Interview d’Anne-Sophie Devriese

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de te proposer une interview d’Anne-Sophie Devriese, autrice de Biotanistes paru chez Naos !

Je vous rappelle que vous pouvez consulter toutes les autres interviews grâce au tag dédiée et dans le menu du blog.

Je remercie chaleureusement Anne-Sophie Devriese pour ses réponses détaillées, et sur ce, je lui laisse la parole !

Interview d’Anne-Sophie Devriese


Marc : Pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas ?

Anne-Sophie Devriese : J’ai 40 ans, je vis en Belgique depuis une quinzaine d’années avec mon mari, mes quatre nains et toute une ménagerie et, visiblement, je suis une incorrigible bavarde vu la longueur de cet entretien !


Marc : Avez-vous toujours voulu devenir autrice ?

Anne-Sophie Devriese : Oui ! Trois fois oui ! Même si j’ai mis un certain temps à me l’avouer.


Marc : Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture, et aux genres de l’imaginaire en particulier ?

Anne-Sophie Devriese : Je pense que c’est la lecture qui m’a menée à l’écriture. L’amour de la langue, le charme des mots-pépites dénichés dans les contes traditionnels, les comptines et ces chansons « françaises » qui conservent des tournures archaïques et pourtant compréhensibles. Brassens, Barbara, Brel, Sheller et Leforestier n’y sont pas étrangers non plus.

J’ai d’abord imaginé entrer dans les livres par le dessin, puis envisagé l’édition puis… j’ai fini par écrire vraiment. Je me débrouillais mieux avec la langue qu’avec le reste…

Quant aux genres de l’imaginaire, on baigne dedans dès la naissance par les contes de fées qui en sont la substantifique moelle. Je trouve profondément injuste que cette catégorie de récits soit déconsidérée ou invoquée dans le seul but d’éclairer les influences de la très sérieuse littérature « vieillesse ». Au lycée, on nous a fait étudier des prémisses du fantastique par « les grands » auteurs (Maupassant, Villier de L’Isle-Adam, Gogol (pas de femme, surtout)), mais jamais au prisme du genre; plutôt sur le nom des écrivains. Je ne sais pas si je suis claire… Bref. Pendant tout au long de mon parcours scolaire et universitaire, j’ai continué à me gaver de contes et puis j’ai découvert des auteurs comme Bottero, Pullman, Mourlevat… J’ai cherché des autrices, puis des romans francophones… J’étais lancée.

Pour être tout à fait honnête, j’ai d’abord eu la bêtise de croire qu’écrire « pour la jeunesse » serait peut-être moins difficile, mais je me suis vite rendu compte que sur ce coup-là, c’est moi qui me racontais des histoires.

Par la suite, j’ai découvert toute une communauté de lecteurices et d’auteurices passionné·e·s par ce genre et je l’ai revendiqué à mon tour. Parce que, pour moi, l’imaginaire est l’Origine, que tout y est permis ; y compris revenir au réel de façon décentrée et donc, peut-être, plus compréhensible.


Marc : Biotanistes est votre deuxième roman.

Anne-Sophie Devriese : Je n’aime pas trop qu’on dise que Biotanistes est mon deuxième roman, car ce n’est pas la place qu’il occupe dans mon esprit. En effet, l’autopublication de Tatoués répondait à un concours et si l’exercice m’a permis de faire mon « coming-out » d’autrice et de contrarier mon syndrome de l’imposteur, je ne le considère pas assez abouti. Je l’ai d’ailleurs retiré du Net (pour autant que ce soit possible) dans l’espoir de lui faire subir un vrai travail éditorial. Cela ne veut pas dire que je déconsidère l’autoédition, loin de là, mais dans ce cas précis, je n’avais pas suffisamment laissé reposer… (et je l’ai remis sur le métier cet été) ;p.


Marc : Comment vous est venue l’idée de ce récit ?

Anne-Sophie Devriese : Mes romans ont toujours pour origine un ou plusieurs sujets qui me préoccupent au moment où je me lance dans une nouvelle histoire. Au début, je n’en avais pas forcément conscience. Mais maintenant que je le sais, ça part (un peu) moins dans tous les sens et j’attaque mieux mes recherches. Du coup, pour Biotanistes, j’étais dans la phase où je commençais à me déconstruire sérieusement, à revendiquer un féminisme militant (et c’est pas marrant d’être traitée de « fémi-nazie », la sorcière moderne en quelque sorte).

