Et si le Diable le Permet, de Cédric Ferrand

Salut à toi, lecteur. Aimes-tu les romans d’enquêtes ? L’horreur lovecraftienne ? Alors tu es bien tombé, car je vais te parler aujourd’hui d’un roman qui réunit ces deux caractéristiques.

Et si le Diable le permet, une étrange aventure de Sachem Blight et Oxiline de Cédric Ferrand

Et si le diable le permet

Introduction :

Cédric Ferrand est un auteur de l’imaginaire français né en 1976. Il vit à Montréal. Il est l’auteur de Wastburg, un roman de fantasy paru en 2011 , Sovok, un roman rétrofuturiste se déroulant en Russie, paru en 2015, et le roman dont nous allons parler aujourd’hui, Et si le Diable le Permet, paru cette année. Les trois romans de l’auteur sont disponibles chez Les Moutons Électriques, au format papier et au format numérique.

Et si le Diable le permet raconte l’une des aventures de Sachem Blight, un enquêteur canadien, qui parcourt le monde à la recherche d’enfants de familles riches pour les ramener sains et saufs dans leur pays. Il est souvent confronté à des événements surnaturels liés à d’étranges cultes lors de ses missions. Arrivé à Montréal, il doit retrouver le jeune Stanley Jenkins, fils de bonne famille en rupture politique avec son père, dans l’ambiance post-crise économique de 1929 qui signifie la montée de divers mouvements. Sachem devra également compter sur la présence de sa demi-sœur Oxiline, au caractère aussi intrépide que lui.

Le roman nous narre donc l’enquête de Sachem et d’Oxiline Blight dans le Montréal de 1930, qui peut se révéler aussi dangereux que des pays hostiles, à cause des individus qu’il abrite.

Je vais m’intéresser dans cet article aux personnages principaux du roman, ainsi qu’à son aspect « lovecraftien », en évitant le plus possible les spoilers.

L’Analyse :

 

Des personnages drôles et attachants :

 

Le duo de Sachem et d’Oxiline fonctionne parfaitement. Les deux personnages, bien qu’ayant le même caractère aventureux et beaucoup de points communs (un père qui les abandonné, une mère en proie à la dépression) se distinguent l’un de l’autre et possèdent chacun une personnalité qui leur est propre, ce que l’auteur montre dans les dialogues et lorsqu’il les utilise en point de vue dans la narration. Sachem semble plus réfléchi qu’il n’y paraît et Oxiline a un goût très prononcé pour les histoires macabres et possède parfois plus d’intuition que son frère, comme le montreront certains passages.

La relation entre les deux personnages s’améliore au fil du récit. Sachem perçoit d’abord sa sœur comme un fardeau, puis finit par l’aimer et se soucier d’elle lorsqu’il lui arrive de mystérieusement disparaître. Oxiline, quant à elle, conçoit son frère comme un « modèle à suivre » à cause de ses « aventures » et « vagabondages ». Leur lien familial est évoqué de nombreuses fois sous le signe du goût commun des Blight pour le « danger » et « l’imprudence », ce que prouvent beaucoup de passages, comme les scènes se déroulant dans les bars, par exemple. C’est précisément ce goût pour le « danger » et « l’imprudence » qui contribue à renforcer les liens entre le frère et la sœur et qui finit par complètement les souder, sans oublier le fait qu’ils s’épaulent l’un l’autre dans leur mission. Oxiline joue un rôle d’interprète lorsque Sachem s’adresse aux francophones de Montréal, notamment.

Certains des personnages secondaires ne sont pas en reste et contribuent à l’immersion du lecteur dans le Montréal de 1930 que Cédric Ferrand nous dépeint, comme Peter Miller, l’arnaqueur que les Blight rencontrent dans un bar, ou les Mohawks qui l’accompagnent. Ces personnages secondaires, ainsi que tous ceux qui sont croisés par Sachem et Oxiline, permettent de mieux se représenter le décor de Montréal, avec les problèmes liés à la crise économique de 1929 qui sont visibles et souvent mentionnés dans le roman, et également les tensions entre anglophones et francophones avec les quelques problèmes linguistiques que Sachem rencontre. Le personnage d’Adrien Arcand, aux idées inspirées « par la politique d’Adolph Hitler », ainsi que l’apparition de travailleurs communistes illustrent quant à eux la montée des partis extrêmes caractéristiques à cette période historique.

Et puisque je vous parle de l’immersion du lecteur dans le Montréal que dépeint, Cédric Ferrand, je vais m’y attarder un peu pour vous expliquer en quoi ce cadre permet de mettre en place le côté lovecraftien du récit.

