L’Ombre des arches, de Vincent Mondiot

Salutations, lecteur. Je t’ai parlé il y a environ un an des Mondes miroirs, un roman de Fantasy que j’avais trouvé bourré d’action, de gouaille, avec un univers original. J’avais même interviewé l’un des auteurs du roman, Vincent Mondiot. Aujourd’hui, il est temps de te parler de sa suite,

L’Ombre des arches, de Vincent Mondiot

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Introduction

 

Avant de commencer, je tiens à préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Mnémos, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman ! Ensuite, comme il s’agit d’une suite, vous risquez de vous faire spoiler le volume précédent. Pour ne pas être perdus, je vous invite donc à lire ma chronique des Mondes miroirs.

Vincent Mondiot est un auteur français né en 1984. En parallèle de sa vie d’auteur, il a exercé les métiers de professeur de langue et de réceptionniste de nuit. Il écrit majoritairement des romans pour la jeunesse ou pour les adolescents, publiés chez Actes Sud Junior, tels que Rattrapages ou Nightwork. Il tient également un blog, que je vous invite à consulter si vous aimez découvrir des artistes musicaux !

L’Ombre des arches est paru en Novembre 2019, soit un peu plus d’un an après Les Mondes miroirs, aux éditions Mnémos. Le roman constitue la suite des Mondes miroirs, et par conséquent je vous recommande de le lire pour disposer de toutes les clés de lecture. À noter que le volume comporte des illustrations de Matthieu Leveder, l’un des co-créateurs de l’univers du récit avec Vincent Mondiot et Oasis Nadrama. La couverture est quant à elle signée par Qistinah Khalidah, dont j’apprécie toujours autant le travail.

En voici la quatrième de couverture :

« Elsy et Elodianne sont deux amies d’enfance. L’une est mercenaire, rompue aux bagarres de rue et aux affaires retorses ; l’autre est une mage du gouvernement, au cœur des intrigues politiques du Palais central.

Envoyée en mission diplomatique dans la lointaine province d’Aurterre avec Elsy pour garde du corps, Elodianne y voit une opportunité pour sa carrière mais aussi une occasion de décompresser. Pourtant, ce voyage prendra une dimension qu’aucune des deux femmes n’aurait osé cauchemarder. De cité en cité, entre ports resplendissants et villes industrielles chargées de poussière, Elsy et Élodianne écriront malgré elles une page cruciale de l’histoire de l’État des Arches, qui pourrait commencer par À l’aube de la révolution… »

Dans mon analyse du roman, je vous parlerai d’abord de l’évolution de la magie et du développement de l’univers, puis je m’arrêterai sur les personnages, pour enfin vous parler de la narration et du propos politique de L’Ombre des arches.

 

L’Analyse

 

Évolution de la magie et exploration de l’état des arches

 

Si Les Mondes miroirs se concentraient sur la ville de Mirinar, L’Ombre des arches nous fait découvrir le reste de l’État des Arches à travers le voyage (sur lequel je reviendrai) effectué par Elsy et Élodianne dans les différentes provinces de leur pays, dont elles visitent les capitales ou certaines zones emblématiques. Ces capitales et environnements sont tous différents les uns des autres, et Vincent Mondiot s’attelle à en décrire les spécificités qui constituent leur âme. Ainsi, on découvre Auria, austère et militarisée, Risteaux, industrialisée et polluée par les fumées toxiques de ses usines, Lazirac et ses déserts hantés par les rebuts, des créatures mutantes mi-animales mi-végétales, la cité portuaire et troglodyte de Nadis, ou encore l’île d’Atépéha, colonisée par les habitants de Mirinar. Cet ensemble de lieux et leurs descriptions rendent plus tangible l’État des Arches, ce qu’accentuent les magnifiques illustrations de Matthieu Leveder.

On en apprend également plus sur l’univers de Mirinar, puisque l’auteur détaille ce qui a précédé l’État des Arches, c’est-à-dire un empire de nobles vaniteux, l’empire Klapien, supposément punis par le dieu Prime (dont on connaît la nature si on a lu Les Mondes-Miroirs), ce qui donne de la profondeur à l’univers du roman.

