Les Mondes-Miroirs, de Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman qui va sans doute te plaire si tu aimes la fantasy aux accents pulpesques.

Les Mondes-Miroirs, de Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge

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Introduction

Avant de commencer, je tiens à préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Mnémos, que je remercie chaleureusement pour leur envoi ! Je tiens également à remercier les auteurs pour avoir pris le temps de discuter avec moi lors de leur dédicace à la Dimension Fantastique !

Je vais dès à présent vous présenter les deux auteurs du roman dont je vais vous parler aujourd’hui.

Vincent Mondiot est un auteur français né en 1984. En parallèle de sa vie d’auteur, il exerce (ou a exercé?) les métiers de professeur de langue et de réceptionniste de nuit. Il écrit majoritairement des romans pour la jeunesse ou pour les adolescent, publiés chez Actes Sud Junior par exemple. Il tient également un blog, que je vous invite à consulter.

Raphaël Lafarge est né en 1985 et a réalisé plusieurs courts-métrages, des jeux-vidéos, ainsi que des projets transmédias (des projets qui croisent plusieurs supports pour créer des œuvres uniques en leur genre).

Leur roman, Les Mondes-Miroirs, a été publié en 2018 aux éditions Mnémos, dans le cadre de la Rentrée de la Fantasy française, un événement organisé par le collectif d’éditeurs des Indés de l’imaginaire, composé d’ActuSF, de Mnémos et des Moutons Électriques, qui vise à présenter de nouvelles plumes ou des œuvres marquantes de la Fantasy française.

Les Mondes-Miroirs possèdent aussi un passé éditorial, puisqu’un roman mettant en scène les « mondes-miroirs » et écrit par les deux auteurs était déjà paru en 2011 sous le titre de Teliam Vore chez Pygmalion. Les Mondes-Miroirs constituent donc une refonte complète de ce précédent roman, pour le plus grand plaisir des lecteurs ! Il est également doté d’illustrations internes, réalisées par Matthieu Leveder, un ami des auteurs qui a participé à la création de l’univers du roman.

Avant de vous donner la quatrième de couverture du roman, je tenais à souligner que l’illustration de couverture est signée par Qistina Khalidah, qui avait également réalisé la couverture de La Crécerelle de Patrick Moran (je vous ai d’ailleurs parlé du roman). Je vous conseille vivement de consulter son DeviantArt si comme moi, vous avez aimé la couverture des Mondes-Miroirs.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« Elsy et Élodianne ont grandi dans les rues crasseuses de Mirinèce, vaste cité à l’ombre des Arches, une architecture titanesque qui enjambe les pays et relie les métropoles. Pourtant, leurs chemins se sont éloignés. Devenue magicienne, Élodianne officie désormais pour le gouvernement. Quant à Elsy, à la tête d’une agence de mercenaires, elle navigue en eaux troubles.

Mais lorsque les blasphèmes, d’atroces créatures, émergent des mondes-miroirs et se déchaînent sur la capitale, les deux femmes n’ont d’autre choix que d’unir leurs forces pour mener l’enquête. Face à la menace, elles découvriront combien elles ont changé, et jusqu’où elles pourront aller… Car le sort de Mirinèce est en jeu.

Les Mondes-miroirs nous plongent dans une ville grouillante et mystérieuse où la magie ouvre des portails vers un étrange monde parallèle, vide et silencieux. Mêlant horreur et aventures palpitantes, le roman nous parle aussi d’ambitions démesurées, de femmes fortes et de souvenirs d’enfance qui enchantent un imaginaire hors-norme. »

Mon analyse du roman s’intéressera à son univers et à l’héritage qu’il porte en termes génériques, ainsi qu’aux thématiques dites sérieuses (pas de jugement de valeur ici) qu’il aborde. J’ajouterai que cette chronique reste avant tout une émanation de mes observations, et si vous en contestez certains points, faites m’en part en commentaire, cela peut toujours se révéler intéressant !

