La Fureur de la terre, de Lionel Davoust

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, il est temps de poursuivre l’exploration de la série des Dieux sauvages de Lionel Davoust, avec le troisième tome de la série,

La Fureur de la terre

critic112-2019

 

Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser qu’il s’agit d’une chronique sur le troisième volume d’une série. Vous risquez par conséquent de vous faire spoiler les tomes précédents si vous ne l’avez pas lu. Je vous invite donc à au moins lire ma chronique du premier tome et celle du deuxième pour ne pas être perdus.

Lionel Davoust est un auteur français né en 1978. Parallèlement à sa carrière d’écrivain, il est également musicien, anthologiste et traducteur. Il a par exemple dirigé les anthologies du festival des Imaginales de 2012 à 2014, et a notamment traduit la série du Bibliomancien de Jim C. Hines chez l’Atalante. Il anime aussi le podcast « Procrastination », une émission bimensuelle d’une quinzaine de minutes pendant lesquelles il discute et donne des conseils au sujet de l’écriture, avec Mélanie Fazi et Estelle Faye. Laurent Genefort, auteur de SF français reconnu a participé à l’émission jusqu’à la deuxième moitié de 2019. Si vous écrivez, je ne peux que vous conseiller l’écoute de ce podcast qui donne des conseils éclairés sur l’écriture de fiction.

Lionel Davoust a écrit une trentaine de nouvelles, parues dans des anthologies ou en recueils, et plusieurs romans, dont Port d’âmes en 2015 aux éditions Critic et la série des Dieux du Fleuve commencée en 2017 avec La Messagère du ciel, paru chez Critic également. Il faut savoir que la série des Dieux sauvages, Port d’âmes, ainsi que plusieurs autres récits de l’auteur, notamment les nouvelles regroupées dans La Route de la conquête et le roman La Volonté du dragon font partie d’un même univers, appelé Évanégyre, dont Lionel Davoust cherche à transmettre l’histoire sur plusieurs millénaires.

La Fureur de la terre constitue le troisième tome de la série des Dieux sauvages. En voici la quatrième de couverture :

« La ville de Loered, Le Verrou du Fleuve, est en train de ployer sous la pression des armées démoniaques, mi-chair, mi-machine, du dieu Aska.

Affamée, malade, désespérée, la population ne tient plus que par sa foi envers Mériane, l’envoyée du dieu Wer.

Alors qu’au plus hauts échelons du royaume, la reine régente Izara s’efforce de sauvegarder de qu’elle peut encore, le prince Erwel se lance dans un appel désespéré à l’union des provinces pour aider Loered.

Pour espérer survivre, Mériane et les siens n’ont d’autre choix que de risquer d’encourir la colère divine.

Car dans le passé du monde, dans les vestiges anéantis de l’Empire d’Asrethia, repose peut-être une puissance capable de rivaliser avec celle d’Aska.

Tandis que le passé du monde émerge, la réelle nature du conflit qui oppose les dieux rivaux se dessine, et les Rhovelliens affrontent leurs plus terribles sacrifices.

Quand la mort frappe tous les jours, il n’y a pas de héros, pas d’épopée – seulement la nécessité de survivre jusqu’au lendemain. »

Mon analyse du roman s’intéressera au développement de l’univers du roman, ainsi qu’à sa narration et ses personnages.

 

L’Analyse

 

Exploration géographique et temporelle d’Évanégyre

 

Dans La Fureur de la terre, Lionel Davoust développe son univers au cours des déplacements de ses personnages, ceux du prince Erwel, du général Freys des Forts et du croisé Léopol d’un côté, et ceux de la mystérieuse archère Nehyr et de Chunsène, adolescente survivante de l’invasion du royaume de Mandre par les armées d’Aska. Lionel Davoust nous en apprend plus sur la Rhovelle en nous montrant les deux provinces les plus pauvres du pays, la Sarracie et Deux-Sources, à travers le voyage d’Erwel, et sur les secrets des dieux avec le voyage des deux femmes, qui nous en apprennent plus sur la technologie de l’Empire d’Asrethia et la manière dont elle est utilisée ou bannie par les tenants de Wer ou d’Aska, grâce aux connaissances de Nehyr.

La technologie de l’Empire d’Asrethia se trouve d’ailleurs au centre du roman, notamment parce que Mériane obtient un exosquelette, ou dans le fait Lionel Davoust dépeigne des technologies extrêmement avancées pour un univers supposément médiéval, et similaires à des armes de destruction massive, capables d’anéantir toute forme de magie appelées « Tueurs de Phase », des réacteurs à énergie magique appelés des « réacteurs draniques » qui sont assimilables à des réacteurs nucléaires, ce qu’on remarque par le fait que ces réacteurs émettent des « radiations »…

Tous ces éléments technologiques sont complètement rattachés à la magie, malgré leur nature mécanique ou biomécanique, mais Lionel Davoust fait toutefois planer le doute sur leur véritable nature. S’agit-il de « vraie » magie, de technologie perçue comme de la magie, comme le montrent les réactions des personnages et les analogies que l’on peut faire entre les éléments présentés dans le roman et des machines de notre monde, ou bien d’un mélange de technologie et de magie ?