Vincent Mondiot traite également des « titans », de gigantesques créatures monstrueuses figées et hautes de plusieurs dizaines de mètres, que l’on peut trouver dans l’État des Arches, et de celles qui peuvent leur être assimilés, à l’image de la « Murasque », une créature titanesque vénérée par une secte, les « murasquiens », se trouvant dans l’Arche d’Auria. D’ailleurs, les descriptions des Arches, qui sont des structures qui s’élèvent depuis divers endroits de Mirinar pour converger vers sa capitale, rendent à la fois compte de leur gigantisme, mais aussi des mystères qu’elles recèlent, malgré les informations que l’auteur donne sur la tragédie de Loffrieu, qui a causé l’apparition des rebuts.

Sans rentrer dans les détails, on peut noter la présence de machines, puisqu’on apprend que certaines créatures anciennes sont composées de rouages, ce qui nous amène à nous poser de sérieuses questions génériques sur l’univers du roman, notamment liées aux Arches, aux Titans et aux créatures qui leur sont assimilées. Est-on dans un univers de fantasy post-apocalyptique, dans lequel les personnages vivent parmi les ruines de technologies anciennes mais avancées ? Dans un univers de science-fantasy où la magie se mêle ou s’est mêlée à la technologie par le passé ? Dans complètement autre chose ? L’auteur ne répond à aucune de ces questions, mais laisse des pistes pour des réflexions et des hypothèses, qui se vérifieront sans doute dans les suites de L’Ombre des arches. Ces éléments prouvent toutefois que son roman ne se situe pas dans les cadres de la Fantasy classique.

L’auteur développe le système de magie déjà présent dans le premier volume, avec de nouvelles spécialités, avec la mise en scène des mages aquiloniens qui agissent sur les particules de magie ambiantes, en plus des matiéristes qui manipulent la matière, des bacillaires, qui maîtrisent les soins, et des miroitistes, qui peuvent ouvrir des portails vers les mondes miroirs, au sein desquels les mages peuvent se reposer, puisqu’ils ne contiennent pas de particules magiques, nécessaires à la pratique de la magie et présentes dans l’air ambiant. Vincent Mondiot développe également l’idée que la magie ronge physiquement ceux qui la pratiquent, avec des mages couverts de cloques et des plaies, mais aussi mentalement dans le cas des mages miroitistes comme Élodianne, poussée à bout par ses expérimentations au cours de son voyage. On apprend que la magie des miroirs est utilisée en toute logique pour interroger des prisonniers mages, qui ne peuvent donc pas se servir de leurs pouvoirs lorsqu’ils se trouvent dans un monde-miroir.

L’Ombre des arches, tout comme Les Mondes miroirs, présente donc une magie rationnalisée, qui fait système, ce qui l’inscrit dans une modernité du genre dans la manière dont son auteur envisage la magie. Vincent Mondiot, avec Thibaud Latil-Nicolas, Alexis Flamand, Lionel Davoust ou encore Adrien Tomas fait donc partie des auteurs de fantasy français qui se situent aux avant-postes de la modernité du genre.

L’Ombre des arches explore également de nouvelles applications de la magie miroitiste, avec la possibilité de voyager par les mondes miroirs. Cette évolution s’opère en partie grâce à Eldée, mage surdoué responsable des attentats à Mirinèce relatés dans Les Mondes-miroirs, et donc considéré comme un dangereux terroriste, emprisonné alors qu’il n’est qu’un enfant, toutefois considéré comme un monstre au vu des crimes dont il est coupable.

Cette évolution amène une révolution, puisque le voyage rapide permet d’éviter les rebuts et de parcourir de longues distances en peu de temps. Cette révolution de la magie des miroirs permettrait donc de voyager et de transporter hommes et objets, mais elle pourrait également impliquer des utilisations militaires, à des fins d’espionnage, par exemple.

On peut également noter que les autres spécialités magiques étudient les blasphèmes (les créatures des terroristes des Mondes miroirs) et l’ambre noir, afin d’observer la manière dont la matière dont ils sont composés peut être utilisée, à des fins médicales par exemple/

Il est intéressant de noter que les avancées scientifiques dans l’univers de L’Ombre des arches ne viennent alors pas de la technologie, mais de la magie, malgré le problème moral que cela pose, puisque ce progrès passe par l’utilisation d’armes et d’outils de terroristes.

Vincent Mondiot rattache donc la magie à la science, avec ces avancées et expériences magiques, mais aussi parce que ce sont les mages qui font preuve d’esprit critique, face à la religion et ses dogmes par exemple, ce qui fait des magiciens des sortes d’équivalents à la communauté scientifique dans le roman.

