphinx… On peut également ajouter que le Gérant de l’établissement n’apparaît jamais physiquement dans le récit et communique avec ses employés grâce à un système de messages glissés dans des tubes métalliques transportés par des vignes. Ophidia est donc confrontée à un univers qui lui est complètement étranger et tranche avec son expérience rationnelle, qu’on observe dans ses tentatives de saisir de comprendre ce qu’elle observe sans y parvenir. Le lecteur perçoit donc le surnaturel à travers le regard d’un personnage qui ne parvient à s’y acclimater et qui le rejette d’une certaine façon, ce qui accentue l’effet d’étrangeté qui se dégage de l’Institut, qui se trouve en rupture avec le réel, puisqu’il semble clos sur lui-même, ce qu’on peut voir lorsque d’autres personnages qu’Ophidia y sont confrontés, ou lorsqu’elle tente d’en sortir, mais je ne vous en dirai pas plus.

L’enquête d’Ophidia progresse au fil de sa compréhension de ce qui est à l’œuvre à l’Institut, malgré la succession de meurtres et les secrets du Gérant. Les meurtres apparaissent violents et sanglants, avec des cadavres mutilés et scarifiés, ou des corps qui se décomposent par fragments alors qu’ils sont en mouvement. Cette violence est accentuée par une tension narrative qui s’article autour de la présence d’Ophidia à l’Institut et de ses enjeux (je ne peux pas vous en dire plus), qui semble déranger certains personnages et en arranger d’autres, ainsi que le fait que l’Institut forme un huis-clos. La Conjuration des fous prend donc des allures de thriller à mi-chemin entre le fantastique et la fantasy pour ce qui est de l’usage de la magie et du surnaturel, puisqu’une tension narrative se forme autour de la mort de personnages de magiciens qui semblent avoir maîtriser et codifié leurs pouvoirs, mais qu’ils sont assassinés par des pouvoirs qu’ils ont du mal à saisir. Ophidia apparaît donc comme déphasée face à ce qu’elle affronte, mais elle cherche néanmoins à comprendre ce qui se trame dans l’Institut et à maintenir ses patients en sécurité. Elle est passive au début du récit et est malmenée par les pensionnaires de l’Institut et le Gérant, mais finit par prendre une part de plus en plus active en se rebellant contre l’autorité et en questionnant ce qu’on essaie de lui cacher, malgré le fait qu’elle n’ait pas de pouvoirs. Les personnages secondaires sont également attachants et forts en caractère, à l’image de l’oracle Niklaus, qui tente de donner des indices à Ophidia avec son parler énigmatique, ou du jeune jardinier de l’Institut, qui noue avec l’infirmière une relation plutôt touchante.

 

Le mot de la fin

 

La Conjuration des fous constitue une bonne découverte pour moi. Le court roman de Cat Merry Lishi dispose d’une ambiance de huis-clos surnaturel qui maintient son personnage principal et son lecteur aux aguets, alors qu’ils cherchent à trouver le coupable de la série de meurtres violents qui se déroulent dans l’Institut.

J’ai hâte de découvrir la suite de ce roman, et les autres publications des Saisons de l’Étrange !

Vous pouvez également consulter les chroniques de L-A Braun

3 commentaires sur “La Conjuration des fous, de Cat Merry Lishi

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