La Geste du Sixième Royaume, d’Adrien Tomas

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais (encore) te parler d’un roman d’Adrien Tomas, qui est décidément un auteur dont j’apprécie énormément le travail ! À noter que tu peux retrouver toutes les chroniques que je lui ai déjà consacrées grâce aux tags.

 

La Geste du Sixième Royaume

 

Introduction

 

Avant de commencer, je tiens à préciser que les éléments biographiques concernant l’auteur seront sensiblement les mêmes que dans les articles précédents.

Adrien Tomas est un auteur français né en 1986. Il écrit principalement de la Fantasy, et a fait des études d’écologie. Ses romans sont publiés aux éditions Mnémos en grand format et sont également disponibles au format poche dans la collection Hélios des Indés de l’imaginaire, dans le cas de Notre Dame des loups, La Maison des mages et La Geste du Sixième Royaume. Ce dernier a d’ailleurs reçu le prix Imaginales en 2012. Adrien Tomas est également l’auteur de la trilogie du Chant des épines, qui constitue un prélude à La Geste du Sixième Royaume. À noter que le roman a été réédité en grand format avec couverture à rabats (format que j’affectionne particulièrement) en Avril 2019, auquel s’ajoute la nouvelle Quarante-huit pour cent. s

Je vous donne la quatrième de couverture du roman :

«Les cinq royaumes : des nations turbulentes et ambitieuses souvent en guerre.  »

Au coeur des terres, un sixième royaume : la Grande Forêt légendaire, impénétrable et hostile. Dans les maisonnées de Sélénir, dans les cases de Vale ou dans les yourtes des nomades des steppes de Khara, le soir au coin du feu, on raconte aux enfants la légende suivante : tes rêves, tes cauchemars comme les créatures fantastiques des contes que tu aimes tant peuplent le sixième royaume. Alors, pourquoi un baladin perdu, une belle sorcière aux terribles pouvoirs endormie depuis cinq cents années, un jeune voleur des rues amoureux, un demi-nain commerçant débonnaire et un homme-loup monstre de foire se retrouvent attirés par la Grande Forêt ? Que découvriront-ils ? La fin d’un monde ? Le sang et les larmes ? L’amour et la tragédie ? La Geste du sixième royaume raconte avec un rythme effréné les destinées de ces héros malgré eux, semées d’embûches, de pièges, de doutes, de découvertes incroyables et de magies insaisissables. »

La Geste du Sixième Royaume est le premier roman publié d’Adrien Tomas, et constitue également le premier roman mettant en scène le Sixième Royaume, aussi appelé « la Grande Forêt » par certains personnages. Le lecteur suivra une multitude du personnages (ce qui constitue une des marques de fabrique de l’auteur) qui appartiennent tous à des factions différentes et qui possèdent leur propre point de vue sur les événements qu’ils vivent.

Chronologiquement, ce roman peut être lu sans avoir connaissance des œuvres se situant dans le même univers (ce qui inclut La Maison des mages et les trois tomes du Chant des épines), ce qui est logique, me direz-vous, puisque ces romans ont été publiés après La Geste du Sixième Royaume. Cependant, il peut être intéressant (mais cela ne reste que mon avis) de lire Le Chant des épines avant d’attaquer le roman, pour ensuite vous attaquer à La Maison des mages en ayant ainsi connaissance de tous les éléments d’intrigue de ce dernier.

Mon analyse partira du principe que vous n’avez pas lu Le Chant des épines, mais je ferai tout de même quelques renvois, parce que je trouve que les liens entre les deux œuvres sont assez importants pour être mentionnés. Je m’attarderai donc sur l’univers de l’auteur et la manière dont il le dépeint, pour ensuite m’attarder sur la dichotomie ambiguë de la Guerre des Aspects.

