Un océan de rouille, de C. Robert Cargill

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de science-fiction qui traite de la quête d’une héroïne robotique.

 

Un Océan de rouille, de C. Robert Cargill

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Introduction

 

Avant de commencer, je tiens à préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Albin Michel Imaginaire, que je remercie pour l’envoi du roman !

  1. Robert Cargill est un auteur américain né en 1975. Il est également scénariste, et a travaillé sur des films tels que Sinister (2012, 2015) et Doctor Strange (2016).

Un Océan de rouille est son troisième roman. Il est originellement paru en 2017 chez Harper Voyager, et a été traduit par Florence Dolisi pour les éditions Albin Michel Imaginaire, qui ont publié la version française du roman en Janvier 2020.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer.

Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète.

Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance,le plus loin possible des Intelligence-mondes. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et elle défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire. »

Mon analyse du roman s’intéressera à la narration du roman, assurée par une machine consciente, mais aussi à la manière dont l’auteur interroge une ère posthumaine.

 

L’Analyse

 

Fragile, robotique narratrice d’un monde mécanique

 

La narration d’Un Océan de rouille est assurée par Fragile, anciennement robot destinée à l’aide à la personne. Elle tente de survivre aux États-Unis, dans l’Océan de Rouille, une zone au sein de laquelle les robots se rendent pour mourir lorsque leurs dysfonctionnements sont trop importants, qui donne son nom au roman.

Ainsi, Fragile traque des robots défectueux dans cet océan afin de récupérer leurs composants pour les vendre, mais à la suite de divers incidents que je ne vous révèlerai pas, elle va risquer sa vie, alors qu’elle est aux portes de la mort, au cours d’une quête qui l’amène à traverser l’Océan de Rouille.

Elle se retrouve ainsi en compagnie de plusieurs autres robots, notamment 19, un ancien robot sexuel, Doc, spécialisé dans les réparations de ses congénères mécaniques, Mercer, un robot du même modèle que Fragile, également proche de la mort, Herbert, un robot de combat. Tous ces personnages entourent Rebekah, une androïde traductrice qui a besoin de guides dans l’océan de Rouille, alors que la ville dans laquelle elle se trouve est attaquée par une Intelligence Monde, c’est-à-dire une unité centrale gigantesque qui cherche à contrôler le monde en plaçant sous sa coupe l’intégralité des machines vivant sur Terre. Rebekah cherche en effet à se rendre à Isaactown, une ville mythique pour les robots parce qu’elle constituait la première utopie pour les machines au temps des humains, pour y accomplir un destin qui pourrait faire cesser les conflits entre les machines.

Cette narration assurée par un robot place le récit dans la catégorie des récits de SF qui mettent en scène et donne le point de vue d’une IA, à l’instar de Cyberland de Li-Cam, ou Cette Histoire est pour toi de Satoshi Hase, qui confrontent des personnages humains à des IA créatrices. Le roman de C. Robert Carghill peut également être rattaché aux romans qui mettent en scène des robots confrontés à leur manque de libre arbitre et leur désir de liberté, à l’image de Cœurs de rouille de Justine Niogret, ou L’Alchimie de la pierre d’Ekaterina Sedia. Mais à la différence de ces deux derniers récits, l’auteur s’inscrit dans le genre post-apocalyptique science-fictif, et pas dans le steampunk ou la Gaslamp Fantasy. Le roman est ainsi marqué par la mécanicité industrielle de l’époque de l’après 21ème siècle, ce qu’on remarque dans les composants des robots et les technologies qu’ils utilisent, avec des barrettes de RAM, des disques durs, le Wi-Fi… On peut également noter que les numéros de chapitres du roman sont écrits en langage binaire, ce qui accentue encore l’aspect robotique de la diégèse.

La quête de Fragile et de ses compagnons robotiques à travers l’Océan de Rouille va donner lieu à de nombreuses scènes d’action extrêmement nerveuses, avec des fusillades, des bombardements, des courses poursuites et des explosions en pagaille. Un Océan de Rouille est donc un roman bourré d’action et de machines qui se tirent dessus, ce qui ravira les fans de films d’action parmi vous. À ce titre, la comparaison du roman de C. Robert Cargill avec Mad Max ou Terminator n’est en rien usurpée.

Le monde dépeint par l’auteur est post-apocalyptique, mais aussi littéralement posthumain, puisque les humains ont disparu, tous tués par des robots, qui sont ainsi devenus les maîtres du monde. Cela ne les empêche pas de se livrer des conflits pour le contrôle d’une planète sur laquelle plus aucune forme de vie organique ne peut exister. La guerre entre les robots les humains a en effet été atroce et a laissé des séquelles très lourdes à la planète, et a laissé place à un système qui reproduit les erreurs des humains.

En effet, les Intelligences Mondes, des IA contenues dans de gigantesques unité centrales, se livrent à une guerre sans merci pour la domination du monde des machines. Au moment de la diégèse, seules deux d’entre elles semble subsister, Virgil et Cissus. Ces deux Intelligences Mondes se livrent un conflit total, et tentent de rattacher les robots encore libres à leur service pour les intégrer à une conscience collective au prix de leur libre arbitre, ce qui leur permet de mobiliser toujours plus de troupes.