J’étais aussi dans une phase où la solastalgie me guettait sans que je ne connaisse encore le mot. Et, c’est bien connu, mettre des mots sur les concepts aide à se les approprier. Donc, tout en essayant d’apaiser mes angoisses écologiques et mon sentiment d’impuissance absolue, j’ai travaillé sur le concept d’inversion radicale des genres, car je le trouvais très percutant. Le travail éditorial a permis de dégrossir et d’affiner ce que j’avais voulu très frontal au départ, mais je suis hyper heureuse du résultat, surtout quand je lis des retours qui disent que le roman fait réfléchir.


Marc : Comment s’est déroulée la rédaction de ce roman ? Avez-vous des anecdotes à partager ?

Anne-Sophie Devriese : Je suis jardinière, donc je ne planifie pas grand-chose et j’écris quand j’ai le temps. Ma méthode est désormais bien rodée : je ne sors jamais sans mon carnet et j’imagine la scène ou le début de chapitre avant de m’endormir, pour l’avoir en tête dans les moindres détails au moment où je m’assieds devant mon clavier.

L’anecdote qui me vient en premier est celle du prénom de l’héroïne. Il y avait dans l’école de mes enfants une fillette de plus ou moins 8 ans prénommée Ryme. Je me suis tout de suite dit que c’était « le bon » prénom, mais j’en ignorais l’orthographe. Du coup, c’est resté Rim : je n’ai pas voulu changer, mais je l’ai beaucoup imaginée sous les traits de cette fillette que je croise de temps en temps et qui a bien grandi !

Seconde anecdote : J’ai mis environ deux ans et demi à écrire le premier jet et je me souviens que d’avoir posé le point final en août 2018 ; au premier étage de l’école de voile d’Omonville la Rogue, pendant que mes deux aînés faisaient de l’optimiste. J’ai écrit cette fin debout avec le nain numéro 4 (3 mois) en écharpe sur le ventre.


Marc : Comment s’est déroulé le processus éditorial du roman ? Vous dites dans les remerciements que vous avez rencontré votre éditeur au speed dating des Imaginales. Comment cette rencontre a-t-elle eu lieu ? Quelles ont été ses suites ?

Je voulais tricher et reprendre le récit que j’en ai donné sur ma page FB, « en mode licorne », mais il est tellement long et je me suis déjà tellement répandue que je vais faire court.

Ce SD 2020 était ma seconde tentative. J’ai admiré la réactivité du festival qui a décidé d’organiser un SD confiné par visio-conférence : 9 minutes chrono par session, pas une de plus. (Aujourd’hui ça n’a l’air de rien, mais personne n’avait trop l’habitude de ce type de réunion et j’ai sérieusement envisagé d’attendre l’année suivante, en présentiel).

Finalement, je me lance et les deux premiers rendez-vous se passent vraiment très bien.

J’étais déjà dans un état de surexcitation inqualifiable, quand l’organisation du festival me téléphone (coucou Fanny !) pour me dire que l’éditrice avec laquelle j’ai rendez-vous dans deux jours voudrait mon roman tout entier. Finalement, Gaëlle (Giroulet) m’annonce qu’elle n’a pas eu le temps de le lire. Le rendez-vous se passe bien et je reçois une promesse de réponse pour le lundi suivant. Inimaginable! 10 jours après le speed dating, j’avais le oui définitif des Éditions Actusf.

Après, on a bossé d’arrache-pied avec Gaëlle. C’était une grande première pour nous deux et je suis très heureuse de ce que nous avons fait subir à cette histoire qui en sort comme je l’ai toujours rêvée. Par ailleurs, l’équipe est top, j’ai été associée à toutes les phases du processus… c’était épuisant, mais je veux bien recommencer.


Marc : Biotanistes se déroule au sein d’une société postapocalyptique et matriarcale que l’on peut rapprocher de Chronique du pays des mères d’Élisabeth Vonarburg par certains aspects. Avez-vous lu ce roman ?