 

L’Analyse

 

Un univers développé

Le roman d’Adrien Tomas met beaucoup de « Peuples » en scène, avec beaucoup d’ethnies humaines, tels que les Noirs et les Dorés de Vale, les Évondiens ou encore les Séides, mais également plusieurs races non-humaines, avec des Elfes, des Dryades, des Dragons, des Nains, et des Sylphides (des créatures insectoïdes qui communiquent grâce à « L’Esprit de Ruche » et qui sont les gardiennes de la Forêt). Cette multitude de « Peuples » permet de mettre en scène un nombre important de factions, ce qui montre que le lore du Sixième Royaume est riche et développé. En effet, chacune des factions dépeintes par l’auteur possède sa propre histoire, ses propres caractéristiques, et est menée par une figure charismatique dont le lecteur possède le point de vue (Qaheb pour le peuple Noir, Eayllia pour les Évondiens…). Chacune de ces figures charismatiques est par ailleurs très individualisée et nous donne à voir les différences entres les ethnies humaines et non-humaines dépeintes par l’auteur.

Ce nombre important de factions, au sein desquelles on peut même trouver d’autres factions en plus ou moins grande dissidence nous donnent à voir un véritable échiquier politique dans toute sa complexité. Ainsi, les personnages du roman adoptent un discours politique extrêmement cohérent avec leurs idées et agissent de manière à les concrétiser (par exemple Eaylia veut unifier son pays et va œuvrer pour que les conflits internes cessent, Qaheb souhaite que son peuple soit indépendant des « Dorés » de Vale…). Cet échiquier politique s’intègre dans le conflit qui englobe tout le roman, la Guerre des Aspects (ceci n’est pas un spoil, je vous rassure). En effet, dans l’univers d’Adrien Tomas, deux Aspects du Monde, respectivement le Père et le Maître, représentant la Nature et le Progrès, se font la guerre depuis l’éternité à l’aide de règles très particulières, qui leur imposent de choisir des « Hérauts » et une « Fille » pour se faire la guerre (je ne vous en dirai pas plus, l’auteur vous l’expliquera bien mieux que moi).

Notez simplement que les Hérauts des Aspects possèdent chacun une sorte de classe (Soldat, Prophète, Danseur, Bête, Dame) et des pouvoirs qui leur sont propres, ce qui m’a personnellement rappelé la licence d’animation japonaise Fate et ses personnages historiques qui se font la guerre pour obtenir le Graal et réaliser leurs vœux.

Cette dichotomie, qu’on pourrait croire manichéenne mais qui ne l’est pas, peut être vue comme une réminiscence de la guerre entre Lumière, Ténèbres et Chaos dans l’univers de L’Agent des Ombres de Michel Robert (qu’il faudra vraiment que je chronique), qui lui-même vient de l’opposition entre Loi et Chaos du Multivers de Michael Moorcock (l’auteur du cycle d’Elric, dont il faudra également que je vous parle, un jour). Cette dichotomie entre le Père et le Maître est bien plus complexe qu’un simple combat entre un camp du Bien et un camp du Mal, vous pourrez le constater au cours de votre lecture.

La magie est présente dans le roman, mais sous des formes différentes, bien qu’elles aient toutes ou presque un lien avec le monde des « esprits » (des créatures élémentaires assez facétieuses), les « Limbes ». On trouve en effet la « Magie Grise » pratiquée par les Sœurs Grises (des magiciennes vierges qui absorbent une drogue rituelle, « l’hylium », pour renforcer leurs pouvoirs de contrôle sur les esprits), le Don des Hérauts, la magie des Elfes, ou encore la magie des chamans des plaines de Khara (qui communiquent avec les esprits plus qu’ils ne les contrôlent). Il est important de noter que dans l’univers du Sixième Royaume, la magie est souvent surpuissante mais possède un contrecoup très grand, puisque l’hylium des Sœurs Grises entraîne une dépendance forte (la Magie Grise blesse également physiquement les Sœurs), les Hérauts consomment leur énergie vitale pour exploiter leur Don, et les chamans doivent prendre garde à ne pas se faire posséder par les esprits.

