Three Parts Dead, de Max Gladstone

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler de ma première lecture en VO en tant que blogueur, et il se trouve que le roman que je vais te présenter fait partie de mon corpus de mémoire, en compagnie de Foundryside de Robert Jackson Bennett, La Fureur de la terre de Lionel Davoust et de La Nef céleste d’Alexis Flamand.

Three Parts Dead, de Max Gladstone

 

9780765333117

 

Introduction

Max Gladstone est un auteur américain de Fantasy né en 1984. Three Parts Dead, premier volume de la série The Craft Sequence, a été publié en 2012 chez Tor Books.

Ce cycle comporte cinq autres tomes, parus entre 2013 et 2017. Le cycle peut être lu en respectant l’ordre de publication, la chronologie interne de la série, ou complètement dans le désordre, puisque chaque volume est conçu pour pouvoir fonctionner de manière indépendante. À ce titre, Three Parts Dead est le premier tome publié de la série, mais il est le troisième volume de la chronologie de The Craft Sequence.

En voici la quatrième de couverture :

« A god has died, and it’s up to Tara, first-year associate in the international necromantic firm of Kelethres, Albrecht, and Ao, to bring Him back to life before His city falls apart.

Her client is Kos, recently deceased fire god of the city of Alt Coulumb. Without Him, the metropolis’s steam generators will shut down, its trains will cease running, and its four million citizens will riot.

Tara’s job: resurrect Kos before chaos sets in. Her only help: Abelard, a chain-smoking priest of the dead god, who’s having an understandable crisis of faith.

When Tara and Abelard discover that Kos was murdered, they have to make a case in Alt Coulumb’s courts—and their quest for the truth endangers their partnership, their lives, and Alt Coulumb’s slim hope of survival. »

Mon analyse du roman traitera d’abord de son univers et des questions génériques qu’il pose, puis je vous parlerai de la narration et des personnages.

 

L’Analyse

 

Arcanepunk et question divine

 

Dans l’univers de The Craft Sequence, la magie est liée au divin et au conflit entre l’Homme et les dieux.

En effet, dans le passé du monde décrit par l’auteur, une guerre a eu lieu entre les dieux et les hommes, lorsque ceux-ci se sont rendus compte qu’ils étaient capables de se servir de la magie, appelée « Craft » (qu’on pourrait traduire en français par l’Art, mais une magie porte déjà ce nom chez Robin Hobb), parce que les intellectuels, les philosophes et les scientifiques notamment), se sont rendus compte qu’il existait des similitudes entre les hommes et les dieux, dont l’existence est véritable, au passage, puisque ceux-ci peuvent naître, vivre, et mourir. Les humains ont donc supposé qu’il leur était possible d’également utiliser la magie. Chez Max Gladstone, le divin, de la même manière que la magie, se trouve alors rationnalisé et désacralisé par l’Homme, ce qui lui permet de faire jeu égal avec les dieux et de se servir de la magie.

Les dieux sont alors entrés en guerre avec les « Craftsmen » et « Craftswomen ». Le conflit a duré un siècle, et a laissé des traces visibles sur l’environnement.

Au moment où se déroule Three Parts Dead, la guerre est terminée depuis un demi-siècle environ. Une partie de l’Humanité s’est libérée de l’influence des dieux et se place du côté des Craftsmen et des « Deathless Kings », qui sont des magiciens extrêmement puissants, tandis qu’une autre partie vit avec eux, comme dans la ville d’Alt Coulumb, placée sous la protection du dieu Kos, qui maîtrise le feu.

Le Craft, qui est la magie du monde dépeint par Max Gladstone, se trouve donc à la fois lié aux pouvoirs divins, et aux pouvoirs humains, mais les deux pouvoirs ne nécessitent pas les mêmes ressources.

