Binti : La Mascarade Nocturne

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler du dernier tome de Binti, de Nnedi Okorafor.

Binti : La Mascarade nocturne


Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions ActuSF, que je remercie chaleureusement pour l’envoi du roman !

Nnedi Okorafor est une autrice nigériane appartenant à l’ethnie des Igbo et américaine née en 1974. Elle écrit de la science-fiction et de la fantasy. Ses récits interrogent les notions de genre et de race, et s’inscrivent dans l’afrofuturisme. Elle est également scénariste de comics, et a récemment travaillé sur des séries telles que Black Panther, Wakanda : Forever, ou Shuri.

Binti : La Mascarade Nocturne, dont je vais vous parler aujourd’hui, est à l’origine paru en 2018 et a été traduit par Erwan Devos et Hermine Hémon pour la collection Naos des éditions ActuSF, qui ont publié la version française du roman en 2021. Cette édition est augmentée d’un entretien avec l’autrice.

En voici la quatrième de couverture :

« De retour sur Terre après son année passée à l’université intergalactique d’Oomza, la jeune Binti n’en a pas fini avec les surprises. Elle vient d’apprendre qu’elle est la descendante des Enyi Zinariya, un peuple extraterrestre, et elle se retrouve désormais capable de communiquer sans technologie tierce à travers de grandes distances. Mais la découverte de ce nouveau don, qu’elle maîtrise encore difficilement, s’accompagne d’une douloureuse nouvelle : pendant sa retraite dans le désert, les Khoush ont attaqué son village et sa famille a péri dans l’incendie de leur maison. Mais le temps du deuil n’est pas encore venu : Binti doit d’abord parvenir à concilier ses natures humaine et extraterrestre pour ramener la paix au sein de son peuple… quel qu’en soit le prix. »

Dans mon analyse de la novella, je traiterai de l’évolution du personnage de Binti.

L’Analyse


Binti, figure de paix à l’identité multiple


Dans les deux premières novella de la série, Binti s’avérait déjà un personnage à l’identité partagée entre différentes cultures, puisque de l’ADN de Méduse lui avait déjà été injecté après les événements survenus à bord de Troisième Poisson, ce qui l’éloignait de son identité Himba. Celle-ci était par ailleurs mise à distance par le séjour du personnage dans l’université Oomza, dont le caractère ouvert et multiculturel contrastait avec la fermeture de la société du peuple Himba, avec des rôles genrés et des hiérarchies très établies. Néanmoins, Binti reste attachée à sa culture, comme on peut le remarquer dans son utilisation constante de « l’otjize », le mélange d’argile et d’huile végétale qu’elle applique sur son corps et ses cheveux comme le veut la tradition de son peuple. Cette identité déjà fragmentée par son ADN de Méduse, symbolisé par ses « okuoko », c’est-à-dire les tentacules qui remplacent certaines de ses mèches de cheveux (oui oui), l’est encore davantage lorsque Binti découvre qu’elle descend des Enyi Zinariya. Il s’agit d’un peuple nomade du désert mis en contact et altéré par une civilisation extraterrestre, les Zinariya, qui leur ont appris à communiquer sur de longues distances sans utiliser de technologies. Binti devient donc capable de l’utiliser, mais découvre qu’elle est issue de deux culture différentes et plutôt opposées. Enfin, mais sans rentrer dans les détails, son ADN est altéré une nouvelle fois lors d’un voyage vers Oomza, ce qui renforce encore la fragmentation de son identité, mais aussi l’invincibilité du personnage (oui oui).

