Hante Voltige, de Nelly Chadour

Salutations, lecteur. As-tu entendu parler des Saisons de l’étrange ? Non ? Dans ce cas, laisse-moi te présenter un roman qui fait partie de ce projet.

Hante Voltige, de Nelly Chadour

hante-voltige

Introduction

 

Avant de vous parler plus en détails de l’autrice et du roman, je vais brièvement vous présenter ce que sont les Saisons de l’Étrange. Ce sont des romans courts, qui s’inscrivent dans la lignée des pulps, des films de série B ou des comics, dans des genres et esthétiques variés, mêlant les enquêtes et le surnaturel avec diverses esthétiques. C’était auparavant une collection des Moutons Électriques, qui est maintenant devenue une structure indépendante. Les deux premières Saisons ont été financées via un financement participatif, ce qui leur a permis de se lancer avec succès. À noter que certains romans ont été rétrospectivement intégrés à cette collection, tels que Et si le Diable le permet de Cédric Ferrand ou Malheur aux gagnants de Julien Heylbroeck.

Maintenant que je vous ai donné ces informations, je peux vous parler de Nelly Chadour.

Nelly Chadour est une autrice française qui verse aussi bien dans les romans d’horreur avec Sous la peau paru chez Trash Éditions, l’aventure avec sa série Diane d’Aventin parue chez le Carnoplaste, ou encore l’uchronie, la science-fiction et le fantastique avec le roman Espérer le soleil, paru en 2017 chez Les Moutons Électriques et dont je vous avais parlé à l’époque de sa sortie.

Son dernier roman, Hante Voltige est paru en Mars 2019 parmi les titres de lancement de la deuxième Saison de l’Étrange, en compagnie de La Conjuration des fous de Cat Merry Lishi, et des Souvenirs d’un détective à vapeur d’Olav Koulikov.

En voici la quatrième de couverture :

« Années 80, Paris. Il chevauche la nuit sur sa moto chromée, hantant les rues enfumées de la Capitale ? Que peuvent faire Leïla, Fusain, Byron et La Santeria pour arrêter cette menace sans visage cachée derrière un casque noir comme l’éternité ? Le Motard fait rugir son moteur, et sa soif de vengeance ne connaît pas de frein. »

Mon analyse évoquera dans un premier temps l’univers et l’ambiance du roman, puis je me pencherai ensuite sur les personnages. Quelques spoils mineurs ce sont glissés dans cette chronique, mais pas d’inquiétude, vous pourrez la lire sans crainte de voir la totalité de l’intrigue dévoilée. Je ne rentrerai en revanche volontairement pas dans les détails de certains pans de la narration pour préserver votre plaisir de découverte.

 

L’Analyse

 

Paris gothique, ambiance horrifique

 

L’univers de Hante Voltige reprend le Paris des années 1980, en mettant en scène des personnages issus de la contre-culture métalleuse, punk et gothique, à travers Fusain, Byron, la Santeria et les milieux qu’ils fréquentent, tels que les bars punks comme « Le Flibustier ». Le roman met également en scène des personnages issus de l’immigration Maghrébine (j’y reviendrai plus bas). Le choix du Paris de cette époque permet à l’autrice d’aborder différentes thématiques, telles que les violences policières exercées à l’encontre des immigrés ou des marginaux, le racisme, et les manifestations étudiantes. Le contexte des années 80 transparaît à travers un tissu de références culturelles placées dans la bouche (ou les oreilles) des personnages, avec des écrivains comme Stéphane Mallarmé, Paul Éluard ou Louis Aragon, dont les deux derniers sont très salués parmi les étudiants de gauche, l’auteur de BD Gotlib, et des groupes de heavy metal ou de punk, tels que Killing Joke, Christian Death ou Ozzy Osbourne de Black Sabbath. Ces références permettent pleinement de situer les personnages et l’époque dans laquelle ils vivent. Nelly Chadour renvoie aussi à de réels événements de l’époque, avec les manifestations étudiantes contre le projet de loi Devaquet, durant lesquelles des violences policières ont eu lieu et ont causé la mort de Malik Ousseline. Cela permet de mieux cerner le climat politique de l’époque, ainsi que la méfiance des personnages envers la police.