Ainsi, les pouvoirs des dieux s’appuient sur la ferveur religieuse de leurs fidèles. Cette ferveur religieuse est ici due aux actes concrets des dieux (et pas sur une croyance en leur éventuelle existence), comme Kos, qui alimente littéralement Alt Coulumb en énergie pour que ses habitants puissent se chauffer, mais aussi sur leurs échanges économiques de pouvoir sur lesquels je reviendrai plus bas.

Les mages humains, quant à eux, puisent majoritairement dans la terre et les étoiles, mais aussi dans leurs propres forces. On peut noter que chez Max Gladstone, la magie repose sur une dépendance, puisque les dieux dépendent des hommes et les mages humains des forces de la nature. L’auteur fait également des analogies avec l’économie.

En effet, le pouvoir magique circule de la même manière que des capitaux économiques dans un système capitaliste, puisqu’un dieu qui veut gagner en puissance peut prêter une fraction de son pouvoir à un individu ou une organisation par le biais d’un pacte, pour récupérer par la suite son investissement avec des bénéfices, tandis que les mages peuvent détruire des éléments naturels grâce à leurs pouvoirs pour en tirer plus de magie qu’ils n’en ont dépensé.

Cependant, si un dieu multiplie les contrats, et que toutes les personnes qui lui ont emprunté du pouvoir se mettent à utiliser sa magie en même temps, il peut être vidé et en mourir. Il est donc possible de tuer des dieux autrement que par une méthode guerrière, ce qui contribue à l’effet de désacralisation initié par la rationalisation de leurs pouvoirs, parce qu’ils peuvent mourir en utilisant leur magie, tandis qu’on observe que les mages humains deviennent peu à peu immortels (ils ne sont pas invincibles pour autant), au point que certains d’entre eux n’ont presque plus rien d’humain, à l’instar des « Deathless Kings », qui peuvent vivre détachés de leur corps, dans des statues par exemple. Par exemple, Tara Abernathy, l’un des personnages principaux

On note également que le lien entre magie et économie s’opère également au niveau humain, puisque les transactions monétaires nécessitent du « soulstuff », c’est-à-dire un fragment d’âme contenant de la magie pour fonctionner. Max Gladstone opère ainsi une analogie entre capitaux financiers et magie.

L’univers du roman se situe à une époque qui se rapproche du début de notre 20ème siècle, avec ce que cela implique en termes de technologies et de structures urbaines. On observe ainsi que des gratte-ciels et des voitures sans cocher, au sens littéral, puisque c’est le cheval qui conduit ses clients, des transports à vapeur tels que des trains et des bateaux, ainsi que des ascenseurs sont démocratisés à Alt Coulumb, ce qui fait que le cycle de Craft Sequence est classable dans l’Arcanepunk, sous-genre de la Fantasy où des technologies « modernes » se mêlent à la magie, et c’est le cas pour Three parts dead.

En effet, le surnaturel propre à la Fantasy est omniprésent, avec la magie et les transactions qui lui sont liées, mais aussi avec la présence de créatures surnaturelles telles que des vampires, qui sont monnaie courante et banalisés, ou des monstres, le niveau de technologie et moderne, et surtout, on a des interactions entre magie et technologie.

En effet, outre la technologie standard présente dans Alt Coulumb, la ville est chauffée et alimentée par les pouvoirs du dieu Kos, dont les flammes divines sont utilisées pour alimenter des centrales à vapeur. Il est donc fondamental de noter que si les prêtres de l’Église de Kos vénèrent leur dieu de manière conventionnelle, avec des cantiques, des rituels et des prières, ils sont également des « Techniciens » en charge de veiller au bon fonctionnement des machines et à la santé de leur dieu. Le mécanisme de la foi est donc ici doublement rationnalisé, parce que d’une part les dieux existent vraiment, et donc croire en eux n’implique pas la question de l’existence de dieu, et d’autre part, parce que cette foi bénéficie directement à la société au sein de laquelle elle prend place, puisqu’elle permet de faire fonctionner une ville de manière concrète. On peut cependant noter que même si la foi devient plus rationnelle, les églises sont tout de même parfois soumises au fanatisme religieux de certains de leurs croyants.