L’Analyse

Univers et résurgences génériques

Les Mondes-Miroirs possèdent une grande part d’originalité, mais il est intéressant de montrer que l’univers déployé par les auteurs possède une source dont ils s’inspirent et dont ils se démarquent. Je tiens également à préciser qu’il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, mais d’observations qui me paraissent intéressantes.

L’univers des Mondes-Miroirs est majoritairement observé par le lecteur à travers la ville de Mirinèce, qui apparaît comme un mélange d’architectures improbables et grandiloquentes qui occupent tout l’espace disponible, mais dans laquelle les tensions sociales sont fortes, et se cristallisent dans les « quartiers ouest », dont sont originaires les personnages principaux du roman (Elsy, Elodianne, Basilien et Ohya, d’une certaine façon). Le monde présenté dans le roman semble vaste (on nous parle de plusieurs nations et de différents continents), et assez mystérieux, puisque toutes les clés ne sont pas données au lecteur, notamment celle des « Arches », des structures gigantesques qui s’élèvent depuis divers endroits du pays vers les cieux et qui se rejoignent à Mirinèce. L’univers présenté par Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge possède également une Histoire extradiégétique (c’est-à-dire des événements qui ne sont pas relatés en détails dans la narration), avec la crise de « Loffrieu » dont les conséquences directes ont du poids dans le roman, puisque c’est en partie à cause de cette crise que Mirinèce se tient à l’abri des « rebuts » (des créatures mutantes et violentes) derrière des « murs » (Qui a parlé de L’Attaque des Titans?). C’est également à cause de cette crise que les « blasphèmes » vont naître, mais je ne vous en dirai pas plus.

La Fantasy du roman possède beaucoup d’accents pulps ou sword and sorcery. Pour rappel, la littérature pulp est une littérature dite (pas de jugement de valeur, je le répète) populaire, qui était véhiculée aux États-Unis par des magazines tels que Weird Tales ou Astounding. Ces magazines avaient pour réputation de mettre en scène une violence et une horreur souvent, mais pas toujours, sanglantes, mais ont contribué à l’essor des littératures de l’imaginaire et ont même forgé des écrivains comme H. P. Lovecraft, Robert E. Howard, ou encore Clark Ashton Smith (dont je vous ai déjà parlé ici). Le genre sword and sorcery, quant à lui, est une sorte d’héritier direct des pulps, dont il constitue à la fois une continuation et une prise de recul, avec des récits qui peuvent être toujours violents, mais dont les personnages possèdent davantage de nuance et une morale ambiguë. On peut citer Michael Moorcock (Elric, Hawkmoon, Corum…), Fritz Leiber (Le Cycle des épées) et même Jack Vance (avec La Terre mourante) comme étant représentatifs de la sword and sorcery et de son caractère ambigu.

Cette influence a l’air d’être totalement assumée par les auteurs, qui s’en moquent un peu à travers les personnages qui lisent des magazines de fiction comme « Almien le conquérant », qui comportent des combats très violents et sanglants, ainsi que des femmes très peu vêtues, mais qui se servent de cet héritage dans certains des aspects du roman, que je vais vous détailler maintenant. Il est d’ailleurs assez intéressant d’observer un certain renouveau de l’esprit pulp en France, à travers ce roman, mais également La Crécerelle de Patrick Moran ou encore Des sorciers et des hommes de Thomas Geha.

Mais revenons aux Mondes-Miroirs et à leurs influences pulps.

Ces influences peuvent s’observer à travers les créatures monstrueuses que sont les « rebuts » et les « blasphèmes », qui sont grotesques dans leurs formes, tentaculaires, monstrueux, avec un aspect très organique (les blasphèmes peuvent faire pousser des bouches un peu partout sur leur corps, les ennemis qu’ils tuent sont intégrés à leurs corps…). Les blasphèmes tout comme les rebuts sont constitués par des agglomérations et des fusions improbables entre des corps, ce qui leur donne un aspect monstrueux, grotesque, et cela peut rappeler certaines créatures que l’on peut trouver chez Lovecraft ou Ashton Smith. Les combats contre ces créatures, et même la majeure partie des scènes d’action, sont souvent graphiquement violentes, ce qui peut également témoigner d’un aspect pulpesque du roman.

