Les Six Royaumes, d’Adrien Tomas

Salutation, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler du dernier roman en date d’un auteur que j’aime beaucoup.

 

Les Six Royaumes, d’Adrien Tomas

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Introduction

 

Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions Mnémos, que je remercier chaleureusement pour leur envoi !

Adrien Tomas est un auteur français né en 1986. Il écrit principalement de la Fantasy, et a une formation de biologistes. Ses romans sont publiés aux éditions Mnémos en grand format et sont également disponibles au format poche dans la collection Hélios des Indés de l’imaginaire, dans le cas de Notre Dame des loups, La Maison des mages et La Geste du Sixième Royaume. La trilogie du Chant des Epines, publiée entre 2016 et 2018, sera également bientôt publiée en poche chez Hélios, à partir d’Avril 2020. L’auteur a également publié deux romans jeunesse en 2019, Engrenages et sortilèges aux éditions Rageot, et Zoomancie aux éditions Lynks.

Les Six Royaumes, dont je vais vous parler aujourd’hui, est paru en Novembre 2019 chez Mnémos dans la collection Ourobores, qui regroupe les beaux livres de l’éditeur. C’est un roman magnifiquement illustré par Dogan Oztel, qui a réalisé des couvertures pour Mnémos et ActuSF, les intégrales de Majipoor de Robert Silverberg, ou La Machine de Léandre d’Alex Evans. On peut également noter qu’il a également illustré un autre ouvrage de la collection Ourobores, Tschaï, retour sur la planète de l’aventure, qui rend hommage au cycle de Tschaï de Jack Vance, en 2016.

Voici la quatrième de couverture du roman :

« « La clé des portes et la pierre angulaire des Six Royaumes. »

Irego, Sœur investigatrice du Monastère d’Iriloyë, obtient enfin l’autorisation du Collège des sorcières de partir à la recherche du secret le mieux gardé des Six Royaumes : l’immortalité.

La magicienne, plus habituée aux bibliothèques qu’à la vie au grand air, va sillonner le monde à la poursuite d’anciens savoirs, d’histoires oubliées et de témoins occultes, s’engageant dès lors dans la quête la plus dangereuse de sa vie. Entre trahisons, coups bas et tentatives d’assassinat, les obstacles ne manquent pas : c’est presque comme si les mystères de l’éternité souhaitaient rester dans l’ombre… »

Mon analyse du roman traitera de la manière dont l’auteur parvient à présenter son univers de manière encyclopédique, notamment à travers une réflexion métanarrative.

 

L’Analyse

 

(Méta) Encyclopédie des Six Royaumes

 

Adrien Tomas nous fait suivre Irego, une Sœur Grise investigatrice, qui part explorer le monde des Six Royaumes, dans le but de trouver l’immortalité convoitée par ses consœurs, des magiciennes qui vivent recluses dans des monastères, afin de trouver une solution contre le vieillissement qui les ronge malgré leur longévité parfois extrême. Le voyage et les recherches d’Irego permettent alors à l’auteur de mettre en scène une encyclopédie romanesque et romancée de son univers, enrichie par des documents fictifs et des illustrations en pleine page de Dogan Oztel. On peut également noter qu’Irego s’inscrit dans la catégorie des personnages à la fois narrateurs et écrivains en Fantasy, aux côtés des sémillants Philippe Gardeval et Pierre Cordwain de Kosigan.

L’aspect encyclopédique du roman est très intéressant, parce qu’il s’inscrit dans un projet métanarratif. En effet, le récit d’Irego, transcrit à travers son journal de recherches, apparaît comme une encyclopédie à la fois pour le personnage, qui la construit au fil de ses voyages et des informations qu’elle découvre (ou non), et pour le lecteur, qui la consulte. L’auteur fait également apparaître les biais intellectuels de son personnage, narrateur et écrivain, qui déprécie toutes les formes de magie qu’il n’apprécie pas, mais aussi par le manque de données vis-à-vis de certainesd’entre elles, à l’image de la nécromancie, qui existe dans l’univers du roman, mais qui, après les événements narrés dans Le Chant des Epines, ne sont plus que des légendes pour les personnages.

