Le Sang du dragon, d’Anthony Ryan

Salut à toi, lecteur ! Entends-tu ce rugissement qui glace le sang ? Écoute le bien. Ce rugissement, c’est le symbole de ce qui est en train de secouer la Fantasy chez les anglo-saxons. Aujourd’hui, je te parle d’un roman incroyable d’une véritable révolution en pages. Tu es prêt ?

Le Sang du dragon, premier tome de la saga Dragon Blood, de Anthony Ryan

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Introduction :

 

Anthony Ryan est un écrivain écossais de fantasy et de science-fiction né en 1970. Son œuvre de fantasy est pour le moment constituée de la saga Blood Song, traduite et éditée chez Bragelonne de 2014 à 2016, et de la saga Dragon Blood (The Draconis Memoria en VO), dont le premier tome, Le Sang du dragon, a été traduit en 2017 chez Bragelonne. Ses œuvres de science-fiction ne sont pas traduites.

Je vous donne le résumé de l’éditeur :

« À travers les vastes territoires contrôlés par le Syndicat du Négoce d’Archefer, rien n’est plus prisé que le sang des dracs. Ponctionné à même leurs veines, il est distillé en élixirs capables d’accorder d’incommensurables pouvoirs aux rares hommes et femmes connus sous le nom de Sang-bénis.

Mais une menace croissante pèse sur le Syndicat : les lignées de dracs s’affaiblissent peu à peu. S’ils viennent à s’éteindre, la guerre qui couve avec l’Empire corvantin voisin ne manquera pas d’éclater. Le dernier espoir du Syndicat réside dans la découverte d’une rare variété de drac, bien plus puissante que toutes les autres.

Claydon Torcreek, voleur de bas étage et Sang-béni clandestin, est enrôlé de force par le Protectorat et envoyé dans les entrailles du continent primitif d’Arradsie, sur la piste de cette créature légendaire. Lizanne Lethridge, vénéneuse espionne, doit quant à elle braver tous les dangers afin de mener à bien sa mission en territoire ennemi. Enfin, Corrick Hilemore, sous-lieutenant à bord d’un croiseur d’Archefer, se lance à la poursuite de dangereux pirates, sans se douter du péril qui le guette aux confins du monde.

Emportés par la valse des destins et des empires, du connu et de l’inconnu, tous trois devront lutter de toutes leurs forces pour inverser le cours de la guerre qui se profile… ou bien périr dans son sillage. »

On a donc les points de vue de trois personnages (Lizanne, Claydon et Hilemore) qui vont être alternés tout au long de la narration de ce long, très long roman (700 pages, ce n’est pas rien !) et qui nous permettent de comprendre et d’appréhender la plupart des événements que l’auteur nous raconte.

Mon analyse va d’abord porter sur le setting et les thèmes assez nouveaux que le roman aborde, puis je vous parlerai de la narration et de l’univers du roman en eux-mêmes. Je me rends compte que ce n’est pas forcément très cohérent, mais je tenais absolument à vous montrer qu’il est tout à fait possible d’écrire de la Fantasy originale ET capable de faire réfléchir son lecteur avant de vous parler du reste.

L’Analyse :

 

Un setting qui permet d’aborder des thématiques nouvelles :

 

Le Sang du dragon est un roman dont le setting apporte du renouveau au genre de la Fantasy.

Pour rappel, le setting d’une œuvre, c’est l’univers dans lequel l’auteur va décider de la situer. Et celui du roman d’Anthony Ryan est assez particulier, parce qu’il ne se situe pas dans un cadre ou dans une époque dont la Fantasy se préoccupe habituellement. La Fantasy est un genre qui a tendance à utiliser des setting médiévaux (qui s’apparentent au Moyen-âge), et on voit très peu (ou du moins, j’en ai très peu lu) d’œuvres de Fantasy dont le setting se situait en des périodes post-médiévales. Le phénomène semble néanmoins prendre de plus en plus d’ampleur depuis quelques années avec par exemple le cycle des Poudremages de Brian McClellan, ou le cycle du Bas-Lag de China Miéville, ce qui n’est pas plus mal, puisque cela permet de donner une nouvelle fraîcheur au genre et surtout, d’aborder de nouvelles thématiques.