J’ai également noté, mais ce n’est qu’une hypothèse de ma part, un parallèle avec Tschaï de Jack Vance. En effet, la monnaie de Mirinèce, le « passevelle », est un bois précieux qui sert de monnaie d’échange, tout comme les « sequins » de Tschaï, que l’on trouve dans des bulbes. Je ne sais pas du tout si c’est un clin d’œil de la part des auteurs ou non, mais j’ai trouvé ce parallèle assez drôle.

Enfin, Les Mondes-Miroirs sont très peu (voire pas du tout) manichéens, et la morale est très largement bousculée, à l’image des romans de sword and sorcery. Le personnage principal du roman, Elsy Valnitier est une mercenaire qui a énormément d’ambition et qui cherche le profit et l’ascension sociale, quels que soient les moyens à employer (le personnage possède tout de même des nuances, j’y reviendrai). Le manichéisme est également désamorcé lorsqu’on observe les rouages du gouvernement de Mirinèce, qui est gangrené par des conflits d’intérêts, avec les différentes écoles de mage se font la guerre, le proconsul Damnis possède ses propres objectifs qui rentrent en conflit avec ceux de la ministre Latima… Ces éléments nous montrent un gouvernement théocratique très corrompu, où les intérêts de chacun peuvent largement primer sur la vérité, et pour lequel la sécurité (ou un semblant de sécurité) des citoyens va primer sur leur liberté et leur droit d’être informés de la véritable nature des blasphèmes ou du conflit terroriste. Cette absence de manichéisme dans le traitement d’attaques terroristes donne un côté très actuel aux Mondes-Miroirs, tandis que la morale ambiguë (ou même absente) de ses personnages ainsi que son humour grinçant le placent dans la lignée de la sword and sorcery.

Cependant, les auteurs prennent des distances avec cette influence et ancrent leur roman dans une certaine modernité, qui s’observe selon moi à travers deux éléments.

Premièrement, le système de magie des Mondes-Miroirs est codifié par les auteurs de manière assez précise. La magie est en effet présente dans des particules de l’air et doit être inhalée par les mages pour qu’ils puissent lancer des sorts, mais si un mage se sert trop de ses pouvoirs sur une courte durée, il peut tomber malade et son corps peut se détériorer (boursouflures, pustules, blessures purulentes…). Il existe différentes disciplines de magie, qui agissent toutes ou presque sur les lois physiques, avec les « matiéristes » qui influent sur la matière, les « thermogènes » qui manipulent la chaleur, les « bacillaires » qui soignent les blessures, ou encore les « miroitistes », dont la magie permet aux mages de se reposer dans les fameux mondes-miroirs, dans lesquels la magie n’est pas présente et qui vont également être au cœur de l’intrigue, puisque c’est des mondes-miroirs que proviennent les blasphèmes et les terroristes. La magie est donc sujette à une classification et à une organisation plutôt poussée qui la rendent cohérente et accessible au lecteur via les explications se trouvant dans les dialogues ou la narration. L’existence de ce système de magie assez précis est une marque de la modernité du roman, par contraste avec d’autres romans de fantasy plus anciens, dans lesquels la magie est rarement expliquée en détails. Si vous connaissez des romans de sword and sorcery ancienne avec des systèmes de magie très précis, cela m’intéresse beaucoup !

Le roman acquiert également sa modernité grâce à des personnages qui sont très humains. Elsy a une ambition et des préoccupations qui apparaissent très simples, elle veut survivre dans les quartiers ouest, qui sont défavorisés, payer son loyer, se nourrir, mais elle veut plus que tout cela et avoir une situation confortable, et c’est pour cela qu’elle est jalouse son amie d’enfance Elodianne, une mage de gouvernement qui apparaît parfois très éloignée des réalités sociales alors qu’elle vient également des quartiers ouest. Les compagnons d’Elsy, Basilien et Ohya, possèdent les mêmes aspirations qu’Elsy et s’inquiètent du sort de leur amie et l’épaulent, même dans les pires moments, ce qui les rend attachants et leur donne des nuances.

