Le Royaume Éveillé d’Adrien Tomas

Salut à tous ! Voilà quelques mois, je vous ai parlé du Royaume Rêvé, premier tome du Chant des Épines, d’Adrien Tomas, roman que j’avais trouvé absolument génial. Et bien devinez quoi, le deuxième tome est sorti ! Et c’est donc avec grand enthousiaste qu’aujourd’hui je vous parle de…

Le Royaume Éveillé, deuxième du Chant des Épines, d’Adrien Tomas

 LeRoyaumeEveillé

Introduction :

Cette introduction risque d’avoir beaucoup de similitudes avec celle de l’article qui concerne Le Royaume Rêvé (que vous pouvez retrouver ici)

Adrien Tomas est un écrivain français né en 1986. Ses romans appartiennent quasiment tous au genre de la Fantasy. La Geste du Sixième Royaume, son premier roman, a reçu le prix des Imaginales en 2012.

Le Royaume Éveillé est paru en juin 2017 chez Mnémos, et c’est la suite du Royaume Rêvé, paru en 2016. Avant de continuer, je préfère vous prévenir, ne lisez cet article que si vous avez fini Le Royaume Rêvé, ou vous risquez d’être spoilés sur tous les éléments d’intrigue du premier tome du Chant des Épines.

Le récit de ce deuxième tome commence donc un an après la fin du premier, alors qu’Ithaen est devenue la reine d’un pays nouvellement fondé, Sveldia, qui va devoir faire face à l’attaque imminente de l’empire de Seï. Ithaen et ses Épines vont devoir préparer leur pays du mieux qu’ils le peuvent, en évitant les dissensions internes, mais aussi se préparer eux-mêmes à affronter la guerre, autant sur le plan physique que psychologique.

Je vais commencer par vous donner un bref avis avis sur l’œuvre, puis m’attarder sur quelques points qui m’ont paru intéressants.

Mon Avis :

 

J’ai tout simplement adoré Le Royaume Éveillé. Je m’attendais à quelque chose d’incroyable et je peux vous garantir que je n’ai pas été déçu.

Ce deuxième tome développe énormément les personnages, il nous permet d’observer leur intimité et les tourments de leur conscience. Ils sont tous en proie à des sortes de dilemmes (j’y reviendrai dans la partie analyse), ce que le système de point de vue utilisé par l’auteur montre extrêmement bien. En effet, le lecteur observe le récit se dérouler grâce aux points de vues des différents personnages qui se succèdent les uns après les autres. J’avais trouvé ce système très intéressant dans le premier tome et je trouve qu’il trouve toute son efficacité dans cette suite. J’ai particulièrement aimé les passages concernant Solheim, resté quelque peu en retrait dans le premier tome, mais aussi ceux où l’on observe Vermine et Mérisia, par exemple.

Ce système de point de vue nous permet également de voir comment les personnages se perçoivent entre eux, notamment vis à vis des mœurs et du comportement et que certains adoptent. Cela est notamment visible à travers Ysemir, qui malgré ses valeurs chevaleresques, apparaît comme un peu rustre vis à vis de certains de ses camarades, allant même jusqu’à les blesser, mais je ne vous en dirai pas plus.

Pour finir avec le système de point de vue de l’œuvre, je dirais qu’il nous montre qu’aucun des personnages du Royaume Éveillén’a les mêmes problèmes et que chacun d’entre eux possède d’entre eux possède une individualité et un langage qui lui est propre. Langage qui est même parfois transcrit dans la typographie du livre, notamment lorsque Projet 68 (ou Aevar) ou les esprits comme Ténèbre s’expriment. Vermine doit par exemple affronter la question de ses origines et de ses pouvoirs, Solheim est confronté à une magie qu’il abhorre et qu’il ne souhaite pas apprendre, Ysemir doit apprendre à diriger l’Ordre des Paladins… on peut même observer les points de vue des antagonistes du roman, à savoir des membres de l’Empire de Seï, ce qui nous permet d’observer les préparatifs de la guerre du point de vue des deux belligérants.