Ainsi, le roman peut introduire le lecteur à l’univers du Sixième Royaume d’Adrien Tomas, à travers son aspect encyclopédique. Cependant, une bonne connaissance des romans d’Adrien Tomas (La Geste du Sixième Royaume, La Maison des mages, et Le Chant des Epines) s’avère nécessaire pour apprécier Les Six Royaumes et la portée des recherches du personnage qu’il met en scène, mais également pour avoir conscience que parfois le lecteur en sait plus que le personnage, induit en erreur par ses idées, sur les dragons, les nécromanciens, les Grands Esprits, ou la véritable nature d’Aevar par exemple.

La narration du roman prend donc la forme du journal d’Irego, qui retrace toute ses recherches concernant l’univers dans lequel elle vit. Ce journal mobilise également d’autres ouvrages fictifs de l’univers de l’auteur, tels que des comptes rendus d’expériences des Sœurs Grises, des comptines sur les Huit démons, des plans de conception des golems de la Maison des Mages, des manuels de sorcellerie elfiques, des traités de théologie pour enfants (oui oui), des extraits du journal du barde légendaire Llir, et même des extraits du Chant des Epines et de La Geste du Sixième Royaume.

Adrien Tomas établit donc des liens entre ce roman et ses autres récits des Six Royaumes, à travers des références directes et explicites au Chant des Épines, à La Geste du Sixième Royaume et à La Maison des mages, à travers des citations de personnages, telles que les matrones Taeni de La Geste du Sixième Royaume, Isandre du Chant des Epines, ou même la mise en scène des romans eux-mêmes dans la diégèse d’Irego, qui apparaissent comme des chansons de geste et des légendes pour la population et la Sœur Grise.  Ces références relient de manière explicite entre eux tous les romans de l’auteur, pour les intégrer pleinement dans une continuité diégétique. Adrien Tomas va même jusqu’à intégrer de manière diégétique les illustrations de Dogan Otzel, d’une manière plutôt surprenante que je ne vous révélerai pas. A ce titre, je tiens à soulever que ces dernières sont d’une qualité incroyable. Je suis par exemple resté béat devant la double page qui montre les Huit, parce qu’elle rend complètement justice au charisme et à la puissance des Immortels.

Le roman est divisé en quatre parties thématiques, qui explorent d’abord la Magie, puis la Technologie, puis la faune et la flore, notamment celles de la Grande Forêt, et enfin, les êtres mystérieux tels que les Immortels ou encore les Runiques et leurs orbes qui leur permettent de connaître la totalité de l’Histoire.

Cette structure permet à l’auteur de traiter des liens entre magie et technologie au sein de son univers, à travers le fait que certaines créatures surnaturelles aient été créées artificiellement, mais aussi des développements purement technologiques avec le robot Aevar par exemple, ou l’apparition d’armes à feu ou d’explosifs à poudre. On remarque d’ailleurs que les évolutions technologiques du monde de l’auteur sont liées aux Nains, ce qui peut être perçu comme une manière d’explorer le stéréotype de la Fantasy qui montre les Nains comme un peuple de bâtisseurs et de créateurs de technologie, notamment à travers leur travail des métaux.

On peut ainsi observer que la Fantasy d’Adrien Tomas est influencée par la science-fiction, à travers la mise en scène de créatures artificielles, qu’elles soient biologiques ou mécaniques, mais aussi la rationalisation de sa magie.

L’auteur ancre donc son récit dans la modernité du genre, à travers ses emprunts technologiques qui sortent son univers de son cadre médiéval, et ses magies dont les codes sont explicités.