Le Sang du dragon se situe donc dans une ère industrielle, durant laquelle des corporations (« Recherche Avancée », « Costeclaire », le « Syndicat d’Archefer ») dominent une grande partie du monde et ont vaincu ou sont en passe de vaincre des grands empires tels que « l’empire mandinorien », qui a disparu, ou « l’empire corvantin », qui est sur le déclin. Ces corporations se lancent également dans la colonisation et l’exploitation d’un continent qui vient à peine d’être découvert, « l’Arradsie », où seulement quelques enclaves sont présentes (« Port-Lestampe », « Valmors », « Gueule d’Edin »…).

Le fait que ce soient des corporations qui gouvernent le monde a profondément changé la société et ses codes, avec l’émergence de différentes classes sociales plus ou moins privilégiées, avec les « Actionnaires » et les « Gestionnaires », par exemple, et surtout, le fait que l’économie capitaliste dirige littéralement le monde, puisque les corporations cherchent à tout prix à maintenir la croissance économique.

Ce système politique permet donc à l’auteur d’aborder des thématiques assez sérieuses dans son roman, et ce, de manière intelligente.

Premièrement, le thème de la surexploitation de la nature traverse tout le roman. En effet, le « drac » est devenue une espèce presque en voie de disparition dans Le Sang du dragon, puisqu’ils sont chassés et tués pour la récupération de leur sang, qui est appelé « produit » d’un bout à l’autre de l’œuvre, ce qui montre le rapport très financier que les corporations entretiennent avec les dracs, qu’elles considèrent comme du bétail dont le « produit » doit être raffiné et vendu pour permettre une bonne économie. Elles tentent même d’élever des dracs en captivité dont les conditions de vie sont assez horribles. Le roman propose donc une vision radicalement différente de la vision conventionnelle que l’on peut avoir du dragon, puisqu’il est ici réduit au statut de bétail à l’état de captivité. En revanche, à l’état sauvage, c’est une toute autre histoire et vous verrez que les « dracs », pour des créatures opprimées, se défendent plutôt bien. Le continent de « l’Arradsie », où vivent les dracs, est encore à peine exploré mais est déjà surexploité, d’une certaine façon, puisque les corporations cherchent à le coloniser au nom du profit. Cette thématique transparaît à travers tout le propos sur les « dracs » et leur exploitation, mais aussi dans les paroles de certains personnages au détour de certains dialogues, parfois de manière quelque peu de cynique. Comme le dit Madame Bondersil, « Il semblerait qu’en l’espace de deux siècles à peine nous ayons réussi à saigner ce continent à blanc et à nous priver d’une importante manne d’argent. », d’où le fait qu’Archefer se lance à la recherche du Drac-Argent, une créature mythique et surpuissante, non pas pour la gloire, mais pour le profit que la corporation pourra en tirer.

Le thème de la souffrance animale découle directement du thème de l’exploitation de la nature. Le roman décrit de manière assez violente les morts des « dracs », leur mode de vie en captivité, mais aussi la manière dont leur sang est extrait et mis en scène, ce qu’on peut observer dans le prologue et dans d’autres passages du roman, que j’ai trouvés assez marquants. Un personnage du Sang du dragon se démarque et s’indigne du traitement infligé aux « dracs », mais je ne peux pas vous en dire plus, car c’est un personnage clé de l’intrigue. Retenez en tout cas que le problème de l’exploitation des dracs est soulevé par un personnage très intéressant, et que ce personnage est perçu comme étrange parce qu’il se soucie du sort des « dracs ».

Le roman fait s’affronter deux systèmes politiques très différents l’un de l’autre, l’Empire Corvantin et le Syndicat d’Archefer. Cependant, il ne prend pas explicitement parti et montre au lecteur ce qu’il y a de bon et de mauvais dans chacun des deux systèmes, ou même ce qu’ils ont de commun. La pauvreté subsiste chez les corvantins comme parmi les membres du Syndicat d’Archefer, au sein duquel il existe encore des classes sociales très hiérarchisées, par exemple. Les deux régimes sont par ailleurs largement différenciés par la langue qu’ils emploient (le corvantin pour les corvantins, le mandinorien pour Archefer) ou l’organisation de leurs sociétés respectives, qu’Anthony Ryan s’attache à décrire avec soin. L’auteur semble également dessiner une troisième voie entre ces deux régimes à travers la pensée révolutionnaire véhiculée par le personnage du major Arberus, qui s’apparente à bien des égards au marxisme, notamment dans sa manière de désigner les membres du Syndicat d’Archefer (« corporatiste », « esclave du monde financier »…). On peut également ajouter que les deux systèmes s’affrontent également sur le plan du progrès scientifique, ce qu’on observe lors des affrontements militaires navals entre les corvantins et Archefer, mais également de la mainmise sur les ressources, ce qui est illustré par la recherche du Drac Argent, qui est présenté comme un avantage pour une éventuelle « guerre » ouverte, puisque les deux systèmes s’affrontent dans une sorte de guerre froide et s’espionnent.