« Binti Ekeopara Zuzu Dambu Kaipka de Namib est mon nom, ai-je lâché avant de réfléchir trop à ce qui m’arrivait. Non. Mon nom est Binti Ekeopara Zuzu Dambu Kaipka Méduse Enyi Zinariya Nouveau Poisson de Namib. »

Cette fragmentation de l’identité de Binti se conjugue à la douleur des pertes qu’elle subit à cause du conflit entre les Méduses et les Khoush. En effet, sa famille disparaît lors d’une attaque de son village par les Khoush, eux-mêmes venus arrêter Okwu, son ami Méduse. Binti doit alors construire son identité, qui passe par l’affirmation de son individualité parmi les Himba, dont elle rejette certains des codes hiérarchiques, mais dont elle utilise l’otjize, et sa capacité à contrôler ses okuoko et utiliser les moyens de communication des Zinariya, ou même se synchroniser avec des vaisseaux vivants génétiquement modifiés (oui oui). Cet apprentissage de ses différents pouvoirs, mais aussi le rôle qu’elle doit jouer lors de la guerre entre les Khoush et les Méduses peut faire d’elle une figure d’Élue, appelée à sauver le peuple Himba d’un conflit qui peut le détruire. On remarque toutefois que ce dernier dispose des moyens de se sauver, avec par exemple la « culture profonde », qui en appelle aux traditions les plus sacrées pour apaiser des individus et les lier.

La douleur du personnage est traduite par l’évocation répétée de son traumatisme, à savoir les morts nombreuses et violentes de ses futurs camarades de l’université Oomza à bord de Troisième Poisson, contre lequel elle doit lutter grâce à son « arborescence » et les formules mathématiques qu’elle se récite. Nnedi Okorafor aborde donc les symptômes de stress post-traumatique à travers son personnage.

Puis son torse explosa, m’éclaboussant de son sang chaud, et je m’enfouis au plus profond de moi-même, tremblante, criant en silence, quelque chose se brisant en moi. Tout le monde était mort.

Le self devint rouge, même l’atmosphère prit une couleur écarlate. Derrière Heru se trouvait Okwu. Je sentais le sang, alors que j’avais encore le goût du dessert crémeux en bouche. Ils étaient tous morts. Je devais survivre. Je me levai lentement, m’agrippant à mon edan de toutes mes forces, et quand je me retournai, ce n’est pas une Méduse que je vis, mais ma famille se blottissant au plus profond de la Racine, dans le vaste espace en sous-sol dans lequel les victuailles étaient entreposées.

L’odeur du sang devint celle de la fumée. J’étais passée d’un cauchemar à l’autre.

L’autrice développe aussi les relations amicales de Binti, avec Okwu, la Méduse qui la protège des dangers de la guerre au péril de sa vie, Mwinyi, un Enyi Zinariya qui l’accompagne dans son voyage, Nouveau Poisson, l’enfant de Troisième Poisson, ou encore Dele, son ancien ami enfermé dans le conservatisme des Himbas. Les rapports de Binti avec les autres personnages marquent sa transformation et son acceptation de celle-ci, mais aussi sa rupture avec certaines traditions.

On remarque que la guerre entre les Koush et les Méduses fait de la Terre une sorte de dystopie repoussante à cause de la violence qui s’y joue et frappe Binti, là où l’université Oomza peut être considérée comme une utopie spatiale, au sein de laquelle les peuples vivent en harmonie.

Le mot de la fin


Binti : La Mascarade nocturne est une novella de SF de Nnedi Okorafor qui conclut la trilogie autour de son personnage de Binti. Dans cette dernière novella, Binti construit son identité, fragmentée par les modifications génétiques qu’elle subit et les révélations sur ses origines, et doit empêcher un conflit entre les Khoush et les Méduses qui risque d’emporter son peuple.

Elle devient alors une héroïne qui rétablit la paix tant bien que mal grâce à ses pouvoirs.

Si vous vous intéressez à la plume de Nnedi Okorafor, je vous recommande cette novella !

J’ai également lu et chroniqué d’autres œuvres de l’autrice, Binti, Kabu Kabu

Vous pouvez également consulter les chroniques de Tigger Lilly, Célindanaé, L’imaginarium électrique

3 commentaires sur “Binti : La Mascarade Nocturne

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