La Machine à explorer le temps, de H. G. Wells

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler de l’un des récits fondateurs de la science-fiction.

La Machine à explorer le temps, de H. G. Wells


Introduction


Herbert George Wells est un auteur britannique né en 1866 et mort en 1946. Il est considéré comme l’un des écrivains fondateurs du genre de la science-fiction.

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, La Machine à explorer le temps, est originellement paru en 1895. Il a été traduit en français par Henry D. Davray pour les éditions René Kieffer, qui l’ont publié en 1927. De nos jours, le roman est disponible dans la collection Folio SF de Gallimard.

L’auteur y raconte l’exploration d’un avenir très lointain, l’an 802701, qu’il atteint grâce à une machine à voyager dans le temps. Il y découvre une société humaine transformée.

Dans mon analyse du roman, je traiterai de la manière dont H. G. Wells met en scène le futur de l’humanité, puis j’interrogerai la postérité de son œuvre.

L’Analyse

Éloïs, Morlocks, Utopie ?


La Machine à explorer le temps nous fait suivre un personnage dont on dispose du point de vue à la première personne, qui fréquente des personnages savants ou en vue lors de dîners mondains, tels qu’un « psychologue », un journaliste, ou même un « Provincial », qui représentent des types sociaux. Cet ensemble de personnages se retrouve chez un individu surnommé « l’Explorateur du temps », qui leur soumet une théorie a priori paradoxale (pour l’époque du récit qui est pré-relativiste, en tout cas, , qui est que l’on peut considérer le temps comme la quatrième  dimension physique, et qu’il  serait donc théoriquement  possible de s’y  déplacer. Cette idée est paradoxale à l’époque de publication du roman, qui est pré-relativiste, puisqu’en physique relativiste, le temps est effectivement la quatrième dimension.

L’Explorateur du temps présente ainsi à ses invités une machine à explorer le temps (qui donne son titre au roman, oui oui), et raconte son voyage dans le futur. Le récit de voyage dans le temps s’appuie ainsi sur une narration enchâssée au sein d’une situation d’énonciation précise, un dîner mondain. Le roman montre cependant une certaine tendance à la métalepse, c’est-à-dire qu’il met en scène le narrateur lui-même, au cours de l’histoire de l’Explorateur du temps, mais aussi dans le récit cadre, puisque le personnage narrateur et auditeur intervient pour affirmer dans l’incipit « l’Explorateur du temps (car c’est ainsi que pour plus de commodité nous l’appellerons) ». Il justifie ainsi son choix de donner un surnom à son interlocuteur.

L’Explorateur du temps explique ainsi que sa machine lui a permis de voyager jusqu’en l’an 802701 (oui oui), où il observe l’évolution de l’humanité et de sa société, à travers les Éloïs et les Morlocks, deux humanités qui divergent de l’être humain que nous connaissons. En effet, les Éloïs vivent dans une insouciance totale, de manière extrêmement oisive, dans des palais très richement décorés, sans arts, sans travail, sans culture, avec un langage extrêmement réduit, avec seulement des phrases simples et peu de mots de vocabulaire pour désigner des abstractions, par exemple. À l’opposé, les Morlocks vivent sous terre, sont photosensibles, et semblent avoir régressé à une forme de bestialité qui les pousse au cannibalisme, puisqu’ils traquent les Éloïs à la nuit tombée pour les manger. H. G. Wells décrit donc un schisme naturel, c’est-à-dire non induit par des technologies visant à la modifier, de l’espèce homo sapiens en deux clades différents, avec les Éloïs d’un côté, et les Morlocks de l’autre.

Les habitants du monde supérieur pouvaient bien avoir été autrefois une aristocratie privilégiée, et les Morlocks leurs serviteurs mécaniques, mais tout cela avait depuis longtemps disparu. Les deux espèces qui étaient résultées de l’évolution humaine déclinaient ou étaient déjà parvenues à des relations entièrement nouvelles. Les Éloïs, comme les rois carolingiens, en étaient venus à n’être que des futilités simplement jolies : ils possédaient encore la terre par tolérance et parce que les Morlocks, subterranéens depuis d’innombrables générations, étaient arrivés à trouver intolérable la surface de la terre éclairée par le soleil. Les Morlocks leur faisaient leurs habits, concluais-je, et subvenaient à leurs besoins habituels, peut-être à cause de la survivance d’une vieille habitude de domestication

Cependant, cette évolution supposément naturelle s’avère en réalité due à une configuration de la répartition des classes sociales dans l’espace. Les Éloïs seraient ainsi les descendants des classes supérieures vivant dans l’opulence, tandis que les Morlocks seraient issus des classes laborieuses, contraintes de vivre sous terre pour entretenir les machines. Cette division en deux clades distincts proviendrait donc, d’après l’Explorateur du temps, de la fracture sociale causée par l’industrialisation de la société contemporaine à l’époque de l’écriture du roman, mais aussi par la répartition verticale des classes, avec les dominants en haut, et les dominés en bas. Ce topos de la verticalité de l’échelle sociale sera réutilisé plus tard par Robert Silverberg dans Les Monades urbaines, Catherine Dufour dans Le Goût de l’immortalité, ou encore Richard Canal dans Upside Down.

L’Explorateur du temps, qui pensait avoir découvert une utopie en observant la vie des Éloïs, observe donc que l’avenir de l’humanité apparaît conditionné par la fracture sociale qui frappe son époque.

Postérité : voyage dans le temps, topos classique de la SF


Si des récits de voyage dans le temps précédent La Machine à voyager dans le temps, tels que La Tempête de Shakespeare, L’An 2440, rêve s’il en fut jamais de Louis-Sébastien Mercier, ou encore Le Dernier homme de Mary Shelley, le roman de H. G. Wells contribue à la création et la popularisation du topos du voyage dans le temps en science-fiction. Ce topos se retrouvera dans des œuvres ultérieures du genre, telles qu’En souvenir du futur de Philippe Curval, Terminusde Tom Sweterlitsch, ou encore Les Oiseaux du temps de Max Gladstone et Amal El-Mohtar.

Par ailleurs, le roman se trouve directement prolongé par d’autres œuvres qui lui font référence ou prennent sa suite, avec par exemple Morlock Night de K. W. Jeter, l’auteur de Dr Adder, mais aussi La Machine à explorer l’espace de Christopher Priest, ou encore Les Vaisseaux du temps de Stephen Baxter.

Le mot de la fin


La Machine à explorer le temps est un roman de science-fiction de H. G. Wells, dans lequel l’auteur décrit une exploration d’un futur très lointain par l’inventeur d’une machine à voyager dans le temps.

Il y découvre les Éloïs et les Morlocks, qui sont le fruit de l’évolution humaine à la suite d’une fracture sociale qui verticalise littéralement les rapports sociaux.

Il s’agit d’un roman précurseur sur le topos des voyages dans le temps, et si vous vous intéressez à cette thématique, je vous le recommande !

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