 

La Guerre des Aspects et ses ambiguïtés

 

La Guerre des Aspects, dont j’ai parlé plus haut, présente quelques ambiguïtés.

En effet, on pourrait être tenté de croire au premier abord que cette guerre qui oppose la Nature au Progrès, les Hérauts du Père à ceux du Maître et leurs peuples (Dryades, Elfes, Dragons et Sylphides pour le Père, Nains pour le Maître, tandis que les factions humaines sont partagées entre les deux camps) oppose en quelque sorte le Bien, représenté par le Père et le Mal, représenté par le Maître, mais soyez-en assurés dès maintenant, ce n’est pas du tout le cas, bien que je soupçonne fortement l’auteur de nous mettre sur cette fausse piste (ce qui est très bien vu de sa part) en nous dressant le portrait de certains Hérauts du Maître de manière à les faire passer pour des monstres au début du roman, tandis que les Hérauts du Père sont dépeints de manière à ce que le lecteur ressente de l’empathie pour eux (le jeune orphelin qui perd sa famille de manière tragique, le Nain qui est accusé de meurtre, une sorcière qui se réveille d’un sommeil de plusieurs siècles, sans ses pouvoirs…). Mais l’auteur contrevient vite à cette vision potentiellement manichéenne de manière assez subversive par rapport à ce genre de récit.

En effet, les membres des deux factions commettent des actes très répréhensibles moralement et ne rechignent jamais à tuer au nom des idéaux qu’ils défendent, mais cela ne s’arrête pas là. Le Père et le Maître eux-mêmes se rendent coupables d’exactions très discutables, puisqu’ils vont jusqu’à programmer des naissances et des états d’esprit chez certains de leurs Hérauts (je ne vous en dirai pas plus), ils les punissent lorsqu’ils échouent, ils forgent des haines entre les peuples, provoquent des guerres, alors qu’ils ne sont pas des dieux, mais des « concepts ». En cela, les deux Aspects sont mis sur le même plan, et il est donc difficile lequel des deux est le plus horrible (même si le récit insiste vraiment sur les mauvais aspects du Maître). Leurs Hérauts sont également mis sur le même plan, et possèdent tous une grande part de tragique (je ne rentrerai volontairement pas dans les détails), notamment ceux qui sont forcés d’accepter une destinée sans avoir leur mot à dire (je reviendrai sur ce point dans une prochaine chronique). La Geste du Sixième Royaume est donc un roman qu’on peut difficilement qualifier de manichéen.

Le manichéisme est encore repoussé par l’auteur dans sa gestion de la narration, puisqu’il donne à son lecteur les points de vue de chacun de ses personnages, qu’ils soient du côté du Père, du Maître, ou simplement importants. Cette polyphonie fait comprendre au lecteur que le roman n’oppose pas des « gentils » et des « méchants », mais des personnages complexes qui possèdent un passé, des aspirations et des idéaux avec lesquels ils doivent composer. Le passé des personnages nourrit également leur part de tragique, puisque beaucoup d’entre eux ont déjà une histoire personnelle chargée lorsque commence le récit, ce qui montre qu’ils « existent » hors de celui-ci, et cela donne encore plus de profondeur au lore du Sixième Royaume.

 

Le mot de la fin

 

Dès son premier roman, Adrien Tomas a mis la barre très haut pour nous délivrer une Fantasy porteuse de messages et de personnages forts, avec très peu de concessions en termes de violence et de moralité pour rejeter complètement le manichéisme et jouer habilement avec les codes du genre. Ce roman a également dressé les bases des récits qui concernent l’univers très riche du Sixième Royaume.

Vous pouvez également consulter les chroniques de BlackwolfMarieJulietCélindanaé, Dup, Amanda, Sia,

7 commentaires sur “La Geste du Sixième Royaume, d’Adrien Tomas

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