Anne-Sophie Devriese : Non ! Il est tout en haut de ma liste, mais je ne l’ai pas encore lu…


Marc : Pourquoi mettre en scène une société matriarcale ?

Anne-Sophie Devriese : Selon le processus d’inversion dans lequel je m’étais lancée, une société matriarcale tombait sous le sens. L’idée m’est venue d’une satire publicitaire canadienne : toutes les femmes en position dégradantes ou hypersexualisées avaient été remplacées par un homme barbu et vaguement ventripotent. Le contraste était saisissant, choquant même, et j’ai tout de suite saisi le pouvoir (et les vertus) de l’inversion en miroir. J’étais adolescente, mais le procédé m’avait durablement marquée.

Sans vouloir en faire un manifeste, j’espère que cette inversion produira son effet et permettra à celleux qui y seraient sensibles de réfléchir à la question, quel que soit le genre dans lequel iels s’identifient. Quoi qu’il en soit, mon propos restait de mettre en valeur et en lumière les richesses de la mixité et de l’égalité.


Marc : Dans la société que vous décrivez, les rôles genrés sont inversés, ce qui fait que les hommes sont victimes d’un sexisme systémique et institutionnalisé. Est-ce que c’est une manière de dénoncer ce que subissent les femmes dans notre réalité ? Est-ce que vous diriez que Biotanistes est un roman féministe ? Pourquoi traiter de ces thématiques dans un roman de SF ? Qu’est-ce que l’imaginaire peut apporter à ces luttes, d’après vous ?

Anne-Sophie Devriese : Oui ! Bien sûr que c’est un roman féministe. J’ai eu envie de mettre en lumière tout ce qu’on intériorise en tant que femme, même quand on fait partie, comme moi, des privilégiées. Du coup, je me suis dit que changer de déguisement, changer de peau, pourrait aider à opérer ce glissement. Suis-je la seule à rêver d’emprunter un temps le corps du genre opposé ?

Je me suis emparée de tout ce par quoi le patriarcat essaie de nous faire entrer dans le rang pour mieux le retourner : les poils, la maternité, la sexualité, le plaisir, le maniement des armes, le pouvoir, le harcèlement de rue, le savoir, la contraception, l’éducation, le « care », le sexisme ordinaire en somme… et j’avoue, je me suis é-cla-tée ! Une autre anecdote : j’ai lancé un appel sur ma page d’autrice pour récolter des expressions sexistes type « t’as des couilles pour une fille ». J’en ai reçu plein ! C’était assez incroyable. D’ailleurs, j’ai gardé « si tu n’es pas jolie, tâche au moins d’être polie », que je ne connaissais pas et dont la violence m’a marquée. J’ai donc repris à mon compte cet archétype de l’imaginaire qu’est la sorcière, pour le renverser, le nuancer et approfondir ma propre quête de liberté.

Je me suis donc emparée de ces thématiques parce qu’elles me touchaient à titre personnel, parce que la figure de la sorcière refaisait surface et qu’elle est intimement liée aux contes de fées, à ce qu’ils véhiculent et ancrent de l’image (négative et repoussante) des femmes libres dans l’inconscient culturel d’une part et dans celui des enfants, surtout, perpétuant un système de domination sans faille, ou presque.

Je suis convaincue que l’imaginaire est un chemin de traverse qui permet de réfléchir à des sujets sociétaux trop épidermiques pour être envisagés au premier degré. Comme les cailloux du petit Poucet, l’imaginaire peut aider à aborder des sujets polémiques pour mieux retrouver le chemin d’une humanité qui m’est chère.


Marc : Cette inversion des rôles genrés passe par la culture et l’inconscient collectif, puisque les jeunes entendent des contes tels que « Belle et Beau dormant » ou « Beau et la bête », qui véhiculent des stéréotypes de genre inverses à ceux de notre monde. Pourquoi réécrire ces contes ? Est-ce que vous vouliez montrer le poids des récits dans l’inconscient collectif ?

