Bios, de Robert Charles Wilson

Salutations, lecteur. As-tu déjà entendu parler de Robert Charles Wilson ? Non ? Dans ce cas, je vais te présenter l’un des romans de cet auteur.

BIOS, de Robert Charles Wilson

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais remercier chaleureusement les éditions ActuSF pour l’envoi de ce Service de Presse !

Robert Charles Wilson est un auteur de science-fiction canadien né en 1953 aux États-Unis. Il est actif depuis les années 1980, et a obtenu des prix comme la Philip K. Dick en 1995 pour Mysterium, ou encore le Prix Hugo en 2006 pour Spin, premier roman de la trilogie du même nom pour laquelle beaucoup de lecteurs le connaissent.

Bios est originellement paru en 1999, et a été traduit par Gilles Goullet pour la collection Folio SF de Gallimard en 2001. Les éditions ActuSF ont repris cette traduction, avec des révisions, dans leur réédition du roman en Mai 2019.

En voici la quatrième de couverture :

« La lointaine Isis est un monde luxuriant, à l’écosystème complexe. Un monde classé zone de biomenace de niveau 4. La moindre molécule de son biotope suffit à tuer un être humain au terme d’une horrible agonie.

Et pourtant, Isis constitue la découverte la plus prometteuse de ce XXIIe siècle : berceau d’une vie fondamentalement différente, elle pourrait en miroir éclairer notre propre nature.

Zoé Fisher a été conçue pour explorer Isis. Son organisme a été génétiquement optimisé pour s’adapter à l’environnement inhospitalier de cette planète ; sa personnalité patiemment construite autour de cette seule mission.

Quels dangers imprévus Zoé devra-t-elle affronter sur ces terres grandioses et meurtrières ? Lui faudra-t-il sacrifier son humanité, voire son existence même, pour en découvrir tous les secrets ? »

Mon analyse du roman traitera entre autres des rapports entre les personnages et l’univers dans lequel ils évoluent.

 

L’Analyse

 

Isis, dangereuse convoitise

 

Bios se situe dans un univers futur dans lequel l’Humanité est parvenue à établir des colonies jusque dans la ceinture de Kuiper, qui est une zone du système solaire s’étendant au-delà de l’orbite de Neptune. Les colonies de Kuiper ont adopté des systèmes politiques républicains, tandis que la Terre est aux mains de grandes entreprises en concurrence les unes avec les autres, appelées les Trusts, elles-mêmes possédées par les membres des Familles, qui semblent diriger la planète et ses habitants d’une main de fer, avec de très grandes fractures sociales qui s’observent jusque dans la longévité des citoyens et un contrôle de la population par des virus lâchés dans la nature, par exemple. Les Trust possèdent donc un contrôle étendu sur la population terrienne, et cherche à étendre son influence sur les habitants des colonies de Kuiper. Ces dernières en veulent d’ailleurs aux terriens, parce que leur population est issue de manipulations génétiques effectuées pour qu’ils colonisent des zones hostiles du système solaire, mais qui comportaient des erreurs qui ont failli tous les tuer. Les citoyens des mondes de Kuiper détestent donc les manipulations génétiques et sont quelque peu hostiles aux Terriens avec lesquels ils doivent parfois collaborer, notamment sur Isis. Le roman explore donc les rivalités entre les Trust terriens et les habitants de Kuiper, qui s’observent dans les conflits d’intérêt entre les deux factions (j’y reviendrai plus bas), et à travers des personnages tels que Tam Hayes, qui doivent coopérer avec les Trust et renier avec leur environnement natal qui s’oppose à eux, pour exercer leur activité scientifique. Robert Charles Wilson montre donc une opposition entre deux Humanités, celle de la Terre, servile et attachée à la hiérarchie et aux directives de manière presque mécanique et refusant les émotions au point de se faire greffer un « thymostat », qui est une glande artificielle capable de régler l’humeur à travers la synthèse de neurotransmetteurs et d’inhibiteurs, et celle de Kuiper, bien plus libérée sur le plan des mœurs et non tenue par une hiérarchie. Cela s’observe d’ailleurs quelque peu dans le style adopté par l’auteur en fonction des points de vue adoptés, puisque les personnages disposant d’un thymostat sont bien plus axés sur la raison et le calcul plus ou moins cynique que ceux qui n’en possèdent pas.

Les rivalités entre les Terriens et les Kuiper vont notamment s’illustrer dans les tentatives de colonisation de la planète Isis, qui s’avère extrêmement hostile aux Hommes, puisque le moindre de ses micro-organismes peut causer une mort extrêmement violente en causant notamment des hémorragies à la fois internes et externes. L’intégralité de la biosphère isienne apparaît donc totalement hostile à l’Humanité, qui apparaît comme un enfant démuni face à elle. Le maintien humain et l’exploration d’Isis passe donc par la mise en place d’environnements confinés et de « bioarmures » capables de protéger leurs occupants contre Isis. On peut donc affirmer que Bios met en scène un conflit entre l’Homme et une Nature autre, totalement différente de la Terre, que l’Humanité tente de comprendre malgré sa dangerosité et les conflits internes qui prennent peu à peu de l’importance, à mesure qu’on découvre que certains Trust sont en rivalité, à l’image de « Travaux » et « Mécanismes et Personnels », qui ont des intérêts économiques différents dans la colonisation d’Isis et qui cherchent à breveter ce qu’ils y trouveront, par opposition aux Kuiper qui font « de la science pour la science », pour comprendre et expliquer le fonctionnement d’Isis. On observe donc une fracture dans l’utilisation de la science, avec les Terriens qui veulent exploiter les découvertes faites sur Isis, tandis que les Kuiper sont guidés par la seule soif de connaissance. La planète devient donc à la fois l’enjeu de convoitises et d’intérêts politiques, mais également un objet d’interrogations plus larges, notamment sur la vie et l’univers (et peut-être le reste). Ainsi, Robert Charles Wilson répond aux questions sur le fait que l’Humanité soit peut-être la seule forme de vie intelligente dans l’univers, mais pas d’une manière à laquelle on peut s’attendre de prime abord, qui font qu’Isis apparaît à la fois comme une énigme, un personnage et un environnement.