Le roman aborde également les problèmes de différences culturelles en présentant des peuples aux coutumes très éloignées de celles des personnages que l’on suit, notamment les « Varestiens » et les « Illiens », dont les personnages d’Argetine, Fieracier et Zénida sont les représentants. Ces personnages et leurs coutumes sont souvent assez mal compris par les personnages narrateurs, ce qui permet de montrer les différences culturelles entre les différents peuples présents dans l’univers du roman. Hilemore ne comprend par exemple pas que Fieracier possède une « dette » envers lui, et Clay ne comprend pas qu’Argetine se sente liée à lui pour l’éternité. Le Sang du dragon traite également de racisme, avec la haine que semblent se vouer Archefer et l’empire corvantin. On peut également entrapercevoir ce thème dans les injures racistes qu’emploient certains des personnages.

Le Sang du Dragon est donc un roman assez intelligent dans les thématiques qu’il aborde, thématiques qu’il peut aborder en grande partie grâce à son setting. Mais ce n’est pas tout. Le roman d’Anthony Ryan possède également des qualités narratives de très grande facture.

Trois points de vue, trois manières de découvrir un univers :

 

L’univers créé par Anthony Ryan est assez vaste, avec plusieurs continents (« Mandinor », « Varestie », « Dalcie », « L’Empire Corvantin »…) qui sont habités par différents peuples possédant chacun une culture, une langue des coutumes et une apparence physique spécifique, ce qui permet de rendre chaque endroit visité par les personnages (et les personnages eux-mêmes) uniques grâce aux descriptions assez détaillées, qui donnent un effet de couleur locale.

La multiplicité des points de vue nous permet d’explorer différents lieux, mais aussi différents aspects des affaires du Syndicat d’Archefer. Clay et la compagnie des « Longfusils » nous permettent de découvrir l’Arradsie et ses dangers, avec les « Altérés », la jungle, le désert des « Cinabres », et surtout, le quotidien d’une « compagnie d’Indépendants », c’est-à-dire les équipes d’explorateurs qui parcourent l’Arradsie à la recherche de « dracs » pour s’enrichir en récoltant leur « produit », malgré les dangers que les expéditions peuvent rencontrer (et des dangers, les Longfusils vont en rencontrer, croyez-moi). L’expédition qu’ils mènent dans le roman représente également l’aspect matériel de la quête du Drac-Argent, ce qui donne au roman un aspect de récit d’aventures et d’exploration. Lizanne, de son côté, nous fait découvrir les rouages et les intrigues de la politique du Syndicat d’Archefer, mais aussi la manière dont l’empire corvantin et ses espions du « Cadre » entendent résister, avec les parties de l’intrigue se déroulant à « Valmors », et qui donnent aux parties centrées sur Lizanne un côté récit d’espionnage avec une héroïne dotée de pouvoirs surnaturels, ce qui rend les scènes d’action assez incroyables (ce qui n’a pas été sans me rappeler Le Fils des brumes de Brandon Sanderson, en un peu plus nerveux) ! Les parties qui se concentrent sur le lieutnant Hilemore et l’équipage de « L’Opportunité-Favorable », quant à elles, nous décrivent l’aspect purement militaire des manœuvres du Syndicat contre l’empire corvantin, avec des batailles navales impressionnantes et bien décrites, avec un vocabulaire spécifique à la marine de guerre. L’alternance de ces points de vue permet au lecteur d’avoir une vue d’ensemble sur l’avancement de l’intrigue et d’observer les conséquences des agissements de chaque personnage sur les deux autres, mais elle nous happe également dans notre lecture, puisque les chapitres se terminent souvent sur des cliffhangers qui laissent le personnage narrateur en mauvaise posture, ce qui nous force à continuer pour savoir ce qu’il advient de lui. Cette technique est donc doublement efficace (elle a d’ailleurs tellement bien fonctionné sur moi que j’ai terminé le livre en à peine une semaine malgré son longueur). Pour en revenir aux personnages principaux, ils sont très intéressants à suivre et possèdent des caractéristiques qui les individualisent et les rendent uniques, et les événements de la narration les font tous évoluer. Par exemple, Lizanne va se rendre compte que même une espionne peut se faire du sentiment, et Clay va s’endurcir au contact des Longfusils. Ces évolutions sont intéressantes, sans tomber dans le pathos excessif. J’en profite également pour signaler que les personnages secondaires sont très sympathiques et possèdent tous des caractéristiques, des motivations et une manière de parler (le fameux idiolecte) qui leurs sont propres et qui font qu’ils ne se ressemblent pas. Cette bonne construction des personnages secondaires s’observe notamment dans la compagnie des Longfusils, mais aussi au sein de l’équipage de L’Opportunité-Favorable, que je vous laisse découvrir.