Et surtout…

Attention, lecteur. La partie qui suit peut contenir des spoils. Je te conseille de passer à la partie suivante de la chronique si tu ne veux pas que je te dévoile des parties importantes de l’intrigue.

Les personnages de terroristes (Eldée, Noélien, Amaranthe et Laudanne) sont rendus extrêmement humains par les auteurs, puisque le lecteur possède leurs points de vue respectifs. Cela permet d’établir et d’observer et contraste entre la monstruosité de leurs actions (ils tuent dans des attentats) et l’humanité de leurs ambitions, puisqu’au fond, ce ne sont que des enfants idéalistes qui aspirent à un monde meilleur, et c’est ce que les auteurs parviennent à transmettre à travers leur point de vue et leurs langages. Cette humanisation des terroristes passe également par une sorte de déshumanisation de ceux qui les traquent, puisque Elsy et le gouvernement passent parfois pour des monstres qui maltraitent et vont même jusqu’à tuer des enfants. Cette humanité des personnages fait que finalement, tout le monde (ou personne ?) peut être sauvé et qu’il n’existe pas de mal absolu.

Fin de la zone de spoils, lecteur. Tu peux reprendre ta lecture de la chronique ici.

Thématiques sociales

Les Mondes-Miroirs n’est pas avare en thématiques sociales, et je trouve que les auteurs ont traité chaque thème de manière assez nuancée et réfléchie.

Ainsi, Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge évoquent le terrorisme dans son aspect monstrueux, mais ils l’abordent également comme un phénomène explicable (expliquer n’est pas pardonner certes, mais cela permet déjà d’obtenir quelques clés de compréhension) dans une société en proie à des tensions. Il est également intéressant de noter que l’aspect monstrueux du terrorisme s’observe littéralement, puisque les blasphèmes sont des créatures… monstrueuses, qui viennent frapper de plein fouet la théocratie de Mirinèce.

Le roman évoque également l’instrumentalisation et la récupération politique. En effet, le trio de Loffrieu, composé de Damnis (devenu proconsul de Mirinèce), de Salven (devenu dirigeant d’une province) et de Teliam Vore (reclus dans son château et mystérieusement lié aux terroristes)est montré comme une équipe de héros de guerre, alors qu’ils étaient au départ des révolutionnaires qui voulaient mettre à bas la théocratie de Prime, on fabrique des figurines et des jouets à leur effigie dotés d’armes surpuissantes et monstrueuses (telles que la « Vore Helix » par exemple), et le gouvernement tente de préserver leur image auprès de la population, malgré certains faits troublants, tels que l’isolement de Teliam Vore, par exemple. Ainsi, les héros de Loffrieu sont instrumentalisés par le pouvoir, alors même que dans certains cas, ce sont eux-mêmes qui possèdent ce pouvoir, notamment Damnis. La récupération politique est quant à elle traitée dans le dernier tiers du roman, et surtout à la fin, mais je ne peux pas vous en dire plus, si ce n’est que là encore, ce thème est traité de façon assez intelligente, puisque l’instrumentalisation des héros s’opère au gouvernement comme chez les terroristes.

Enfin, les auteurs traitent des évolutions technologiques (ou magiques), de leurs applications, et de l’aspect dangereux qu’elles peuvent posséder lorsqu’elles tombent entre de mauvaises mains, et du dilemme qui doit s’opérer entre leur conservation et leur destruction dans la dernière partie du roman.

Le mot de la fin

Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge, avec Les Mondes-Miroirs parviennent à construire un roman original, bourré d’action et d’aventures dans un univers assez pulp, tout en prenant soin d’aborder des thématiques sérieuses et assez actuelles, à travers des personnages nuancés et une intrigue bien menée.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié ce roman et j’espère pouvoir lire d’autres récits dans l’univers des Mondes-Miroirs !

Vous pouvez également consulter les chroniques de : Songes d’une Walkyrie, Xapur, L’Ours Inculte, Le Bibliocosme, Bookenstock, d’Ombrebones.

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6 commentaires sur “Les Mondes-Miroirs, de Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge

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