Les conflits d’intérêts entre les Terriens et les Kuiper s’observent dans le personnage de Kenyon Degrandpré gérant de la station spatiale en orbite autour d’Isis, prêt à négliger le facteur humain pour privilégier les intérêts financiers ou sa propre survie. Le personnage ne pense ainsi qu’en termes de coûts, de ressources et d’investissements et ne craint que pour sa vie et sa carrière, sans se soucier de la survie de ses collègues des enclaves humaines de Yambuku et Marburg, ou encore de la station océanique, en proie aux catastrophes face à l’avancée progressive des organismes d’Isis sur elles. L’égoïsme et les craintes de Degrandpré, ainsi que sa manière d’appréhender le problème avec la biosphère isienne vont finir par avoir des conséquences tragiques.

Les agissements de Degrandpré, mais également et surtout l’avancée progressive des organismes isiens sur les structures humaines de Yambuku et Marburg, contraintes de remplacer et réparer toujours plus vite leurs joints d’étanchéité face à l’avancée de plus en plus rapide d’une contamination qui semble s’adapter aux matériaux qu’elle tente d’infiltrer, et qui cause des morts. Bios comporte donc des éléments quelque peu horrifiques, à travers la mise en scène de morts brutales et plutôt sanglantes, mais également un climat anxiogène qui se déploie à mesure que les organismes isiens prennent l’avantage sur l’Humanité, qui vit retranchée dans des stations confinées, qu’elles soient en orbite autour de la planète ou non. Le confinement des Hommes va donner lieu à une atmosphère de huis-clos dans la station orbitale et dans Yambuku et Marburg, qui se trouvent isolées de la planète à cause du danger qu’elle représente. Cependant, ce danger progresse de plus en plus et empiète de plus en plus sur l’espace que s’était ménagé l’Humanité, ce qui fait que le huis-clos se resserre progressivement autour des personnages, et cela s’observe particulièrement dans la station orbitale, au sein de laquelle toutes les mesures de confinement s’avèrent inutiles alors que la contamination progresse. On pourrait croire que Zoé Fischer, qui se distingue de l’Humanité standard par les modifications génétiques qu’elle a reçues, n’est pas affectée par l’horreur qui touchent les autres êtres humains présents près d’Isis, mais elle sera également touchée par l’horreur et l’enfermement (je ne peux malheureusement pas vous en dire pas plus).

Je terminerai ma chronique sur le personnage de Zoé Fischer, jeune fille génétiquement modifiée créée artificiellement par le Trust Mécaniques et Personnels et qualifiée de « machine humaine », qui accède cependant aux émotions lorsqu’elle perd son thymostat au tout début du récit, ce qui lui donne une certaine part d’humanité. La perte de son thymostat lui permet donc de quelque peu échapper à son statut d’esclave de Trusts, mais au prix de la remontée des souvenirs de son douloureux passé d’enfant ayant vécu des événements traumatiques, que je ne vous dévoilerai pas, mais qui vont la poursuivre durant le récit. Malgré le fait qu’elle se sente libre et qu’elle puisse explorer Isis avec plus de facilités que le reste de l’Humanité, le roman insiste énormément sur le fait que Zoé soit considérée comme un outil par les Terriens et les Trusts, tandis que les Kuiper la perçoivent comme un être humain à part entière, à l’image de Tam Hayes, avec qui elle noue une relation que l’on peut qualifier de tragique. Le lecteur peut donc observer les tentatives d’humanisation du personnage, qui malgré tout reste incroyablement aliéné par ses créateurs, comme le révèlent certains éléments du récit.

 

Le mot de la fin

 

Bios m’a permis de découvrir la plume de Robert Charles Wilson, en même temps que l’un de ses autres romans, Les Affinités. Avec Bios, l’auteur confronte une Humanité divisée entre des conflits d’intérêts et des modèles sociaux différents à une planète dont la biosphère et l’évolution qui représentent une altérité complète apparaissent à la fois comme une énigme et un véritable danger pour les personnages contraints de s’enfermer pour espérer sortir vivants. Le seul personnage pouvant évoluer à l’air libre, Zoé Fischer, est quant à elle enfermée d’une autre manière, notamment par sa condition d’outil, alors qu’elle apparaît supérieure à l’Humanité standard et qu’elle parvient à saisir la véritable nature d’Isis.

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Aelinel, le Chien Critique, Célindanaé,

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9 commentaires sur “Bios, de Robert Charles Wilson

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