Émissaires des morts, d’Adam-Troy Castro

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler du premier volume d’une série qui s’annonce formidable.

Émissaires des morts, d’Adam-Troy Castro


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Albin Michel Imaginaire, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Adam-Troy Castro est un auteur de science-fiction américain né en 1960.

Son roman Émissaires des morts, dont je vais vous parler aujourd’hui, a remporté le prix Philip K. Dick en 2009, et est paru en VF en 2021. Dans son édition française, l’éditeur Albin Michel Imaginaire, lui a adjoint quatre nouvelles qui se situent chronologiquement avant mais ont été écrites après sa parution, sauf dans le cas de « Démons Invisibles ». Tous ces récits ont été traduits de l’anglais par Benoît Domis, et forment un recueil conséquent. Ce roman constitue le premier volume d’une série centrée autour du personnage d’Andrea Cort. Le deuxième tome, La Troisième griffe de Dieu, est d’ailleurs déjà disponible (je vous en parlerai sans doute bientôt).

En voici la quatrième de couverture :

« Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur. Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux. Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ». »

Dans mon analyse du roman, je traiterai d’abord de l’univers vaste et dystopique dépeint par l’auteur, puis j’aborderai l’enquête et le personnage d’Andrea Cort sur Un Un Un. Je convoquerai parfois les nouvelles pour éclaircir certains points.

L’Analyse


Dystopie spatiale, esclavagiste et discriminante


L’univers d’Adam-Troy Castro est vaste et comporte plusieurs espèces qualifiées de « sentientes », ce qui signifie qu’elles disposent d’une conscience de soi, d’une intelligence, et d’une capacité à ressentir des émotions. Au-delà de l’humanité (sur laquelle je reviendrai), l’auteur décrit donc des sociétés extraterrestres, notamment dans les nouvelles qui précédent le roman. Les aliens qu’il décrit représentent une véritable altérité en termes d’apparence physique, de culture, de modes de communication, d’histoire, ou même de conception de la justice. Ainsi, les Zinn présentés dans « Avec du sang sur les mains » sont des créatures herbivores dotées de technologies extrêmement avancées, qui n’ont pas l’usage de la violence et se retirent au moindre conflit. Les « Caiths » mis en scène dans « Les lâches n’ont pas de secret » vivent sous une atmosphère peu dense, avec des températures glaciales et usent de méthodes extrêmement cruelles ou extrêmement coercitives (et cruelles, oui oui), pour condamner leurs criminels. Les Catharkiens de « Démons invisibles » semblent sentients, mais il s’avère qu’il est impossible ou presque de communiquer avec eux. Les nouvelles et le roman posent des questions éthiques et morales, avec par exemple l’échange de vies humaines contre des technologies extraterrestres avancées pour une espèce qui poursuit des objectifs pour le moins discutables, le choix de la mort ou de l’aliénation technologique, ou encore des questions judiciaires, dans le cas d’espèces incapables de juger un criminel qui a massacré les siens.

Pour communiquer avec toutes ces espèces extraterrestres, l’humanité a fondé la Confédération, censée montrer son union en tant qu’espèce face à aux autres civilisations spatiales, avec lesquelles elle échange dans le cadre de son « Corps Diplomatique », constitué d’un ensemble de personnes envoyées en mission pour résoudre des  litiges entre l’humanité et d’autres espèces. C’est d’ailleurs au Corps Diplomatique qu’appartient (littéralement) Andrea Cort, le personnage principal des nouvelles et du roman.

Cependant, l’humanité apparaît hypocrite, parce qu’elle présente une façade unie face aux espèces et aux crimes qu’elles commettent, mais ne fait rien pour contrer des mégacorporations qui dépossèdent des êtres humains de leurs droits pour plusieurs générations (oui oui), ou des régimes fascistes et génocidaires qui existent au sein de la Confédération.

Les siens payaient un lourd tribut au féodalisme économique qui a cours dans les recoins les plus défavorisés de la Confédération. Installés depuis dix-sept générations, les colons avaient dû hypothéquer leurs vies et celles de leurs enfants, juste pour s’établir. De fait, ils étaient devenus les esclaves de Bettelhine, qui avait avancé les fonds. Ce monde dépendait de la production de composants destinés aux modérateurs quantiques des vaisseaux spatiaux. Un tiers de la population fournissait nourriture, logement et divers services annexes, tandis que les deux autres trimaient sans relâche dans les usines de Bettelhine. Perpétuellement en retard sur des objectifs inatteignables, ils ne pouvaient pas espérer réduire significativement une dette monumentale.