Ainsi, les dieux peuvent mourir, mais ils peuvent également revenir à la vie grâce à la nécromancie, mais sous une autre forme. Ainsi, la déesse Seril, deuxième déesse d’Alt Coulumb et amante de Kos, est morte au cours de la guerre opposant hommes et dieux, mais a été ressuscitée et transformée en Justice, une autre déesse, chargée de faire régner… la justice. Il est toutefois important de noter que ce passage de Justice à Seril a complètement modifié la psychologie de la déesse, au point que sa personnalité et ses pouvoirs n’ont plus rien à voir avec ce qu’elle était, comme s’ils avaient été reconfigurés par la magie nécromantique des hommes. L’effet de désacralisation du divin s’en trouve encore accentué, puisqu’il est non seulement possible de tuer un dieu, ou de se servir de son pouvoir, mais il est également possible de le remodeler pour modifier ses pouvoirs ou altérer sa conscience.

On peut également noter que Justice, pour faire régner la loi, dispose de Blacksuits (qu’on peut traduire par… costumes noirs), qui sont des citoyens lambda qui peuvent choisir d’être investis par sa volonté, leur octroyant un uniforme magique qui les rend quasiment invincibles et leur permettant de se connecter à une sorte « d’esprit de ruche » des Blacksuits, qui les relient tous entre eux et à leur déesse pour communiquer et partager des informations ou des consignes.

 

Narration et personnages

 

Le récit se déroule dans la ville d’Alt Coulumb, alors que le dieu Kos vient de mourir, ce que réalise Abelard, un technicien novice, et que le juge Cabot, l’une des personnalités judiciaires les plus éminentes de la ville, s’est fait assassiner de manière extrêmement violente, puisque sa colonne vertébrale lui a été retirée à vif mais on a utilisé la magie pour qu’il reste vivant pendant qu’on le démembrait (oui oui).

L’église de Kos engage donc Elayne Kevarian, de l’entreprise de Craft « Kelethras, Albrecht et Ao », dans le but de ressusciter Kos (re oui oui) pour maintenir l’équilibre à Alt Coulumb. Elayne Kevarian est donc l’un des personnages point de vue du récit, de même que sa jeune associée Tara Abernathy, une ancienne élève des Écoles Cachées dont elle s’est faite renvoyer. Les Écoles Cachées étant des îles flottant dans le ciel, lorsque Tara s’est faite renvoyer, elle en a été littéralement jetée, pour s’écraser dans le désert quelques centaines de mètres plus bas (re re oui oui). Tara doit alors faire ses preuves en tant que mage pour être engagée dans l’entreprise de sa patronne, et par conséquent l’aider à ressusciter Kos.

Three Parts Dead mêle enquête policière, puisque Tara va vite se rendre compte que le meurtre du juge Cabot et la mort de Kos ne sont pas sans lien, et plaidoirie, puisqu’un procès va s’ouvrir entre l’Église de Kos, qui souhaite le ressusciter tel qu’il est, et les parties qui avaient des contrats avec le dieu, qui voudraient le remodeler à leur avantage. Ce procès prend la forme d’une bataille tant juridique que magique, puisque l’examen des causes de la mort de Kos se fait dans son corps avec affrontements à la clé autour des preuves que l’on doit protéger ou que l’on peut fabriquer. Tara et Elayne vont ainsi s’opposer à une figure connue et très controversée des firmes de Craft et des Écoles Cachées, Denovo, qui est un mage extrêmement dangereux et une incarnation véritable de ce que peut être un pervers narcissique, puisqu’il manipule ses étudiants de manière absolument atroce pour qu’ils l’alimentent en énergie.