Le voyage de Néhyr et de Chunsène nous en apprend également plus sur la véritable nature et l’identité de Néhyr, tout en laissant un grand nombre de questions ouvertes, notamment sur son statut, mais on observe ce dont elle est capable, tant physiquement qu’intellectuellement.

Elle apparaît alors comme une super-soldate qui comprend très bien les mécanismes de l’artech, mais aussi un personnage extrêmement mystérieux, au courant des secrets les plus sombres de l’Empire et des dieux, qui semblent être bien plus que ce qu’ils sont réellement. Cela renseigne le lecteur sur la nature du monde dans lequel elle a vécu et celui dans lequel elle évolue, et montre bien que Les Dieux sauvages se déroulent dans un univers de Fantasy post-apocalyptique au passé plus que trouble. Le récit s’avère en tout cas toujours aussi sombre, avec des descriptions de batailles épiques, et de mutations créatures toujours aussi monstrueuses.

 

Narration

 

La Fureur de la terre se déroule alors que Loered est toujours assiégée. Le huis-clos instauré dans Le Verrou du fleuve se resserre littéralement autour de Mériane, de Maragal et du duc Thormig, puisque les assauts des Askalites sur Loered affaiblissent de plus en plus la cité, à mesure que les soldats loerediens meurent et que les enceintes tombent sous les coups des armées de Ganner. Les dirigeants de Loered, à savoir le duc Thormig et Mériane, doivent alors consentir à toujours plus de sacrifices pour tenir face à l’armée d’Aska.

L’atmosphère de huis-clos du deuxième tome se trouve donc ici prolongée et renforcée par l’avancée askalite, qui met au plus mal les défenseurs de Loered. L’auteur aborde à travers ce siège les questions de sacrifice, puisque pour tenir plus longtemps face aux Askalites, les loerediens doivent sacrifier des vies, celles des soldats, mais aussi celles de civils prêts à mourir pour défendre leur cité, quitte à être utilisés de manière cynique par un général complètement amoral qui se sert de leur ferveur religieuse pour les conduire au combat.

Le récit met donc les tenants de Wer dans une position de faiblesse extrême, ce qui s’observe dans la dégradation physique des personnages, qui sont blessés, malades et malnutris, face à une armée d’Aska toujours aussi puissante et terrifiante, mais qui est d’une certaine manière affaiblie également, parce que ses leaders sont en proie au doute.

En effet, l’arrivée de Nehyr dans le conflit entre Wer et Aska cause des déstabilisations importantes, parce qu’elle a des connaissances sur les secrets de l’artech, mais aussi à propos des dieux, qui mettent ceux-ci en péril. Nehyr et ce qu’elle représente, c’est-à-dire une sorte de fantôme de l’époque de l’Empire, fait donc d’elle une double menace dans le conflit présent, d’abord parce qu’elle connaît les faiblesses des dieux, mais en plus parce qu’elle souhaite exploiter ces dites faiblesses pour résoudre le conflit. Elle apparaît également comme un atout de poids pour Mériane, puisqu’elle lui donne accès à l’artech pour confronter les Askalites à travers l’exosquelette que la Messagère du Ciel obtient.

La narration s’intéresse également à la régente Izara, aux prises avec le grand arquide Beltan ap Ker Vashtrion, qui souhaite se servir de sa fille pour réunir l’Église et l’État. Le point de vue d’Izara nous montre les conséquences de la mainmise de l’église de Wer sur le pouvoir, notamment en montrant l’aliénation totale des femmes à tous les niveaux de la société, des servantes à Carila, qui intériorisent complètement le sexisme d’État, ce dont se rend compte avec horreur Izara grâce à son point de vue d’étrangère, pourtant dévalorisé par les religieux et les politiciens de son pays.

Lionel Davoust dépeint également les pérégrinations de Chunsène et de Nehyr, en quête de technologies pour lutter contre Ganner et ses sbires, ainsi que celles d’Erwel, parti chercher des renforts pour Loered, quitte à proposer le mariage aux ducs des provinces de Sarracie et de Deux-Sources, ce qui revient d’une certaine manière aussi à se sacrifier, et à sacrifier la vie d’une jeune femme par sens du devoir, ce qui rejoint les thématiques du siège de Loered. Les actes de Nehyr rentrent également et complètement dans cette thématique, puisqu’elle est prête à mourir pour aider Mériane à vaincre Ganner et son armée.