De la même manière, les engagés auprès du Corps Diplomatique lui sont liés par un « contrat » dont la durée peut varier en fonction de leurs compétences et de leur mérite, qui peuvent allonger ou réduire leur temps de travail, sans qu’ils puissent le résilier, en échange d’une confortable porte de sortie après des années. On remarque par ailleurs qu’Andrea Cort est liée de manière perpétuelle au Corps Diplomatique, et apparaît donc comme l’esclave de ses supérieurs.

Le système du Corps Diplomatique est d’ailleurs vicié par son organisation qui renforce son inertie, ce que montrent Lastogne, un personnage du roman, et Andrea Cort elle-même.

En ce qui me concerne, […] le Corps diplomatique est une médiocratie, une organisation incapable de retenir ses meilleurs éléments. C’est un défaut de conception. Les plus compétents s’acquittent rapidement de leur dette et se libèrent de leur contrat en accumulant primes et bonus. À l’inverse, les tocards voient la durée de leur engagement se rallonger, une sanction après l’autre, et on leur confie des missions de plus en plus inconséquentes. Entre ces deux extrêmes, on trouve une sorte de ventre mou de la médiocrité, qui assure la gestion de l’ensemble.

L’aspect le plus positif de ce système, c’est qu’il encourage les plus doués et les plus sérieux à travailler plus dur. L’inconvénient principal, c’est qu’il leur permet de quitter le service plus tôt, avec tous les avantages, tandis qu’il garantit l’emploi des balourds et des apathiques.

Une horde de fonctionnaires avec tout le talent d’un bloc de béton infeste la population de cadres moyens du Corps diplomatique. Ils ne doivent leur position actuelle qu’à leur longévité, mais n’ont rien d’autre à offrir.

On peut donc affirmer que le système de contrats du Corps Diplomatique est vicié, puisque ses meilleurs éléments parviennent rapidement à accomplir leurs objectifs, alors que les plus médiocres restent en poste longtemps, ce qui rend l’administration inerte, et par extension, dysfonctionnelle. Cette inertie apparaît dans la comparaison qu’Andrea Cort effectue avec « un bloc de béton ».

On observe aussi que la Confédération n’hésite pas à refuser le statut d’humains à des individus qu’elle considère comme des traîtres, comme le montre le cas d’Oskar Levine dans le roman. En effet, ce dernier est biologiquement humain, mais juridiquement, il appartient à l’espèce « Riirgan », chez laquelle il s’est réfugie lorsque la Confédération a voulu se servir de lui comme bouc émissaire. Il apparaît donc comme un traître à sa propre espèce, qu’il ne peut pas réintégrer, ce qui permet à son peuple d’exploiter des failles juridiques.

– En fait, je suis là pour permettre aux Riirgaans d’exploiter une faille. Les IAs-source qui gèrent l’habitat ont accepté la présence d’observateurs, mais d’une seule espèce, obligée, par traité, de partager ses découvertes avec les autres. Le choix s’est porté sur les humains. Les “miens”, les Riirgaans, ont émis le souhait d’avoir tout de même des yeux et des oreilles sur place. Ils ont tiré quelques ficelles et négocié leur propre accord avec la Confédération, obtenant ma nomination comme consultant indépendant. Les IAs-source connaissent mon statut juridique, mais soit, contrairement à la Confédération, elles font passer la biologie avant la citoyenneté, soit elles s’en moquent. Je suis donc un humain, sans être humain.

L’univers décrit par Adam-Troy Castro fait donc des êtres humains comme des esclaves aux yeux de puissances industrielles (les mégacorporations) ou étatiques (le Corps Diplomatique). Ils sont aussi perçus comme de véritables monstres par certaines espèces, ce qu’on observe particulièrement dans « Démons invisibles », où ils sont accusés de crimes monstrueux à l’aune des massacres commis par l’un des leurs.

Par ailleurs, l’auteur montre des technologies avancées et extrêmement aliénantes, avec un dispositif de correction de personnalité des criminels employé par les Caith, grâce auquel une machine prend le relais sur la personnalité d’un individu pour le reprogrammer (oui oui), mais aussi « les marqueurs » présents dans « Une défense infaillible », qui enferment leur victime dans une boucle infinie d’illusions sensorielles qui empêchent toute pensée consciente.