Le roman semble donc assez ancré dans le réel, mais il prend le parti de se focaliser sur des personnages marginaux, ou issus de milieux marginalisés, avec les milieux gothiques, punks ou métalleux, sur lesquels circulent beaucoup de clichés absurdes, tels que le fait qu’ils soient satanistes et qu’ils pratiquent des sacrifices, et les personnages issus de l’immigration, qui sont victimes de racisme. Cependant, Nelly Chadour ajoute une part de surnaturel à son roman, avec les esprits frappeurs à moto, la présence de la Teryel (un personnage de femme ogresse issu du folklore Kabyle et Nord-Africain), de son Rabatteur et de ceux qui surveillent ses agissements, les « almalayikat alharis », ce qui ancre le roman (en partie) le roman dans le genre de l’Urban Fantasy au sens strict, puisqu’on des éléments de surnaturel sont présents de manière cachée dans une ville et ne sont connus que par un certain nombre d’initiés, mais avec une ambiance parfois horrifique. En effet, certains chapitres du roman prennent le point de vue de personnages qui vont finir par se faire tuer, d’autres nous donnent le point de vue d’un serviteur de la Teryel qui subit directement la cruauté de l’ogresse, avec un côté série B totalement assumé, notamment parce que l’horreur donne lieu à des passages gore semblables à ceux des films d’horreur de ce type. L’humour parfois assez noir des personnages souligne également ce trait. Ainsi, l’autrice mobilise des thèmes ancrés dans l’actualité, tels que les violences policières et le racisme par exemple et elle choisit de les traiter au travers d’une histoire horrifique et surnaturelle, ce qui donne à Hante Voltige une dose de second degré et un côté plaisant, en plus de montrer sous un angle surnaturel des réalités qui sont malheureusement quotidiennes pour un certain nombre de personnes. Ainsi, le fait que les motards fantômes appartiennent au surnaturel permet de traiter le thème de la violence policière en montrant ce qu’elle a d’inhumain, de brutal, et d’arbitraire.

 

Personnages

 

Le lecteur suit principalement la bande de gothiques de Fusain, appelé ainsi parce qu’il dessine et dont le véritable prénom est Jean-Philippe, Byron, qui est Irlandais, et La Santeria, qui s’habille et se comporte comme un dandy romantique. Ces personnages se soucient énormément de leur image dans le milieu qu’ils fréquentent, utilisent très souvent des surnoms et cachent leurs véritables prénoms pour ne pas perdre en crédibilité auprès de leurs amis et ainsi s’ériger en véritables personnages. La narration, assurée par Fusain avec un point de vue interne, permet non seulement d’observer les codes de son milieu, mais aussi le parler très décalé de ses deux amis. En effet, La Santeria s’exprime comme un cliché de dandy romantique, avec des tournures et des mots désuets (« Tu vas cesser séant cette saugrenue ritournelle »), tandis que Byron parle très mal français, et son parler est ainsi bourré d’anglicismes, notamment dans les structures de phrases (« Quel cul du trou » ; « « On retourne, disez ? Et ce fois, tu viens avec nous, Fusain ! »). Ce trio de personnages est selon moi très bien campé et l’humour qu’il génère participe à l’ambiance décalée du récit.

Du côté des personnages liés à la Teryel, on trouve Salah, un sans-abri qui est le « Rabatteur » de l’ogresse, et qui est chargé de traquer des créatures surnaturelles pour la nourrir. Elle est également surveillée par des gardiens, appelés les « almalayikat alharis », qui occupent tous un poste bien précis, comme Savant, Éclaireur, ou Ouvrier. Parmi ces gardiens, le personnage de « Papy Pantoufles », un vieil homme capable d’infliger des corrections à des individus bien plus jeunes que lui à l’aide de ses charentaises, va enquêter sur les esprits-frappeurs policiers, et se retrouvera aux côtés de la bande de Fusain, qui y a été confrontée, à cause d’endroits et d’artefacts qu’ils n’auraient pas dû découvrir, comme dans tout film ou récit d’horreur qui se respecte. On peut d’ailleurs noter que la couverture du roman, conçue par l’inimitable Melchior Ascaride et le dramatis personae du film, renvoient au cinéma d’horreur en se réappropriant certains de ses codes graphiques.

Nelly Chadour fait donc se croiser, non sans humour, des personnages issus de milieux marginalisés de la contre-culture gothique, et de l’immigration maghrébine, et montre, quels sont les clichés qui les visent pour les gothiques et la manière dont ils ostracisés et victimes de racisme pour les personnages issus de l’immigration. La bande de Fusain va donc se joindre à Papy Pantoufles, les amenant à lutter ensemble contre les motards fantômes tueurs et découvrir le secret de leur origine, avec des séquences d’enquêtes et de poursuites qui s’enchaînent, et avec un certain nombre de situations plutôt cocasses, mais va également croiser la route de Leïla, une étudiante confrontée aux esprits frappeurs (je ne rentrerai pas dans les détails, sous peine de vous spoiler).

 

Le mot de la fin

 

Pour moi, Hante Voltige constitue un bon roman d’aventures et d’enquêtes surnaturelles teintées d’horreur. Nelly Chadour y dépeint le Paris gothique des années 80 avec des personnages bien campés et attachants, qui luttent avec des figures de motards fantômes hantées par leur haine et leur racisme. L’aspect série B du roman vient ainsi donner une bonne dose de second degré à des thématiques qui restent malheureusement très (trop) actuelles.

Vous pouvez également consulter les chroniques de Chut Maman Lit, Managarm, Le Chien critique

10 commentaires sur “Hante Voltige, de Nelly Chadour

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