L’évolution des pratiques magiques, notamment dans la magie des miroirs, va aussi passer par Élodianne, qui va se révéler une magicienne extrêmement douée et capable de prouesses et d’expérimentations inédites.

Dans l’univers de L’Ombre des arches, on peut affirmer que le progrès magique se substitue au progrès scientifique, et cette impression est renforcée par la systémisation, et donc la rationalisation, des procédés magiques, et leur assimilation à une forme de science.

 

Personnages

 

L’Ombre des arches présente une certaine gouaille et de l’humour dans les échanges entre ses personnages, avec les plaisanteries d’Élodianne, mais aussi le parler extrêmement fleuri d’Elsy et ses blagues beaucoup plus graveleuses. Le récit fait la part belle à des dialogues parfois hilarants, je pense notamment au moment où Elsy donne des « conseils de séduction » au jeune Alken.

L’humour du récit est ainsi basé sur les répliques des personnages, mais aussi sur les différences de mœurs entre Mirinèce et celles des provinces visitées par les deux amies, puisqu’Auria est plus austère que Mirinèce par exemple.

On retrouve également une certaine gouaille dans les interactions entre les deux amies et les personnages d’Auria avec lesquels elles parcourent malgré elles l’État des Arches.

La caractérisation des personnages s’opère à travers la retranscription de leurs points de vue dans le cas de plusieurs d’entre eux, à savoir la mercenaire Elsy, la magicienne Élodianne, le légat d’Aurterre Corbès Salven, sa femme Linne, son jeune neveu Alken, ou encore le soldat Rekvan. Cette caractérisation s’opère également dans les dialogues, qui nous permettent d’observer le tempérament pour le moins explosif d’Elsy, tandis qu’Élodianne s’avère beaucoup plus mesurée.

La mercenaire et la magicienne vont être amenées malgré elles à côtoyer des militaires aurterrois menés par Linne Salven, desquels elles sont prisonnières, et avec qui elles vont vivre un certain nombre de mésaventures qui vont les souder et créer une véritable dynamique, une cohésion de groupe, malgré le fait qu’elles soient forcées de cheminer avec eux (Vincent Mondiot parle même de syndrome de Stockholm en interview).

Cette narration à points de vue multiples permet de rendre tous les personnages très humains, quels que soient leurs intérêts puisqu’on les suit d’abord dans leurs quotidiens, puis dans les crises politiques et guerrières qu’ils sont forcés de traverser, de la même manière que les juenes terroristes de Teliam Vore dans Les Mondes miroirs.

Ces crises peuvent les rendre parfois monstrueux les uns envers les autres, mais aussi terriblement humains, avec un aspect hautement tragique de par les liens qui unissent certains dirigeants politiques, puisque Damnis de Mirinèce et Corbès Salven d’Aurterre sont des amis très proches placés en opposition par les velléités indépendantistes de Corbès.

 

Intrigue et politique

 

L’intrigue de L’Ombre des arches se situe environ un an après la fin du premier volume. Les terroristes réunis sous le nom de Teliam Vore sont tous morts, sauf Eldée, qui a aidé Élodianne à faire progresser les applications de la magie miroitiste.

La magicienne doit présenter ces innovations magiques, notamment les possibilités de voyage par mondes miroirs, à Auria, capitale d’Aurterre, accompagnée par son amie d’enfance, Elsy, qui a pour mission de la protéger.

Mais alors que leur voyage semble s’effectuer sous les meilleurs auspices, les deux jeunes femmes se heurtent au peuple d’Aurterre, qui s’avère être austère et conservateur, et prêt à tout pour s’émanciper du contrôle centralisé à Mirinèce de l’État des Arches, même à dangereusement se compromettre.

Elsy et Élodianne vont alors se retrouver au beau milieu d’un coup d’état, et être faites prisonnières par une expédition de militaires aurterrois, parmi lesquels on trouve notamment Linne et Alken Salven.

Cette expédition traverse Mirinar, en partant de la province de Loffrieu, tenue par les rebuts, pour ensuite voyager de province en province, alors que ses membres sont recherchés par le gouvernement de Mirinèce.

Ainsi, le voyage d’Élodianne et Elsy aura une influence décisive sur la politique du pays à cause de ses conséquences diplomatiques et du conflit ouvert qu’il risque d’engendrer. Vincent Mondiot place donc son univers à l’aube d’une véritable révolution politique, qui rejoint le progrès magique.