Les scènes d’action ne sont pas en reste. Le récit ne comporte qu’une seule grande bataille, mais quelle bataille ! Tout y est, l’héroïsme, les pertes tragiques (que je ne vous spoilerai pas) et le côté grandiose. Tout le récit est placé sous le signe de l’appréhension de cette bataille, ce qui crée un climat de tension et des chocs lors de certaines révélations, très bien amenées d’après moi.

L’univers du récit se développe également dans ce tome, et on obtient beaucoup d’informations sur le lore du Chant des Épines. Le terme de lore englobe tous les éléments d’un univers n’ayant peu ou pas d’impact réel dans l’intrigue, mais qui peuvent donner toute sa cohérence et sa richesse à cet univers. Dans le cas du Royaume Éveillé, il se développe grâce aux révélations sur les travaux de l’ingénieur Nain Nashgar, qui permettent d’introduire des éléments de Science-Fiction dans un récit de Fantasy médiévale, comme les robots, le clonage ou les manipulations génétiques de manière très habile, ce qui apporte une grosse dose d’originalité à l’œuvre. On en apprend également plus sur Belunith, la créature dont s’occupe La Locuste, mais ça, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes, à cause du risque de spoilers. On voit aussi une représentante de l’espèce qui habite la « Grande Forêt », les sylphides, qui auront probablement leur rôle à jouer dans le dernier tome de la trilogie.

L’auteur nous donne également plus d’informations sur le système de magie du Chant des Épines, en nous expliquant plus en détail les différences de fonctionnement entre la Sororité Grise, les Ordres de nécromanciens de Kal-Tyrn, et Vermine, qui apparaît comme une magicienne extrêmement particulière, ce qui renforce l’aura de mystère qui entoure ce personnage, même si elle est quelque peu dissipée au cours du récit.

Pour conclure cette partie, je vous dirai que si vous avez lu Le Royaume Rêvé vous adorerez sans aucun doute possible Le Royaume Éveillé, qui explore l’intériorité des personnages, nous montre leur part d’ombre pour le meilleur ou pour le pire, au rythme de révélations toutes plus énormes les unes que les autres et d’événements tragiques, malgré quelques traits d’humour. Encore une fois, c’est un roman qui risque de me marquer en tant que lecteur et probablement en tant qu’auteur.

Alors si vous avez envie de lire une œuvre sombre, tragique, et pourtant épique et porteuse d’un univers et de thématiques riches, lisez Le Chant des Épines d’Adrien Tomas !

À présent, je vais passer à l’analyse de certains points du roman qui m’ont paru intéressants et dont j’aimerais parler en détail.

L’Analyse :

Dans cette analyse, je vais évoquer l’aspect tragique du Royaume Éveillé et ce qu’il permet en termes de narration. Je vous préviens à nouveau, ne lisez cette partie que si vous n’avez pas peur d’être spoilés.

Avant de commencer, il convient d’expliquer rapidement ce qu’est le tragique.

Le tragique relève du domaine de la passion (au sens de sentiment exacerbé) et du domaine de la fatalité. Un personnage tragique est donc en proie à un ou des conflits intérieurs forts qui débouchent sur des actions fortes et souvent lourdes de conséquences. Par exemple, dans Andromaque de Racine, le personnage éponyme est forcé de se marier avec Pyrrhus, qui est le fils du meurtrier de son mari Hector, par devoir pour sauver son fils, ce qui fait d’elle un personnage tragique.

On peut affirmer que les personnages de la saga du Chant des Épines sont des personnages qui possèdent une part de tragique et vivent des situations qui le sont tout autant, ce que nous allons observer à travers quelques exemples.

Toutes les Épines ont « moins de vingt ans » et doivent pourtant endosser la responsabilité de la formation et du maintien d’un État face à un ennemi bien plus puissant et expérimenté qu’eux, l’Empire de Seï. Ils ne peuvent pas vivre avec les tracas des jeunes de leur âge, puisqu’ils doivent s’impliquer dans la politique de leur pays en urgence pour le protéger. Ogwan a le sentiment « d’avoir volé leur innocence à ces enfants », qui sont confrontés à des horreurs bien trop tôt dans leurs vies, ce qui souligne l’aspect tragique de leur condition. Autrement dit, les Épines sont forcées à grandir pour se confronter à des dangers qui ne doivent pas les dépasser, comme la guerre et l’avenir de leur pays.

