Acadie, de Dave Hutchinson

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’une novella de SF qui joue avec le transhumanisme et la fiabilité de narration.

Acadie, de Dave Hutchinson

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Introduction

Dave Hutchinson est un auteur de science-fiction britannique né en 1960. Il exerce également la profession de journaliste.

Il est connu pour sa série Fractured Europe, publiée de 2014 à 2018.

En France, Acadie, novella originellement parue en 2017 et traduite par Mathieu Prioux pour la collection Une Heure Lumière des éditions du Bélial’, qui ont publié le récit en 2019, est le premier texte traduit de Dave Hutchinson.

En voici la quatrième de couverture :

« Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au sein d’un système stellaire isolé et sans intérêt. Et puis il y a Duke, le Président de ladite Colonie, élu au poste car il était précisément le type qui le désirait le moins. Essentiellement honorifique, le job s’avère toutefois offrir certains avantages. En temps normal… Car voilà qu’une sonde terrienne franchit les limites du système. La pire des nouvelles au regard des membres de la Colonies, eux qui, sous la houlette d’Isabel Potter, généticienne de légende, ont élaboré une utopie contrainte de fuir l’autorité du Berceau depuis plus de cinq siècles. Or, en ce qui concerne le viol des strictes lois bioéthiques terriennes, il n’existe aucune prescription, et la Colonie n’encourt rien moins que l’annihilation. Sauf à ce que Duke, contre toute attente, ne se révèle l’homme de la situation… »

Mon analyse de la novella portera sur l’aspect utopique illusoire et sur la fiabilité de narration du personnage de Duke. Puisqu’une grande partie de la puissance narrative d’Acadie repose sur sa chute, je vais faire de mon mieux pour ne pas vous spoiler.

L’Analyse

Utopie illusoire, jeu sur la réalité

Dave Hutchinson décrit un futur au sein duquel la Colonie, un ensemble de fugitifs terriens, vit isolé et caché de la population terrienne qui les cherche depuis cinq cent ans, parce que leur leader, Isabel Potter, a effectué des expériences de manipulations génétiques, ce qui constitue un tabou pour la société terrienne. L’Agence, émanation du pouvoir terrien, recherche donc activement Potter et ses disciples pour au mieux les traduire en justice, au pire les exécuter pour crimes qui ne souffrent d’aucune prescription. On observe alors que si l’Agence a développé des sondes automatiques capables de sonder les systèmes planétaires éloignées de la Terre, elle ne dispose pas de biotechnologies avancées, qui sont supposément la spécialité de la Colonie.

En effet, cinq cent ans plus tard, au cours de la diégèse décrite par Dave Hutchinson, Isabel Potter et ses disciples sont toujours vivants et habitent au sein de la Colonie, décrite comme une sorte d’utopie autarcique par le personnage point de vue du récit, à savoir le président Duke, qui y vit depuis plus d’un siècle.

La novella de Dave Hutchinson se trouve donc narrée par la seule subjectivité de Duke, ce qui oriente donc la narration du récit, qui ne se trouve contrastée que par le discours de l’Agence à propos de la Colonie.

Duke nous donne alors une description utopique de la Colonie où les avancées technologiques, notamment en biologie et en technologies de pointe, sont nombreuses, puisque la Colonie dispose de machines de Von Neumann, c’est-à-dire de machines capables de s’autorépliquer et de s’autoaméliorer. Le personnage principal décrit également les « Gamins », qui se trouvent être des posthumains dotés de capacités de réflexion extrêmement poussées. La Colonie dispose également des compétences faramineuses des Ecrivains, qui sont les disciples de Potter, aux apparences de Nains, d’Elfes, de Hobbits, ou encore de Klingons, supposément obtenues grâce à des modifications corporelles.

On observe alors que la technologie et l’ingénierie biologique permet à des personnages de geeks de prendre des apparences tirées de romans de Fantasy, ce qui fait qu’Acadie montre de manière assez simple comment la technologie peut se mettre au service des apparences de magie. Ce côté geek et bon enfant des Ecrivains, qu’on retrouve également chez les Gamins permet de donner une atmosphère optimiste et guillerette à la Colonie, ce qui contribue à rendre illégitime les poursuites à l’encontre de ses habitants, dont les causes sont explorées dans des flashbacks, qui montrent les supposés crimes d’Isabel Potter.

On observe également que l’utopie de la Colonie s’avère posthumaine, ce qui rapproche la novella de romans comme Vision Aveugle, Le Magicien Quantique, ou Diaspora. On observe cependant que ces romans mettent en scène et prennent le point de vue de personnages posthumains confrontés à des défis grandioses, là où Acadie dépeint un humain standard (à la longévité améliorée, certes) confronté à un défi en lieu et place de posthumains qui pourraient s’en charger à sa place. La Colonie vit donc heureuse, en autarcie, mais elle se fait débusquer un jour par les sondes de l’Agence.

C’est alors à Duke, qui occupe le poste de Président de la Colonie, de tenter de sauver ses compatriotes des griffes de l’Agence, qui recherche activement Isabel Potter. Cependant, sans trop rentrer dans les détails, ce qu’il sait et ce qu’il perçoit de son environnement, pourtant dépeint comme une utopie égalitaire et fraternelle, va être profondément remis en question, rebattant les cartes sur la fiabilité de sa narration.  Le camarade FeydRautha (dont je vous recommande les chroniques) a comparé la chute du récit à une fin de film du réalisateur David Fincher (Fight Club, Gone Girl, Alien 3¸ Zodiac, Seven). En effet, dans certains de ses films, notamment Fight Club ou Gone Girl, David Fincher prend le point de vue de personnages narrateurs qui enferment le spectateur dans une subjectivité, qui correspond à une vision d’une réalité, qui peut s’avérer être toute autre, une fois qu’elle se trouve confrontée à un autre point de vue qui la remet profondément en question. Je ne vous en dirai pas plus, mais cet effet de chute créé un contraste extrêmement fort avec l’atmosphère bon enfant qui règne dans la Colonie et les divers traits d’humour qui parsèment les dialogues entre Duke et ses compatriotes.

Le mot de la fin

Acadie est une novella de SF dotée d’un effet de chute assez vertigineux, qui remet en cause toute la fiabilité de sa narration.

Dave Hutchinson décrit la Colonie, une société utopique posthumaine en fuite perpétuelle face au pouvoir terrien, incarné par l’Agence, en raison des crimes commis par Isabel Potter, généticienne, cinq cent ans auparavant. L’Agence finit par retrouver la Colonie, et c’est au président Duke de sauver ses compatriotes. Cependant, l’auteur parvient, grâce à un twist inattendu et déstabilisant, à montrer que l’utopie n’est peut-être qu’une apparence.

J’ai découvert la plume de Dave Hutchinson grâce à cette novella, et j’espère que d’autres de ses textes seront traduits !

Vous pouvez également consulter les chroniques de FeydRautha, Gromovar, Célindanaé, C’est pour ma culture, Yuyine, Yogo, Yozone, Yossarian, Acaniel, Vert, Artemus Dada, Laird Fumble, Lorkhan, Dionysos, Apophis, Ombrebones, L’Ours inculte

9 commentaires sur “Acadie, de Dave Hutchinson

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