Anne-Sophie Devriese : Tout à fait, même si ça ne s’est pas fait consciemment au départ. Comme je l’ai dit plus haut, les contes sont l’assise de ma bibliothèque intérieure et j’ai réalisé mon mémoire de maîtrise sur les ogres, les géants et la transmutation de la dévoration en désir créatif. Bref, ils m’obsèdent et m’habitent. Mais l’idée est née de ma manie pour la cohérence et le détail.

Toutes les cultures possèdent une tradition orale et je me suis dit qu’il fallait aussi que j’opère cette inversion dans la bouche d’Ulysse. D’autant que cela lui donnait une raison supplémentaire de déranger, de creuser là où ça gratte et de s’attirer des emmerdes. De nouveau, je me suis franchement marée à inverser les titres et les histoires, à chercher des petits détails vraiment plausibles qui signent l’évolution culturelle, intègrent le désert et l’inversion des genres pour mieux l’ancrer et la légitimer et, de fait, planter les stéréotypes dans la tête de mes personnages.


Marc : Vous adressez également des références explicites aux romans de Philip Pullman, Jean-Claude Mourlevat et Umberto Eco. Quel rapport entretenez-vous avec leurs œuvres ? Pourquoi les intégrer dans votre univers ? D’ailleurs, est-ce que le mantra « ne gâche pas ton eau » est une référence à Dune de Frank Herbert ?

Anne-Sophie Devriese : J’ai parlé un peu plus haut des premiers… J’ajouterais que ce sont mes livres doudous, les auteurs et autrices auxquels je reviens sans cesse, ceux grâce auxquels je me suis autorisée à écrire à mon tour. Il y en a plein et je me lamente à chaque fois de ne pouvoir tous les citer : marie-Aude Murail, Anne-Laure Bondoux, Florence Hinckel, Vincent Villeminot, Cindy Van Wilder, AxL Cendre, Clémentine Beauvais, Marine Carteron, Buzatti, Scott Westerfeld, Lois Lowry, Christel Dabos, Marissa Meyer…

C’était un hommage, pas très discret, j’avoue, à tous ces univers qui m’ont fait voyager et dans lesquels je me replonge toujours avec délice. Quant à Dune… Bien vu ! Je l’ai lu il y a trèèèèès longtemps et je pensais à ces combinaisons qui permettent aux Fremen de ne pas gâcher une goutte de transpiration, aux rituels post-mortem de récupération de l’eau dans les corps… Je cherchais un moyen d’indiquer de manière discrète que l’absence d’eau était tellement ancrée dans les esprits, et depuis si longtemps qu’elle avait forgé une expression au point d’occulter le verbe pleurer.


Marc : La société que vous dépeignez repose sur les sœurs des convents, qui préservent et cherchent à réparer l’écosystème terrestre détruit par des catastrophes climatiques au moyen de techniques agricoles comme le zaï. Pourquoi montrer une réparation des écosystèmes grâce à ce type de techniques ?

Anne-Sophie Devriese : D’abord pour ma propre culture, pour tromper mes angoisses en attendant le jour où on devra se débrouiller pour manger les rares trucs qui poussent encore et qu’il n’y aura plus de bouquins pour nous renseigner parce qu’ils auront été numérisés et que tout ce savoir dématérialisé aura disparu… Il me reste encore à apprendre à tirer à l’arc… non pas pour tuer les animaux, mais pour me défendre contre les humains qu’un effondrement rendrait à l’état sauvage. Hum.

Ceci étant posé, je n’avais pas envie d’écrire un récit post-apocalyptique désastreux et désespérant et j’éprouvais un besoin réel d’espoir et de lumière pour apaiser mes angoisses… d’où les techniques que je suis allée pêcher à droite à gauche et qui existent vraiment, comme les prothèses biomimétiques, le zaï et les tours à vent.

Après, j’aimerais VRAIMENT qu’on n’atteigne JAMAIS ce stade.


Marc : Les sœurs réparent aussi des êtres vivants, humains comme animaux, grâce à des prothèses « semi-vivantes ». Pourquoi ne pas montrer de prothèses cybernétiques ? Est-ce que vous vouliez montrer qu’un autre type de prothèse est possible ?