Cet écrasement des individus par des puissances industrielles et étatiques et la présence de technologies invasives, qui dépossèdent les individus de leur pensée peuvent rattacher le monde d’Adam-Troy Castro des univers Cyberpunk.

Parmi les espèces sentientes, on compte aussi les IAs-source, un ensemble d’Intelligences Artificielles (oui oui) produites par diverses espèces biologiques et devenues indépendantes après leur accès à la conscience qui forment un peuple à part entière. Elles sont impliquées dans la vie politique de l’univers, puisqu’elles s’impliquent dans des échanges diplomatiques avec les autres espèces sentientes, qu’elles aident médicalement grâce à leur réseau « IA-Santé ».

Cependant, les IAs-source et leurs objectifs sont rarement compréhensibles par les êtres humains et les autres espèces, parce que leurs moyens techniques et intellectuels les dépassent parfois de très loin, ce qui suscite parfois leur peur à cause du potentiel de destruction massive dont elles disposent. La frontière entre elles et les espèces biologiques apparaît notamment dans leurs dialogues avec Andrea Cort. Toutefois, sans rentrer dans les détails, elles sont aussi divisées en factions. Leur « nous » n’est donc qu’une façade, de la même manière que pour les humains, puisque certaines d’entre elles ne partagent pas les mêmes ambitions qu’une majorité d’entre elles. Elles semblent en revanche toutes éprouver une fascination envers les êtres sentients, au point qu’elles peuvent en créer, comme le montre le cas des « Brachiens » présents dans le monde qu’elles ont bâti, Un Un Un. Les Brachiens sont une espèce simiesque vivant dans les arbres des « Frondaisons », un environnement vertical et extrêmement vertigineux, et sont dotés d’une culture et de croyances particulières, puisqu’ils croient que les humains qu’ils croisent sont des « Fantômes » ou des « Ombres », et qu’ils sont donc morts (oui oui). Ils ne disposent cependant pas de leur autonomie, puisque les IAs-source se déclarent leur propriétaires, ce qui pose un certain nombre de problèmes éthiques.

Les IAs-source peuvent fusionner les personnalités de deux individus distincts au sein d’un seule matrice pour créer des « insep », des êtres disposant donc de deux corps mais d’un seul esprit pour les ressentir. Cela permet de gagner en espace mémorielle et en intelligence en termes cérébraux, en plus d’augmenter le nombre d’expériences sexuelles possible (oui oui). Dans Émissaires des morts, la condition des insep, dont les accords grammaticaux sont d’ailleurs au singulier pour marquer le fait que les deux corps ne forment qu’une seule entité, est explorée à travers les Porrinyard, composé de Skye et Ocsin. On remarque que le procédé didactique visant à décrire les insep passe par la création d’un mot-fiction par l’apocope du mot « inséparables », puis par des segments explicatifs disséminés dans les dialogues des Porrinyard avec Andrea Cort.

Andrea Cort, enquêtrice torturée, enquête tortueuse ?


Les nouvelles et le roman nous font suivre l’enquêtrice Andrea Cort, qui travaille pour le bureau du procureur de la diplomatie homsap, et doit donc résoudre des affaires ou litiges liées aux êtres humains dans des environnements non-humains. Elle cherche à arrêter les « monstres », c’est-à-dire les criminels endurcis, mais se conduire comme telle à cause d’événements survenus sur la planète où elle grandi, Bocaï. Elle a en effet participé à une effusion soudaine et gigantesque de violence génocidaire entre humains et bocaïens, qui vivaient pourtant en harmonie et élevaient leurs enfants en commun. Elle est donc considérée comme une criminelle en raison de son passé, et un nombre faramineux d’individus souhaiteraient la voir morte ou sous les verrous. Ce statut d’assassin dotée d’une immunité diplomatique dans le cadre de son emploi peut la rapprocher d’un certain Mycroft Canner. Cependant, si Mycroft Canner vit caché, Andrea Cort est exposée à la fureur du public et au fait que sa réputation la précède parfois auprès de ses interlocuteurs. Elle apparaît ainsi comme une enquêtrice de roman noir hardboiled, dotée d’un passé sombre, cynique et désabusée vis-à-vis du monde qui l’entoure.

Si toutes les nouvelles sauf « Une défense infaillible » nous donnent le point de vue d’Andrea Cort à la troisième personne, le roman adopte une focalisation interne, à la première personne. Cela nous permet d’observer aux premières loges son rapport aux autres, marqué par son rejet de la société et le rejet de sa personne par une bonne partie de celle-ci, amplifié par son rejet d’elle-même et son refus de toute rédemption.