 

Personnages

 

Mériane, la Messagère du Ciel, doit se comporter de plus en plus en héroïne, en symbole de bravoure et d’union, malgré la puissance qu’elle obtient au cours du roman. En effet, grâce à Néhyr, Mériane obtient un exosquelette, appelé Invincible, ainsi qu’un énorme tranchoir, Rédemptrice, qui lui permettent de faire face aux armées d’Aska. Cependant, son armure aspire ses forces vitales à l’utilisation, et elle doit donc l’utiliser avec parcimonie, au risque de mourir. Elle ne peut donc pas se jeter dans les batailles comme une héroïne guerrière, mais devenir un véritable symbole de la résistance de Loered face à son envahisseur, ce qu’on peut observer dans les sentiments qu’elle déclenche lorsqu’elle apparaît sur le champ de bataille ou quand elle donne des ordres. On peut supposer qu’il s’agit là d’une subversion du trope du héros guerrier de Fantasy disposant d’armes surpuissantes, en montrant la manière dont la stature de ce type de héros peut devenir un symbole.

Mériane fait donc face à son statut de symbole et à ses conséquences, puisque le fait qu’elle soit une femme motive des femmes à se battre contre les Askalites. La Messagère du Ciel fait donc progresser la cause des femmes grâce à son statut, mais elle souffre d’être réduite à un symbole alors qu’elle dispose des moyens de se battre. On observe que Lionel Davoust fait le choix de faire de son héroïne un symbole, et de la doter d’une arme et d’une armure qui portent des noms, ce qui accentue l’aspect médiéval du récit, mais aussi la volonté de son chronète Maragal de la rendre héroïque, en la dotant d’équipements supposément uniques, en plus de la rattacher à une tradition de la Fantasy, avec des personnages dont les armes portent des noms et disposent de pouvoirs particuliers, à l’image de la Stormbringer d’Elric chez Michael Moorcock, la Belle de Mort de Cellendhyl de Cortavar de Michel Robert, ou le fusil Uculipsa de Tsungali dans La Vorrh, mais ici, on a une sorte de subversion puisqu’Invincible et Rédemptrice ne sont pas si « uniques » que cela (je ne peux pas vous en dire plus).

Le duc Thormig est également développé par la tragédie qui s’abat sur la ville qu’il est chargé de défendre. On observe la manière dont il veut avoir foi en Mériane et ce qu’elle peut apporter à la ville, la façon dont il veut défendre le Verrou du fleuve, mais aussi ses tourments et ses états d’âme, puisqu’au-delà de son statut de noble et de chef militaire, il est un être humain en proie à des sentiments qu’il refoule tant bien que mal. Le duc Thormig apparaît donc sur le déclin, contrairement à Erwel, que ses mésaventures diplomatiques en Sarracie vont forger, malgré ce que d’autres personnages peuvent penser de lui, Léopol en tête. Ledit Léopol fait d’ailleurs face à ses tourments intérieurs aussi, puisqu’il se trouve confronté à son Église et à ses crimes. On observe qu’il s’agit d’un personnage qui refoule ses passions, alors qu’il est en fait habité par elles, avec sa dévotion religieuse qui confine au fanatisme, ou sa focalisation sur les critères de masculinité de sa religion qui l’empêchent de s’exprimer pleinement. Maragal est également habité par sa passion religieuse, puisqu’il cherche à soutenir Mériane tout en veillant à protéger la foi au sein de Loered, malgré la pression qui pèse sur ses épaules, ce qui influe sur sa relation avec Mériane, parfois marquée par le tragique.

 

Le mot de la fin

 

La Fureur de la terre nous renseigne sur la technologie de l’Empire d’Asrethia, ainsi que sur la nature des dieux et de la magie à laquelle les personnages des Dieux sauvages sont confrontés. Lionel Davoust développe pour cela le personnage de Nehyr, mystérieuse archère qui dispose de grandes connaissances sur « l’artech », qui permettent au lecteur de faire des analogies entre les technologies présentes dans le roman et celles de notre monde, tout en gardant un grand nombre de questions ouvertes.

L’auteur traite aussi de la thématique du sacrifice, à travers le siège prolongé de Loered par les armées d’Aska et de son Prophète Ganner, qui donnent lieu à des batailles à la fois tragiques et épiques à cause du lourd tribut humain payé par le Verrou du Fleuve à chaque affrontement. Mériane et son statut d’héroïne et de symbole sont également mis en question, puisqu’elle acquiert des symboles de sa puissance et de sa légitimité, un exosquelette et une arme, qui ont malgré tout un prix. La Messagère du Ciel ne peut donc pas complètement incarner une figure guerroyante, mais un symbole guerrier.

Le roman nous fait également suivre les pérégrinations du prince Erwel, parti chercher des renforts en Sarracie et à Deux-Sources, les provinces les plus pauvres de Rhovelle qui d’une certaine manière vont contribuer à le forger en tant que futur monarque, et les déboires politiques et familiaux de la régente Izara, aux prises avec la religion weriste qui cherche à la confiner.

J’ai beaucoup apprécié ce troisième volume, et j’attends la suite avec impatience !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Dup, de Symphonie

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