Ainsi, chaque personnage appartenant au groupe des Épines est en quelque sorte enfermé par sa condition.

Ithaen, devenue reine de Sveldia, doit diriger son pays alors qu’elle n’a que 14 ans et est prisonnière de sa fonction, ce qu’Ysemir constate en disant qu’elle est « enfermée dans sa propre salle du trône ». Elle doit à tout prix s’occuper des décisions gouvernementales et garder la tête froide, même si cela implique de ne pas penser à ses amis ou à son amante, Vermine.

Vermine fait face à son passé et apprend coup sur coup que son père n’était pas son véritable père, qu’elle est une créature de laboratoire et que Ténèbre, son compagnon et sa seule famille, lui a menti pendant des années. Elle apparaît comme totalement désorientée alors qu’elle doit apprendre à se servir de nouveaux pouvoirs magiques pour faire face à l’empire de Seï et qu’elle est loin de son amante. Son rôle de magicienne lui impose de faire face à un entraînement rigoureux qui la prépare à une bataille presque impossible à gagner et qui finit par la séparer de la reine.

Ysemir, Solheim et Merisia deviennent des piliers de Sveldia, mais doivent subir les conséquences de leurs conditions respectives : Ysemir donne des ordres à son père qu’il a trahi parce qu’il possède un rang supérieur à lui, Solheim est contraint d’apprendre la nécromancie noire alors qu’il la déteste et qu’elle le rend malade, et Mérisia doit faire usage de son corps (dans tous les sens du terme), ce qui la traumatise et lui donne une image de « catin » auprès de ses compagnons, alors qu’elle rend aussi service à son pays et que c’est elle « la plus amochée », selon les dires d’Ogwan.

L’impératif de la défense du pays rend ces personnages (ainsi que d’autres) tragiques puisqu’ils doivent renoncer à une part de leur individualité, mais aussi à leur intégrité physique ou psychique pour servir leur pays, et c’est ce qui rend leurs actes emprunts de noblesse au sens tragique du terme, puisqu’ils s’impliquent pour une cause collective en risquant leurs vies. Cela peut également s’appliquer aux Elfes contraints d’aider l’Empire de Seï puisqu’ils doivent coopérer avec les humains, qui les ont vaincus et presque exterminés, pour le bien de leur peuple.

On peut également parler d’un tragique de situation.

En effet, les morts de certains personnages comme Ogwan ou Grienne sont atroces et extrêmement poignantes parce que ceux qui y assistent sont complètement impuissants, puisqu’ils ne peuvent rien faire pour les empêcher.

Ces deux morts sont dues à Saberach, qui était en réalité un agent au service de l’Empire de Seï et qui a œuvré pour la constitution de Sveldia pour que les Légions Infinies puissent écraser le pays d’un seul coup au lieu de devoir lutter contre des Marches du Gel non unifiées. D’une certaine façon, le royaume qui se défend contre une agression a ainsi été créé par son agresseur, ce qui est révélateur d’une certaine ironie du sort. Et par une deuxième ironie du sort, ce sont les personnages qui apparaissent comme les plus gros traîtres potentiels aux yeux des Épines, comme le Haut-Corve Draugmur ou La Locuste qui sont en réalité les plus dévoués à la cause du royaume.

Enfin, la situation finale du Royaume Éveillé met tous les personnages dans des situations désespérées (Ithaen s’enfuit dans la Grande Forêt, Vermine est capturée par les Sœurs Grises, on ne connaît pas le sort de Solheim et d’Ysemir…), ce qui fait que le lecteur ne peut pas prévoir la suite. Certaines questions sont également laissées en suspens et promettent des développements surprenants, notamment avec la disparition de Belunith et le rapport entre Vermine et Asphodèle.

Le Mot de la fin :

 

Le Royaume Éveillé est un excellent roman. L’univers présenté dans le premier tome s’étoffe énormément et le côté tragique s’accentue pour donner des développements souvent poignants, sans toutefois manquer d’humour. Si vous avez lu le premier tome et qu’il vous a plu, vous n’aurez aucune raison de ne pas aimer cette suite, que personnellement, j’attends avec impatience !

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