Le roman passe donc du surgissement de l’horreur dans un climat de révolution magique à Auria, à une expédition extrêmement dangereuse qui touche à la fois à la survie en milieu hostile et au conflit politique dans le pays de Mirinar.

La révolution magique emmenée par la magie miroitiste amène ainsi une révolution politique, mais pas forcément dans le bon sens du terme, puisque toutes les provinces ne voient pas d’un bon œil les avancées magiques des miroitistes, et les perçoivent comme des velléités de contrôle du pouvoir central de Mirinèce.

La magie miroitiste a aussi des conséquences sur les mages qui la pratiquent, conséquences que l’on va observer sur le psychisme d’Élodianne, profondément affectée par les prouesses qu’elle va accomplir, ce qui permet de questionner le processus du progrès magique à travers ceux qui l’expérimentent directement, et à travers lui, celui de la science.

Le roman de Vincent Mondiot dispose ainsi d’une forte composante politique. En effet, on voit comment Damnis de Mirinèce a obtenu le pouvoir et donne l’illusion de liberté à la population, et comment Salven d’Aurterre maintient sa province sous un régime austère et autoritaire, prétendument pour son bien, malgré les restrictions des libertés qu’il impose.

L’auteur propose également une réflexion sur le progrès à travers les querelles de mages, puisqu’on observe un conservatisme des idées, chez le mage Guelcharre à Auria par exemple, qui s’oppose aux idées d’Élodianne par principe, et illustre la collaboration des conservateurs avec le terrorisme pour conserver ou influer sur le pouvoir politique.

On a aussi la question de la légitimité et de la légitimation du pouvoir, à travers la véritable nature du dieu Prime, et les confrontations politiques entre les provinces et le centralisme de Mirinèce. On voit aussi le racisme colonial de Mirinèce à l’œuvre, notamment à Atépéha, dont les habitants sont déconsidérés et pas véritablement perçus comme des citoyens de Mirinar, ce qui les pousse à se révolter (à raison, mais avec des conséquences tragiques) contre les envoyés de la capitale.

On observe également comment les relations intimes prennent de l’importance dans les conflits politiques, entre Salven et Damnis par exemple.

Les querelles politiques donnent alors lieu à des tragédies, qui apparaissent comme telles parce que tous les personnages sont humanisés par l’auteur, mais aussi parce qu’on voit la camaraderie se développer entre Elsy, Élodianne et leurs compagnons d’infortune, ce qui va engendrer toujours plus de tragédies, politiques et humaines.

 

Le mot de la fin

 

L’Ombre des arches place la barre encore plus haut que Les Mondes miroirs, que j’avais trouvé très bon.

Vincent Mondiot y développe l’univers de Mirinar en traitant de son histoire et en posant des questions sur sa véritable nature, qui soulève des questions génériques très intéressantes, notamment grâce à la nature de la Murasque, une créature que l’on voit à l’œuvre dans le roman. Le système de magie introduit dans le roman précédent est également développé et amène une véritable révolution magique, assimilée à un progrès technologique.

En effet, grâce aux études conjointes de la magie des miroirs par Élodianne et le terroriste emprisonné Eldée, il est possible de voyager grâce aux mondes miroirs. La magicienne se rend alors à Auria, capitale de la province d’Aurterre, pour présenter ces innovations en compagnie de son amie d’enfance, Elsy.

Malheureusement, les deux jeunes femmes vont malgré elles se trouver au cœur d’une fracture politique au sein de l’État des Arches, ce qui les conduit à voyager dans les provinces de Mirinar aux côtés de militaires aurterrois menés par la femme du légat Corbès Salven, qui cherche à se rebeller contre le pouvoir trop centralisé de Damnis de Mirinèce.

Cette fracture politique et le voyage d’Elsy et Élodianne permet à l’auteur de traiter de thèmes politiques qui s’inscrivent dans l’actualité, à travers la question de l’équilibre entre les pouvoirs d’un pays ou l’influence d’un (dangereux) conservatisme sur ceux-ci.

Je vous recommande très chaudement L’Ombre des arches, et j’attends avec impatience les prochains romans de Fantasy de Vincent Mondiot !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Fantasy à la carte, L’Ours inculte

3 commentaires sur “L’Ombre des arches, de Vincent Mondiot

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