La Survie de Molly Southbourne, de Tade Thompson

Salutations, lecteur. Il y a peu, je t’ai parlé des Meurtres de Molly Southbourne, une novella brillante qui traite d’une jeune femme qui lutte littéralement contre elle-même. Aujourd’hui, je vais te parler de sa suite, avec

 

La Survie de Molly Southbourne, de Tade Thompson

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions du Bélial’. Je remercie chaleureusement Julien Guerry pour l’envoi de la novella.

Tade Thompson est un écrivain britannique d’origine nigériane. Il exerce la profession de psychiatre. Il est l’auteur de la trilogie Rosewater, dont je vous parlerai sans doute cette année, et de novellas, dont Les Meurtres de Molly Southbourne, dont je vais vous ai dernièrement parlé, et dont La Survie de Molly Southbourne constitue la suite.

La Survie de Molly Southbourne est originellement parue en 2019, et a été traduite par Jean-Daniel Brèque pour la collection Une Heure Lumière du Bélial’, qui la publiera en Juin 2020.

En voici la quatrième de couverture :

« Qui est Molly ? Une jeune femme frappée de la pire des malédictions, morte dans l’incendie de son domicile… Et pourtant là. Semblable mais différente. Qui est cette

Molly ? Certains veulent la voir disparaître. D’autres brûlent de la capturer, de percer à jour les secrets de sa nature étrange.

L’objet d’enjeux qui la dépassent, voilà ce qu’est Molly. Condamnée à fuir, à tenter de survivre. Avant de peut-être, enfin, apprendre à vivre… »

Dans mon analyse du récit, je vais traiter du fait que Tade Thompson parvient à créer une antithèse de sa novella précédente.

 

L’Analyse

 

L’Hémoclone dépasse la Prime

 

La Survie de Molly Southbourne commence là où Les Meurtres de Molly Southbourne s’était arrêté, c’est-à-dire lorsqu’une molly finit par prendre la place de Molly après la mort de cette dernière. Cette novella de Tade Thompson dépeint donc une quête d’identité bien particulière, celle d’un clone qui endosse l’identité de son original pour vivre et tracer son propre parcours, pour à la fois dépasser sa condition de molly, mais également les traumatismes de la Molly originale, qu’elle lui a légués à travers le récit de sa vie, pour qu’elle devienne Molly. Là où la novella précédente réifiait les mollys et les réduisait à des créatures à massacrer absolument, le récit de Tade Thompson nous montre que les mollys peuvent acquérir une individualité et une humanité qui diffèrent de leur originale.

On peut observer une sorte de jeu avec le titre de la novella, puisque La Survie de Molly Southbourne désigne à la fois la survie de l’entité Molly Southbourne, puisque la molly qui est le personnage principal du récit reprend son nom et ses souvenirs, mais aussi la remise en question de cette entité, à travers le parcours de la molly et la manière dont elle remet en cause les meurtres commis par la Molly originale.

Tade Thompson transcrit le récit de son personnage à la première personne et au présent, ce qui permet au lecteur d’être totalement ancré dans la subjectivité du personnage de la molly devenue Molly Southbourne. On observe également qu’entre les chapitres se glissent des interludes intitulés « Transcription », qui retracent le parcours de James Down, le professeur avec qui Molly avait eu une relation particulière, notamment marquée par la contamination de l’enseignant, tombé enceint d’une molly (littéralement, une molly croit dans son organisme, oui oui). Il rend alors compte de sa tentative de survie à la croissance d’un être humain adulte à l’intérieur de son corps, ce qui donne lieu à une formidable scène d’explosion de cage thoracique que ne renierait pas un certain xénomorphe. Apophis avait fait le lien entre Molly et une Reine Alien, et je ne peux que plussoyer cette comparaison.

La novella, plus que la précédente, traite de la construction de l’identité de celle qui s’identifie, et qu’on identifie, à Molly Southbourne. L’auteur nous montre donc, à travers son récit, un changement de référent, c’est-à-dire de réalité désignée par un terme linguistique, puisque le nom « Molly Southbourne » ne désigne plus « Molly Prime », mais une molly.