Elles sont aidées d’Abelard, le jeune technicien, de Cat, une Blacksuit qui est accro au fait de servir sa déesse et aux morsures de vampire qui possèdent les mêmes effets qu’une drogue dans The Craft Sequence, et de Shale, une gargouille accusée du meurtre du juge Cabot par les tenants de Justice. À noter que les gargouilles étaient rattachées à Seril lorsqu’elle était vivante, ce qui fait de leur peuple le seul qui lui soit encore dévoué, ce qui a une importance capitale dans l’intrigue du roman.

Max Gladstone donne à son roman une ambiance très « noir » (au sens de film noir), de par l’époque dans laquelle il situe son récit, sa narration qui emprunte au genre policier, avec des mages qui font office de détectives et de juristes, mais aussi par les lieux qu’il dépeint, avec des bars et des quartiers mal famés, ou des nightclubs très selects où chaque personne peut retrouver sa vision personnelle de l’enfer, au sens propre comme au figuré !

 

Le mot de la fin

 

Three Parts Dead est un roman d’Arcanepunk à l’ambiance de film noir.

Max Gladstone dépeint un monde alternatif doté d’une technologie qui se rapproche de celle de notre 20ème siècle, avec une ville, Alt Coulumb, dotée de gratte-ciels et de navires à vapeur. Ce monde a également été le théâtre d’un affrontement entre les dieux et les Hommes, quand ceux-ci ont commencé à se servir du Craft, c’est-à-dire de la magie, après avoir observé que les dieux et les Hommes étaient proches.

Les dieux, de même que leurs pouvoirs, se trouvent alors désacralisés et rationalisés, puisqu’ils peuvent mourir au combat et être remodelés par les mages humains, qui eux se rapprochent de l’immortalité en utilisant leur magie. L’auteur établit également un parallèle entre ferveur religieuse et économie capitaliste, puisque les dieux peuvent prêter leurs pouvoirs et récupérer leurs investissements avec des bénéfices pour se renforcer, au risque de mourir si plusieurs personnes leur prennent trop de pouvoir d’un seul coup.

C’est le cas du dieu Kos, dieu du feu d’Alt Coulumb qui alimente des centrales à vapeur qui permettent de chauffer la ville. Son église engage alors les mages Elayne Kevarian et Tara Abernathy pour le ressusciter et faire juridiquement face à ceux qui avaient des contrats avec le dieu, représentés par le professeur Denovo, qui souhaite le remodeler. Les deux « Craftswoman » s’engagent ainsi dans une bataille juridique, mais également dans une enquête policière pour élucider le meurtre du juge Cabot, qui est vraisemblablement lié à la mort de Kos.

Le roman de Max Gladstone mêle alors intrigue policière et univers Arcanepunk qui remet en question la divinité, ce qui constitue une très bonne découverte pour moi !

Vous pouvez également consulter les chroniques d’Apophis, Lianne

10 commentaires sur “Three Parts Dead, de Max Gladstone

  1. (merci pour le lien)

    Excellente critique, toute ton analyse sur la désacralisation est vraiment très bien vue ! Si tu as aimé celui-là, tu vas adorer les suites, notamment Two serpents rise. De mon côté, je vais attaquer le tome 4 (dans l’ordre de publication) en 2020.

    (petite remarque, Gladstone écrit aussi de la SF et du Fantastique 😉 )

    Aimé par 1 personne

    1. Wow, merci beaucoup, je suis flatté, venant de toi ce genre de compliment fait super plaisir ! 🙂
      Je ne vais pas les lire tout de suite, mais je pense m’y mettre, d’autant que j’ai trouvé celui-là assez facile à lire !
      D’accord, hâte de voir ce que tu en auras pensé. C’est bien, ce qu’il fait en SF et en fantastique ?

      Aimé par 1 personne

      1. En fantastique, oui (j’ai lu deux nouvelles, une de vampires, une Lovecraftienne, et les deux sont très convaincantes), en SF, pas lu mais ça a mauvaise réputation chez nous (même si ça a été mieux reçu dans le monde anglo-saxon).

        Aimé par 1 personne

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