Interview d’Elodie Serrano

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai l’immense plaisir de te proposer une interview d’Elodie Serrano, autrice des Baleines Célestes et du récent Cuits à point, paru dans le cadre des Pépites de l’Imaginaire chez ActuSF !

Je vous rappelle que vous pouvez retrouver toutes les autres interviews en suivant ce tag, mais aussi dans la catégorie « Interview » dans le menu du blog.

Je remercie chaleureusement Elodie Serrano pour ses réponses détaillées, et sur ce, je lui laisse la parole !

 

Interview d’Elodie Serrano

 

Marc : Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas ?

Elodie Serrano : Oui, bien sûr. Je suis une trentenaire lyonnaise, amatrice de crochet et de truc mignons. J’ai fait des études vétérinaires, même si je n’exerce plus et je rêve d’être autrice depuis gamine. Du coup, je traîne mes guêtres sur des forums d’écriture depuis mon adolescence. J’ai publié un recueil de nouvelles chez Malpertuis, un nombre certains de textes en anthologie et deux romans, l’un chez Plume Blanche et l’autre chez ActuSF.

 

Marc : As-tu toujours voulu devenir écrivaine ? Qu’est-ce qui t’a amenée à l’écriture et à l’imaginaire ?

Elodie Serrano : D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé inventer des histoires. La rédaction était de loin mon activité préférée pendant ma scolarité et j’ai défié ma prof de français de première en préparant exclusivement le sujet d’invention pour le bac de français.

Du coup, comme c’est ancien, je ne sais pas exactement d’où cette passion sort. Peut-être que mon amour pour les 4 filles du Docteur March et notamment mon attachement à Jo a joué un rôle, qui sait ?

Pour l’imaginaire, j’en ai été littéralement biberonnée. J’ai grandi dans une famille passionnée du cycle Arthurien et j’adorais La Caverne de la Rose d’Or à 5 ans. En lecture, j’y suis venue plus tard, en découvrant Le Seigneur des Anneaux à 12 ans. J’étais cuite.

 

Marc : Cuits à point est ton deuxième roman, après Les Baleines Célestes, paru en 2018 chez Plume Blanche. Comment s’était déroulée l’écriture de ce roman ? A-t-elle été différente de la rédaction de Cuits à point, ou des nouvelles du Sort en est jeté, publié en 2017 chez Malpertuis ?

Elodie Serrano : Chaque ouvrage a sa propre histoire, c’est normal.

Les baleines célestes, s’il ne s’agit pas mon premier roman écrit, est le premier que j’ai mené jusqu’au bout du processus, en corrections (grâce à l’aide des camarades d’un forum d’écriture) et en soumissions éditoriales. Le parcours a été long, formateur mais pas toujours fun. Du coup, je pense que l’expérience sur ce texte est assez unique en ce sens que c’est le premier et le plus dur.

Cuits à point, lui, a eu un trajet plus serein. Un premier jet écrit sur un mois à l’occasion du NaNoWriMo, des corrections plus zen et surtout moins pesantes. Peu de soumissions éditoriales, même si j’ai dû patienter.

Concernant le recueil, c’est très différent car il réunit des nouvelles qui pour certaines avaient écrites très longtemps auparavant, quand les plus récentes ont été rédigées spécifiquement pour le recueil. En prime, contrairement à mes deux romans, il n’y a pas eu de soumissions éditoriales : j’avais déjà publié une nouvelle dans l’anthologie annuelle de la maison d’édition et quand j’ai gagné le match d’écriture des Imaginales en 2016, l’éditeur m’a proposé de leur composer un recueil.

 

Marc : Sans rentrer dans les détails, Cuits à point s’ancre dans la Gaslamp Fantasy, parce qu’il confronte magies et créatures merveilleuses à un contexte de développement industriel. Pourquoi avoir choisi de situer ton roman dans ce genre ? Que penses-tu de la modernisation des mondes de Fantasy ?

Elodie Serrano : Alors dans mon cas, ce n’est pas tant une modernisation des mondes de fantasy qu’une poussée de l’esthétique steampunk (et donc du monde moderne) vers la fantasy. J’ai toujours été attirée par le décor steampunk et son esthétique ainsi que l’époque victorienne, donc j’ai eu envie de placer une histoire dans ce contexte.

Concernant la modernisation des mondes de Fantasy, je trouve que c’est une bonne chose. On a beaucoup tourné en rond sur une certaine époque et je trouve ça super intéressant que le genre se renouvelle en explorant d’autres périodes historiques.