Cette dernière est confrontée aux agissements de l’originale, appelée Prime, qui a tué ses semblables par dizaines, mais aussi à son psychisme hautement instable, ce qu’on observe dans le fait que les souvenirs de Molly la conduisent à des troubles, tels que des hallucinations, de la paranoïa, ou des accès de violence, aggravés par un séjour en hôpital psychiatrique. Ces troubles sont dus au fait que Molly ne se dissocie pas véritablement de son originale pour rester en vie et ne pas être rattrapée par le passé et la condition de l’originale, ce qui entraîne certains de ses conflits internes, puisqu’elle s’accuse par exemple d’avoir tué les mollys. Ainsi, des mollys mentales inoffensives, hallucinées et fantomatiques, générées par les troubles psychiques de Molly, se substituent aux mollys physiques et dangereuses engendrées par le sang de l’originale. Cette instabilité contamine alors sa narration, qui peut parfois perdre en fiabilité, puisqu’on observe que les souvenirs de Molly l’influencent profondément.

Tade Thompson rationnalise également les capacités de Molly Prime, à travers deux rencontres effectuées par son personnage narrateur. La première de ces rencontres se fait avec Tamara Koleosho, une jeune femme qui possède la capacité de générer des « tamaras » de la même manière que la Molly originale, sauf que ses « hémoclones » sont pacifiques, contrairement à ceux de Molly, et Vitali Ignatiy Nikitovich, un scientifique qui tente de percer le mystère des personnes capables de créer des hémoclones. Molly trouve également des notes de sa mère qui lui en apprennent plus sur ses origines et la nature de son pouvoir. L’auteur rationnalise donc, au moins en partie, les capacités surnaturelles de son personnage, pour en expliquer les mécanismes et les origines, tout en les rattachant à une problématique plus large, qui est la baisse de la fertilité des pays occidentaux.

On observe d’ailleurs que Tamara Koleosho se situe aux antipodes de Molly, dans ses relations avec ses clones, puisqu’elle ne tue pas et considère que leur meurtre constitue un crime. Le personnage vit alors en harmonie avec ses tamaras, avec lesquelles elle forme une société à part entière, puisque les tamaras se forment dans des domaines qui leur permet de s’intégrer en société et d’être utiles à leur originale. Le personnage de Tamara constitue alors une sorte d’antithèse de la Molly Southbourne originale, puisqu’elle est stable psychologiquement, ne tue pas ses clones, et les laisse exister sans tension.

Tade Thompson prend le parti de subvertir certaines règles qu’il a instaurées, notamment en changeant de personnage principal, c’est-à-dire en donnant le point de vue d’une molly, et pas de Molly. Cela lui permet de mettre à distance les règles que Molly suivait vis-à-vis de son propre corps, puisque la nouvelle Molly ne génère pas de clones, ce qui lui permet de vivre une vie plus ou moins normale, avant d’être rattrapée par son passé, ou plutôt celui de l’originale. Néanmoins, là où Molly Prime finit broyée par sa condition et son passé, la nouvelle Molly s’y confronte pour l’assimiler et le dépasser. Elle fait ainsi preuve de résilience, contrairement à la Molly originale, qui restait prisonnière de ses troubles à cause de ses meurtres successifs d’elle-même. La nouvelle Molly acquiert donc l’identité de Molly Southbourne, mais parvient à dépasser les troubles qui l’assaillaient pour s’intégrer dans le monde, et ne pas être un calque complet de la Prime, comme le montre l’épilogue du récit.

 

Le mot de la fin

 

La Survie de Molly Southbourne prend le contrepied de la novella qui la précède, à savoir Les Meurtres de Molly Southbourne.

Tade Thompson dépeint en effet la manière dont l’une des mollys, clone de Molly Southbourne généré à partir de son sang, prend la place de l’original pour devenir à son tour Molly Southbourne.

Cette nouvelle Molly hérite des souvenirs et de la psychologie torturée de sa Prime, mais parvient à les dépasser, parce qu’elle est capable de résilience. L’auteur, en brisant les règles qu’il avait établies dans la première novella, parvient à montrer comment il est possible de se dépasser et de s’accepter soi-même.

J’ai beaucoup apprécié cette deuxième novella de Molly Southbourne !

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Apophis, FeydRautha, Just A Word, Gromovar, Laird Fumble, Célindanaé

7 commentaires sur “La Survie de Molly Southbourne, de Tade Thompson

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