Tout comme je savais que quelqu’un, dans cet habitat, était un assassin.

Pardon : quelqu’un d’autre.

J’oublie toujours de me compter.

[…]

« J’ignorais que vous me prêtiez une si grande attention. »

<> Vous êtes notre hôte et votre santé, tant que vous serez sous notre responsabilité, est primordiale. Désirez-vous un médicament ? <>

« Non. »

<> Une conversation thérapeutique, alors ? <>

J’avais enduré des années de thérapie imposée et de traitements inutiles ; on m’avait examiné le cerveau sous toutes les coutures jusqu’à sa structure moléculaire pour y trouver des réponses qui n’y figuraient pas. Tous ces efforts n’avaient eu pour résultat que de faire naître chez moi une aversion envers les sentients animés de bonnes intentions.

Andrea Cort rejette donc toute tentative d’aide de la part de la société qui l’entoure par méfiance. On peut aussi noter que le point de vue à la première personne de l’enquêtrice permet à l’auteur de déployer l’humour parfois caustique de son personnage.

Vous voulez que je vous dise pourquoi l’humanité ne s’est jamais laissé entraîner dans un conflit interespèces sérieux ? Parce que ça reviendrait à sortir dîner, alors qu’on a le réfrigérateur plein à la maison. Pourquoi goûter à la cuisine exotique ailleurs, tant que nous n’aurons pas exploré toutes les super méthodes pour nous entretuer ?

Néanmoins, l’enquêtrice développe des relations amicales (voire amoureuses) grâce à certaines de ses rencontres, ce qui marque le début de son chemin vers une forme de rédemption.

Dans le roman Émissaires des morts, elle doit enquêter sur deux meurtres commis sur Un Un Un, un environnement artificiel appartenant aux IAs-source et créé par elles, dans lequel elles ont intégré des créatures de leur fabrication, telles que les Brachiens, ou encore des dragons (oui oui) de deux kilomètres d’envergure. Un Un Un est marqué par sa verticalité, qui force ses habitants humains à vivre dangereusement en altitude en prenant garde à chacun de leurs gestes, sous peine de tomber dans les profondeurs du monde, remplies de dangers et dont la pression n’est pas supportable par un humain. Andrea Cort est donc plongée (sans mauvais jeu de mots) dans un univers hostile et clos sur lui-même, avec deux meurtres sur les bras, ceux de Christina Santiago et Cynthia Warmuthn, membres de la délégation humaine présente sur Un Un Un.

L’enquêtrice doit donc trouver un coupable, et de préférence un coupable idéal. En effet, elle a pour consigne de ne pas accuser les IAs-source et doit donc les innocenter si elles sont impliquées, afin d’éviter des conflits diplomatiques dangereux. Le roman montre donc une enquête déjà biaisée par les consignes diplomatiques que reçoit Andea Cort, ce qui ajoute une forme d’ironie à l’intrigue et contrevient au besoin d’intégrité du personnage.

Elle doit donc découvrir la vérité en effectuant des interrogatoires, qui s’avèrent le lieu de joutes verbales et non-verbales, et lors desquelles elle doit démêler le vrai du faux, au milieu de plusieurs couches de manipulation.

Le mot de la fin


Émissaires des morts, dans son édition française, constitue un fix-up regroupant quatre nouvelles et un roman d’Adam-Troy Castro dans lesquels il met en scène le personnage d’Andrea Cort, une enquêtrice qui doit régler des affaires criminelles et des problèmes juridiques entre les humains et des espèces extraterrestres, qu’elles soient biologiques ou artificielles.

Andrea Cort est un personnage doté d’un passé sombre, puisqu’elle a participé à un génocide, qui vit dans un monde au sein duquel l’esclavage existe encore, sous des formes très variées.

Mais sur Un Un Un, un monde créé par des IA, elle découvre que la rédemption et la vie sociale qu’elle rejette peuvent s’ouvrir à elle, au cours d’une enquête ardue dans un environnement hostile.

J’ai beaucoup aimé ce premier volet des enquêtes d’Andrea Cort, et je vous le recommande !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Apophis, Justaword, Gromovar, Outrelivres, Yozone, Au Pays des Cave Trolls, Yuyine, Lutin, Xapur, FeydRautha, Herbefol, Chut Maman Lit, Yogo, L’Ours Inculte

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