 

Marc : Pourquoi avoir choisi Londres comme le cadre de ton roman ?

Elodie Serrano : Je suis fascinée par la culture anglaise, le célèbre flegme britannique et le pays dans son ensemble. Londres, étant la capitale, me paraissait une ville de choix car connue de tous, même si j’aurais pu aussi vouloir écrire sur Edimbourg que j’ai adoré visiter il y a plusieurs années. Et puis, j’avais une scène en tête, avec quelques effets spéciaux, et j’avais bien envie de la voir à Londres, justement, pour le contraste entre la supposé civilisation anglaise et… un peu moins de civilisation.

 

Marc : Cuits à point met en scène une enquête visant à déterminer les causes d’un réchauffement climatique à Londres, en plein hiver. Pourquoi avoir choisi de traiter d’une intrigue policière ? Selon toi, pourquoi les enquêtes peuvent constituer un schéma narratif récurrent en Fantasy ?

Elodie Serrano : Je n’ai pas vraiment consciemment choisi une intrigue sous forme d’enquête, à vrai dire. Si j’avais pu choisir, je ne l’aurais pas fait. Parce que je ne lis pas de policier ou presque et que je trouve que je ne suis pas assez futée pour écrire une intrigue policière. Mais voilà, j’ai eu l’idée d’une scène qui me plaisait beaucoup et en développant autour, les démystificateurs sont arrivés et la nécessité d’enquêter. Et c’était trop tard pour prendre mes jambes à mon cou, alors j’ai décidé d’assumer et de faire de mon mieux. Il semblerait que je ne m’en sois pas si mal sorti.

Et si le schéma est aussi récurrent, à mon avis c’est parce qu’il est efficace, tout simplement. Le mystère est un puissant opium pour le lecteur qui se triture les méninges à se demander « Mais que diable se passe-t-il ». Les auteurices auraient tort de se priver d’en écrire.

 

Marc : A travers le conflit d’interprétations entre Gauthier Guillet et Anton Lloyd, on voit un conflit entre deux modes d’interprétations l’un prenant le parti de l’explication rationnelle et l’autre celui du surnaturel. Pourquoi avoir choisi d’opposer le rationalisme rattaché au développement industriel à la croyance dans le surnaturel ?

Elodie Serrano : Je trouve que c’est un conflit intéressant que celui du sceptique face au croyant. On le voit de plus en plus, de nos jours, avec un retour en force d’un certain nombre de pratiques à la crédibilité douteuse. En tant que scientifique et clinicienne, j’ai été confrontée aux remèdes de grand-mère et à la foi très forte de certains en ces derniers, par exemple. Mais aussi à l’impossible tâche de raisonner les concernés, peu importe la quantité de données scientifiques qu’on y apporte, même sur les remèdes les plus…incongrus.

Dans notre époque moderne, le rationnel semble avoir la main mise sur tout. Mais en fantasy… On peut se permettre de lui donner tort. Car je suis une scientifique, mais en vrai, j’aimerais beaucoup que les fantômes existent vraiment (bon, peut-être pas dans ma maison à moi). Alors je me fais plaisir à jouer de cette dualité.

 

Marc : Les personnages du roman sont attachants et leurs échanges sont parfois très drôles. Est-ce que tes personnages t’ont paru difficiles à écrire ? Lesquels as-tu préférés écrire ?

Elodie Serrano : Il est rare que je n’aime pas un de mes personnages. Je les apprécie chacun à leur façon car je sais pourquoi ils sont comme ils sont et qu’au fond ils ne sont pas bien méchants, même ce sale ronchon de Gauthier. Je dois avouer, cela dit une préférence pour Anna et son caractère bien trempé.

Construire mes personnages n’est pas la partie difficile pour moi. Ils viennent spontanément et se construisent autour de leurs interactions au monde et aux autres personnages. Les dialogues sont ce que je préfère et j’admets un faible pour les chamailleries et joutes verbales en tous genres.

 

Marc : Le roman met en scène des personnages féminins forts, à l’image d’Anna Cargali, la démystificatrice qui doit lutter contre l’invisibilisation constante de son travail et de ses capacités par son partenaire Gauthier Guillet, ou de Liana, une sorcière capable de tenir tête à des créatures surpuissantes. Pourquoi mettre en avant ce type de personnage en Fantasy ?