Anne-Sophie Devriese : Je ne me suis jamais posé la question ! Je ne suis pas une grande fondue de SF (et je ne savais même pas que Biotanistes entrait dans cette catégorie avant de le lire dans une chronique…. Hum). J’aimais bien l’idée de tripatouiller le vivant et puis ça donnait un cœur de métier aux biotanistes et un support visuel à la répulsion que leur art pouvait inspirer. Je confesse ne pas avoir cherché beaucoup plus loin.


Marc : Vous mettez en scène des voyages dans le temps qui permettent aux sœurs de récupérer des connaissances du passé pour les implanter dans le présent. Cependant, l’art est déconsidéré et vu comme inutile. Pourquoi mettre en scène des voyages dans le temps ? Pourquoi recycler des connaissances techniques de cette façon, mais pas l’art ?

Anne-Sophie Devriese : C’est l’éternel débat sur ce qui est utile. Qu’est-ce qu’on préserve, au nom de quelle philosophie ?

Je ne l’ai pas fait exprès, car j’ai écrit le roman bien avant, mais ce débat fait douloureusement écho aux problématiques soulevées par le COVID et cette classification – dangereuse à mes yeux – entre ce qui est « essentiel » et ce qui ne l’est pas. Pour quoi nous battons-nous si ce n’est pour sauver ce qui fait une bonne part de notre humanité : la culture, l’art ?

Se limiter au pragmatisme, c’est perdre en diversité et rendre l’art accessible qu’aux plus riches n’est pas une option à mon sens.


Marc : On remarque d’ailleurs que les voyages dans le temps sont soumis à une forme de mainmise idéologique sous couvert de pragmatisme. Est-ce que vous vouliez décrire des explorations temporelles qui visent à préserver le futur ?

Anne-Sophie Devriese : Je crois que je souhaitais faire réfléchir en montrant ce qu’il restait de notre planète et tout ce qu’on peut encore perdre si on n’agit pas MAINTENANT, au point de ne pas savoir ce qu’est une rivière ou une abeille.

Je voulais également mettre en scène tout ce qu’on peut nous faire gober au nom de la sécurité. Je suis convaincue qu’écrire – même, voire surtout – de l’imaginaire est éminemment politique. Ce qui nous mène à la question suivante.


Marc : Sans rentrer dans les détails, votre personnage principal, Rim, voyage à notre époque dans la « jungle » de Calais. Pourquoi traiter de la crise migratoire ?

Anne-Sophie Devriese : Parce qu’écrire est politique. Parce que je suis absolument révoltée par ce que les dirigeant·e·s politiques actuel·le·s laissent faire, que je ne me sens ni écoutée ni représentée par ces gens désertés par le bon sens. Que même manifester ne sert plus à rien, que le bruit des chaussons est sournois et bien plus flippant que celui des bottes et que je suis désespérée par notre système politique et économique actuel.

C’était une façon de donner de la voix. Alors, bien sûr ce que ce saut à Calais est orienté, bien sûr que j’en fais des tonnes, mais il fallait bien que Rim saute quelque part et, à tout prendre, je voulais pouvoir exprimer un peu de mon désespoir et de ma consternation face au sort que l’on fait à ces humain·e·s nés du « mauvais côté » de la Méditerranée. Parce que là encore, les femmes et les enfants trinquent plus que les autres.

L’exode vécu par nos grands-parents n’est pas si ancien. Un peu d’empathie et de mémoire, bon sang !


Marc : Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?

Anne-Sophie Devriese : J’ai repris Tatoués (ça pique) et j’avance tout doucement sur le roman adulte qui était en bonne voie au moment du travail éditorial sur Biotanistes, mais je le garde secret pour le moment, c’est ma bulle pour pouvoir avancer sereinement ;).


Marc : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes auteurs ?

Anne-Sophie Devriese : Je suis moi-même une jeune autrice, c’est délicat. Je dirais : ne pas se décourager, se former, (La Charte, Cocyclics, Procrastination, les blogs des un·e·s et des autres…), lire, écrire pour se faire plaisir, foncer dans les hauts, se ressourcer dans les bas, aller en salon et chercher la maison d’édition qui fera sortir un récit de sa chrysalide pour en faire un magnifique scarabée !

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