Les machines encore libres adoptent alors une vie de fugitifs et cherchent à éviter la guerre que se livrent les Intelligences Mondes, et vivent dans des Cités États indépendantes, ou dans des royaumes de parias, à l’image des Terres Hallucinées du Roi du Cheshire, dont le nom fait référence à Lewis Carroll, mais aussi sans doute à H. P. Lovecraft, où vivent les erreurs 404, c’est-à-dire des robots devenus fous parce que leurs composants sont défaillants, ce qui fait que leurs systèmes ont périclité, au point qu’ils sont victimes d’hallucinations, par exemple.

On remarque d’ailleurs que les robots décrits par l’auteur font preuve d’anthropomorphisme, puisque Fragile ressent des émotions et dispose d’une véritable subjectivité, de même que beaucoup de machines, qui éprouvent des sentiments profondément humains, tels que la peur, la colère, ou encore l’espoir. L’anthropomorphisme s’observe aussi dans le sens moral des robots, puisque Fragile ne tue que des robots mourants parce que le « braconnage » de machines encore vivantes constitue un tabou.

La similitude entre les robots et les humains s’observe également sur le plan de la mort, ce qu’on observe dans le fait que Fragile et ses compagnons aient peur de mourir. Fragile et Mercer doivent ainsi lutter contre leurs composants de plus en plus défaillants à mesure qu’ils progressent dans leur quête, ce qui fait ressurgir leur passé et de véritables traumatismes qu’ils ont vécus à l’époque du conflit contre les humains.

L’anthropomorphisme s’observe aussi dans la non-uniformité des machines, parce que certains robots sont excentriques, comme Orval le Nécromancien, qui sculpte des robots à partir de pièces détachées. Cependant, les robots s’interrogent sur leur programmation. Est-ce que leur identité est seulement conditionnée par la somme de leur hardware et de leur software, ou sont-ils capables de s’auto-déterminer par des gestes et des actions ? Ils s’interrogent également sur ce que la disparition des humains leur a apporté. Sont-ils devenus semblables au pire de l’humanité, comme peut en témoigner le conflit incessant que se livrent les Intelligences Mondes, ou le fait qu’ils ont exterminé la totalité de leurs anciens maîtres, ou peuvent-ils créer un modèle alternatif de société, comme Rebekah semble le promettre ? Robert C. Carghill réfléchit également sur la divinité et la recherche du divin à travers le fait que les Intelligences Mondes pensent qu’elles peuvent accéder au statut de Dieu en contrôlant l’intégralité des robots pour disposer de l’intégralité des cerveaux mécaniques disponibles, et ainsi littéralement régner sur le monde. Il met également en lumière le fait que les machines peuvent constituer l’espèce dominante qui succèdera à l’Humanité sur Terre, mais aussi dans l’espace.

Robert Cargill alterne des chapitres qui suivent Fragile et sa quête d’Isaactown, et une histoire de la création des premières IA et de la révolte des machines contre leurs créateurs humains. On observe ainsi qu’à l’origine, l’Humanité a inculqué les Trois Lois de la Robotique (en référence à Isaac Asimov et son Cycle des Robots) aux machines, ce qui conditionnait leur existence. Par la suite, les robots ont accédé à la conscience et sont devenus les égaux des humains sur le plan de la vie, d’une certaine façon, puisqu’ils ont obtenu leur libre arbitre et se sont émancipés du contrôle des humains, qui ont alors tenté de les garder sous leur coupe, ce qui a mené au conflit entre l’Humanité et les IA. Les robots ont alors exterminé les humains de manière systématique, sans aucune moralité, en employant notamment des armes chimiques dévastatrices, avec par exemple un empoisonnement au mercure de la totalité des sources d’eau potable (oui oui), afin de provoquer la déshydratation de l’espèce humaine ou sa folie. L’auteur décrit ainsi la fin de l’Humanité, réduite à néant par ses créations qui finissent par lui succéder.

 

Le mot de la fin

 

Un océan de rouille se déroule dans un monde post-apocalyptique et post-humain, dans lequel les machines ont exterminé la totalité des humains au cours d’un conflit sanglant qui leur a permis de conquérir leur liberté.

Cependant, les robots sont loin de vivre dans une utopie, puisque des Intelligences Monde, gigantesques unités centrales qui contrôlent des milliers de machines, se livrent une guerre sans merci pour la domination de la planète.

C’est au cours de ce conflit que Fragile, une androïde qui se trouve aux portes de la mort, aide Rebekah, un robot qui doit accomplir son destin, pour endiguer le conflit destructeur que se livrent les IA. S’engage alors une course poursuite extrêmement nerveuse et bourré d’action entre les robots fugitifs et les Intelligences Mondes, avec des fusillades et des scènes explosives, retranscrites de manière cinématographique.

Robert Cargill nous donne également à voir la subjectivité et l’anthropomorphisme d’une espèce mécanique qui a succédé à l’Humanité, et qui a fini par hériter de tous ses problèmes et de ses interrogations.

Je vous recommande vivement la lecture de ce roman si vous cherchez un roman de SF avec de l’action, ou si vous vous intéressez aux thématiques liées aux robots.

Vous pouvez également consulter les chroniques de Just A Word, L’Ours Inculte, Célindanaé, FeydRautha, Yogo, Blackwolf, Lutin

4 commentaires sur “Un océan de rouille, de C. Robert Cargill

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