Elodie Serrano : Il y a quelques années, en me plongeant dans le féminisme, j’ai fini par prendre conscience d’une statistique écrasante : les héros sont des hommes. Vraiment, une fois qu’on le remarque, c’est flagrant, des hommes, des hommes et encore des hommes. C’est lassant, je trouve. Car en plus ils ne sont pas si diversifiés que cela. Alors j’ai pris le pli, à l’époque, de privilégier les personnages féminins et c’est depuis devenu une habitude à laquelle je ne pense plus vraiment.

En prime, au fond, quand je réfléchis au j’œuvre de mon enfance que j’affectionne, il y a un certain profil qui ressort et il est évident que je me suis attachée aux rares figures féminines pertinentes que l’on pouvait trouver.

Au final, les femmes existent, elles ont le droit de vivre des aventures et ne sont ni plus, ni moins intéressantes en tant que personnages. Enfin, dans l’absolu parce qu’en pratique, c’est tellement rafraichissant un personnage féminin intéressant… Du coup, les femmes sont là et probablement que je les polis mieux que les hommes, pour leur rendre ce qu’une grande partie de la littérature ne leur offre pas. Puis bon, c’est quand même chouette une dure à cuire qui ne s’en laisse pas voir, de temps en temps.

 

Marc : Au-delà du personnage d’Anna, Cuits à point montre également la manière dont les femmes subissent un sexisme constant, visant à les rabaisser ou à leur montrer qu’elles ne sont pas à leur place, comme en témoigne les histoires personnelles d’Anna ou de Maggie, la nièce d’Anton Lloyd. Pourquoi avoir choisi de montrer les mécanismes du sexisme ?

Elodie Serrano : Je ne l’ai pas vraiment choisi, et je trouve intéressant que ce point ressorte autant comme quelque chose d’original quand pour moi c’est juste normal.

Comme je l’explique plus haut, j’ai voulu des femmes dans cette histoire. Autant que possible. Et puis, j’ai anticipé les protestations du lectorat : des femmes, dans le Londres du 19ème, qui font ce qu’elles veulent ? Voyons, soyons réaliste.

Alors, j’ai tenu compte du contexte et justifié la marge de manœuvre de chacune d’entre elles. Oui, elle est là, oui elle fait ça, mais elle a aussi telles limitations. Parce que c’est le monde tel qu’il est pour les femmes, après tout, alors pourquoi prétendre que cela n’existe pas ? Cela fait partie de leurs existences, me plaçant dans ce contexte historique ce serait naïf de prétendre qu’elles ne le subissent pas.

Bon, après, je suis féministe, donc j’imagine que cela ressort dans mes écrits bien malgré moi. Cela me va.

 

Marc : La fin du roman est assez ouverte. Envisages-tu une suite ?

Elodie Serrano : De nouvelles aventures sont potentiellement au programme, oui, dans d’autres villes d’Europe (Séville et Paris, pour être précise). Les événements vécus dans Cuits à point vont avoir des conséquences sur l’exercice du duo de France qui vont ensuite privilégier d’autres types d’enquêtes.

 

Marc : Que penses-tu de la couverture de Cuits à point, réalisée par Dogan Otzel ?

Elodie Serrano : Un vrai coup de cœur. Elle est vraiment magnifique et je trouve que Dogan a su saisir l’état d’esprit du roman. Puis, je suis forcément ravie de voir Anna sur la couverture.

 

Marc : Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

Elodie Serrano : En ce moment, je jongle avec deux projets.

Tout d’abord, le premier jet de la suite de Cuits à point, justement. Avoir brassé l’histoire avec toutes ces chroniques autour de la sortie et les interviews m’a donné envie de m’y replonger, mes personnages me manquaient. Et moi qui n’avait jamais écrit que des one shot, je prends un grand plaisir à retrouver mes personnages, à les faire grandir et avancer sur d’autres mystères.

Ensuite, je travaille sur une novella qui servirait de préquelle à mon roman Les baleines célestes. On y parle découverte des créatures et comment on en arrive à la situation initiale du roman à leur égard. Je ne pensais sincèrement pas revenir un jour à cet univers, et pourtant m’y voilà.

 

Marc : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes auteurs ?

Elodie Serrano : D’écrire, tant que les histoires surgissent. De corriger avec soin, de soumettre et de recommencer encore et encore. De s’entêter jusqu’à ce que ça marche.

Je pense à ce titre à la citation « Travaille jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus t’ignorer » et je trouve que c’est une bonne motivation pour avancer. C’est en tout cas la mienne.

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