Le système de magie créé par Anthony Ryan est très cohérent et bien utilisé. Je vais vous le présenter de manière courte (et de toute façon, le roman vous l’expliquera de manière bien plus précise que moi). Dans le monde du Sang du Dragon, 1 individu sur 1000 acquiert des capacités surnaturelles grâce au « produit », c’est-à-dire grâce au sang de dragon. Ces individus sont appelés les « Sang-Bénis ». Les capacités qu’ils obtiennent sont déclenchés par l’absorption du « produit » lorsqu’ils l’avalent (bien que Lizanne dispose d’un moyen bien plus sophistiqué pour absorber son « produit ») et s’estompent dès que leur organisme ne contient plus de « produit ». Ils doivent donc en permanence porter des « fioles » de « produit » sur eux pour pouvoir se servir de leurs pouvoirs, ce qui n’est pas rappeler la manière dont les « allomanciens » de la saga du Fils des Brumes doivent économiser leurs réserves de pouvoir. La magie des Sangs-Bénis est donc loin d’être infaillible, puisque la quantité de pouvoir dont ils peuvent se servir est matériellement limitée par les « fioles », mais aussi par le contrecoup physique qu’induit l’utilisation de leurs pouvoirs. Ce point s’observe notamment chez Clay et Lizanne, qui sont tous les deux des Sang-Bénis. Chaque espèce de « drac » possède un produit qui donne des pouvoirs différents aux Sang-Bénis. Par exemple, le « Sinople » décuple les capacités physiques, « l’Azur » permet à deux Sang-Bénis de communiquer sur de longues distances grâce à un état de transe, le « Gueules » génère des flammes, et le « Sable » donne à ses utilisateurs des capacités télékinésiques (bloquer les mouvements de l’adversaire, par exemple). Mais le « produit » extrait directement des « dracs » doit d’abord être raffiné avant de pouvoir être absorbé, car le « produit » pur, à l’état de « sang cordial », peut tuer les Sang-Bénis (il tue également les non bénis). Toutefois, des mystères subsistent autour du « sang cordial » et des « Sang-Bénis », et le roman vous le montrera bien mieux que moi !

Enfin, les scènes d’action sont tout bonnement grandioses, avec beaucoup de dynamisme. Elles sont souvent violentes et ne nous épargnent pas les détails sanglants que déclenchent certaines actions. Ces scènes se servent également des pouvoirs des Sang-Bénis, et grâce à cette magie, certaines scènes deviennent tout simplement époustouflantes, notamment lorsque l’on suit Lizanne. L’utilisation de gunfights est également très intéressante, avec des tireurs d’élite, comme le Prédicateur de la compagnie des Longfusils et d’autres subtilités qui montrent que le monde du Sang du dragon est bel et bien un monde industriel, où les combats ont moins lieu au corps à corps, lorsqu’ils opposent les hommes aux « dracs » ou même les hommes entre eux. À noter également la présence de ce qui s’apparente à des miniguns dans la troisième partie, et j’ai personnellement adoré les scènes dans lesquelles ils sont employés !

Le mot de la fin :

 

Le Sang du dragon est un excellent roman de Fantasy, de par son setting original, les thématiques intelligentes qu’il aborde, son univers, son système de magie, et ses personnages. Anthony Ryan démontre parfaitement que la Fantasy est capable de bien des choses lorsqu’elle est bien mise en œuvre !

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11 commentaires sur “Le Sang du dragon, d’Anthony Ryan

  1. Je l’ai terminé il y a moins de 15 jours, pfiou c’est dense, j’ai rarement pris autant de notes pour me situer sur qui est qui et fait quoi et j’étais un peu perdue tout de même il n’y a pas beaucoup d’explications sur le fonctionnement du syndicat et ce qu’étaient exactement les actionnaires (bon ça va avec la monnaie qui est boursière à 100 % mais bon ça n’éclaire pas vraiment ma lanterne) ^^

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