Une toile de fond qui permet de faire émerger la tension du récit :

 

Avant de continuer cette analyse, je me dois de vous donner une rapide définition de l’adjectif « lovecraftien ». Naturellement, si elle vous semble fausse ou si vous désirez l’approfondir, je vous invite à laisser un commentaire qui éclairera ma lanterne ainsi que celles des autres lecteurs !

L’adjectif « lovecraftien » provient de l’auteur Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), ou H. P. Lovecraft, et désigne sa manière de construire ses récits. La citation de Tristan Lhomme, (qui est un auteur de scénario des jeux de rôle), placée en épigraphe chapitre du roman, semble donner une définition précise d’un récit « lovecraftien », et de ce qu’il n’est pas.

« Et puis, c’est quoi, « une histoire de Cthulhu » ? Si c’est le jeu littéraire qui consiste à inventer des dieux qui sentent le poisson et des livres rédigés avant l’invention de l’écriture, c’est mort depuis… hum… Brian Lumley ? Si c’est l’écriture d’histoires dans la perspective du « matérialisme cosmique » lovecraftien, à mon avis, nous n’en sommes pas sortis avant longtemps. »

Essayons maintenant de définir le « matérialisme cosmique » pour obtenir plus de précisions. Le matérialisme cosmique renvoie à la pensée de Lovecraft, qui rejaillit sur ses récits. Pour Lovecraft, l’être humain ne parviendra jamais à comprendre l’univers, parce qu’il est dépassé par des forces sur lesquelles il n’a aucune prise, ce qui peut le rendre fou quand il prend conscience de cet état de fait. Les récits de Lovecraft s’appuient donc sur des créatures et divinités venues d’outre-espace qui se confrontent à des hommes banals vivant dans un monde à priori banal, et qui n’en ressortent jamais indemnes.

Les nouvelles et romans de Lovecraft sont très intéressants, et je ne peux que vous inviter à en lire (peut-être même que je vous parlerai des œuvres de cet immense auteur, un jour).

Mais revenons à notre définition. Un récit « lovecraftien » serait donc un récit mettant en scène des personnages ne disposant d’aucun pouvoir surnaturel et vivant dans un monde qu’on pourrait qualifier de « normal » ou « banal ». Ces personnages seraient par la suite confrontés à des divinités très anciennes ou venues d’ailleurs, et risqueraient leur santé mentale et leur vie dans cet affrontement très inégal, puisque qu’ils doivent affronter une créature bien plus puissante qu’eux, souvent vénérée par des sectes occultes.

Et c’est exactement ce que fait Cédric Ferrand, et avec brio.

L’auteur nous dépeint le Montréal d’après la crise économique de 1929, avec les tensions qui sont liées à celle-ci, comme les problèmes financiers et immobiliers notamment, mais aussi ceux qui sont inhérents à cette ville, avec les différends entre « francophones » et « anglophones » et surtout, le parler des personnages québécois qui se ressent dans les dialogues, avec des termes du français du Québec tels que « mon estie », « perler », ou encore « se peigner le beigne ». Personnages avec lesquels Sachem a du mal à discuter, puisqu’il a des difficultés avec le français en général, ce qui rend certains dialogues hilarants, puisque l’enquêteur calque ses phrases françaises sur la grammaire anglaise, avec par exemple « Je mendie votre pardon, mais je regarde pour Stan. ».

Le lecteur est donc plongé dans l’atmosphère du Montréal de 1930 grâce aux dialogues et aux descriptions, mais beaucoup de détails sont là pour lui rappeler qu’il lit un récit de l’imaginaire. Le prologue du roman joue ici un rôle capital, puisqu’il nous montre directement à quoi Sachem Blight peut-être confronté lorsqu’il cherche des jeunes gens de bonne famille égarés, à des cultes cherchant à ressusciter ou invoquer des créatures monstrueuses. Par la suite, le récit prend ses distances avec ces cultes obscurs pour y revenir par l’intermédiaire des enquêtes de Sachem et d’Oxiline (je ne vous en dirai toutefois pas plus pour ne pas gâcher votre découverte du récit) et du final du roman, que j’ai trouvé assez bien ficelé et super intéressant, avec une explication du surnom de Sachem, « Rusty » et du prénom d’Oxiline, tous deux en lien avec le « métal », comme beaucoup d’autres éléments de la narration.

Le cadre du récit d’une enquête à priori banale sert l’aspect « lovecraftien » et permet de mieux le mettre en place, puisqu’il participe à l’effet de chute du roman, puisqu’il se dévoile seulement à la fin du roman, de manière spectaculaire.

Le mot de la fin :

 

Et si le Diable le Permet est un récit qui utilise à merveille les tropes des récits lovecraftien et qui les met en scène dans le cadre de Montréal, avec deux personnages principaux qui n’ont certainement pas dit leur dernier mot, et que j’ai hâte de revoir !

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