Le système de magie de l’auteur est en effet traité par Les Six Royaumes. On observe ainsi qu’il se rattache aux esprits élémentaires vivant dans le monde des Limbes, et le rationalise de manière profonde, en explorant chaque manière d’utiliser la magie, et donc les différentes manières de mobiliser le pouvoir des esprits. Ainsi, les Sœurs Grises manient les Mots de pouvoir et l’hylium, une drogue qui leur permet de mobiliser leur magie, la Mancie des mages de la Maison qui fonctionne grâce à des formules et un entraînement extrêmement rigoureux pour soumettre les esprits, ainsi que le chamanisme des tribus de Khara, dont les tenants cherchent à dialoguer avec les esprits pour se placer sur un pied d’égalité avec eux, mais aussi les vestiges de la magie des Elfes, qui ne nécessitait pas ou peu d’hylium.

Ces études des magies de l’univers des Six Royaumes sont cependant soumises aux préjugés de Sœur Grise d’Irego concernant les formes de magies rivales à la sienne. Ces préjugés entachent donc la fiabilité de sa narration, puisqu’elle apparaît victime de son ego et de son instruction de Sœur Grise, qui la conduisent à commettre des erreurs. Cette non fiabilité de sa narration va par exemple s’observer lorsqu’elle parle de la nécromancie que l’on observe dans Le Chant des Épines, qui puise dans l’énergie des Limbes plutôt que dans les esprits, mais qui passe pour légendaire et absurde, ce qui est ironique, puisque le lecteur du Chant des Épines sait qu’elle existe et l’a vue à l’œuvre lors de scènes à la fois épiques et sanglantes.

Irego va également être confrontée à des vérités que son ordre a cachées, notamment le fameux Serment des Cendres, prêté par les premières Sœurs Grises, qui ont juré de protéger l’humanité, ce qui entre en contradiction avec leur isolement et leur recherche incessante du pouvoir.

L’auteur joue donc avec les connaissances de son lecteur et de son personnage, qui sont placées au centre du récit de bien des manières, puisque Irego ignore certaines règles fondamentales de l’univers de l’auteur que le lecteur connaît, telles que la nature des Immortels, ou encore la guerre des Aspects, qui oppose les tenants immémoriaux de la Nature et du Progrès, mais le lecteur apprend également au contact des recherches de la Sœur Grise, notamment sur les secrets de son ordre et la manière dont elle tient cachés.

Le roman, au-delà de son aspect encyclopédique et sa narration protéiforme, présente une véritable intrigue, puisqu’Irego est victime de tentatives d’assassinats au cours de son voyage, ce qui la conduit à chercher l’identité de celui ou ceux qui cherchent à l’éliminer, ce qui va la conduire à se confronter à des vérités écrasantes sur la nature de son monde et la place qu’elle y occupe (qui a parlé d’écrasement cosmiciste ?). On observe également la manière dont son voyage la forme et l’éloigne de l’enfermement littéral et spirituel des monastères, malgré le fait que cela ne l’empêche pas d’avoir d’énormes préjugés sur les personnes qu’elle croise, ce qui témoigne de son éducation de Sœur Grise.

 

Le mot de la fin

 

Adrien Tomas, avec Les Six Royaumes, relie l’intégralité de ses récits de son univers du Sixième Royaume, à travers le récit encyclopédique de la Sœur Grise Irego, partie en quête de l’immortalité, dont elle espère percer le secret en explorant les mystères de son univers, qu’elle recense dans son journal de recherches.

Ce journal devient alors une encyclopédie à la fois pour le personnage qui la rédige et le lecteur qui la consulte, avec une dose d’ironie transmise par les préjugés et parfois l’ignorance d’Irego, dont le manque de connaissance est compensé par le lecteur, qui connaît la vérité sur certains éléments de l’univers de l’auteur. Cette encyclopédie se trouve également sublimée par les illustrations de Dogan Oztel, qui donnent à voir de formidables représentations des personnages et créatures du récit.

Si vous avez aimé les romans du Sixième Royaume, ou si vous souhaitez le découvrir, je vous recommande la lecture des Six Royaumes !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Xapur, Célindanaé, Dup, Fantasy à la carte

15 commentaires sur “Les Six Royaumes, d’Adrien Tomas

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