Madharva, de Mathieu Rivero

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te parler d’un roman de Mathieu Rivero.

Madharva

madharva

Introduction

 

Mathieu Rivero est un auteur français. Il étudie et pratique la traduction et enseigne également les langues. Il écrit majoritairement de la Fantasy, comme en témoignent son roman Or et Nuit, paru pour la première fois en 2015 chez les Moutons Électriques et réédité dans une version corrigée en 2019 dans la collection Hélios des Indés de l’Imaginaire, ainsi que sa série Chimère Captive, qui comprend deux romans, Chimère Captive (2016) et Songe suspendu (2017), publiés dans la collection Naos des Indés de l’Imaginaire. Il est également le co-auteur de Tout au milieu du monde et Ce qui vient la nuit avec Julien Bétan et Melchior Ascaride.

En 2019, son roman Madharva, dont je vais vous parler aujourd’hui, a été réédité dans une version revue et corrigée, par les Projets Sillex. Le roman avait été préalablement publié en 2015 chez Rivière Blanche en version papier et en numérique chez les éditions Walrus. Les Projets Sillex sont une maison d’édition qui fonctionnent via des financements participatifs, et rémunèrent les auteurs à hauteur de 30% du prix de vente de leurs ouvrages. Parmi leurs autres ouvrages, on peut compter Face au dragon d’Isabelle Bauthian et Rocaille de Pauline Sidre, dont je vous parlerai dans quelques temps.

Voici la quatrième de couverture de Madharva :

« Ancien Casque Noir, enquêteur chevronné, hackeur sur les bords, David de Vries fait parfois de mauvais choix. Accepter de traquer les agresseurs de Madharva, la chanteuse cyborg la plus populaire du moment, entre dans cette catégorie. Se plonger au sein du conflit qui oppose transhumanistes et gardiens du corps, également. Dans le clair-obscur urbain, au milieu d’une enquête qui poussera David contre tous les murs, clignote au loin un néon : l’Art. Suivrez-vous la voix de Madharva ? »

Mon analyse du roman traitera de la manière dont le roman de Mathieu Rivero s’ancre dans le genre du cyberpunk, mais également la façon dont il traite d’art et d’aliénation.

 

L’Analyse

 

Cyberpunk, aliénation, art

 

Le roman de Mathieu Rivero décrit une société future très urbanisée, organisée en « mégalopoles », dans laquelle les corporations privées ont gagné énormément de pouvoir, ce qu’on observe dans le fait qu’elles détiennent des milices privées, armées et augmentées, à l’image d’entreprises de sécurité, telles que « Bodywatch » ou « Oneguard », et qu’elles puissent infliger des peines condamnant des criminels, comme peut le faire « Ascensus », par exemple. Madharva s’ancre dans le genre du cyberpunk. Le futur dépeint par l’auteur est dominé par des mégacorporations, et est hypertechnologique, puisqu’Internet a évolué pour devenir la « Tapestry », les hologrammes se sont démocratisés, de même que les augmentations cybernétiques de l’organisme humain, ce qui a supposément démocratisé le transhumanisme (on verra que c’est un peu plus complexe). On trouve ainsi des cyborgs dans le roman, à l’image du personnage éponyme, mais également des univers virtuels et des réseaux parallèles, matériels comme virtuels, au sein desquels évoluent des personnages marginaux, qui forment une véritable société parallèle, à l’image de David de Vries. En effet, certaines séquences du roman le mettent en scène lors d’affrontements au sein d’univers virtuels, au cours desquels il utilise des « grenades hard reset » pour vaincre ses ennemis.  Madharva correspond donc à la définition et à l’esthétique du cyberpunk.

Le récit mobilise donc les ressorts du cyberpunk, qu’il utilise pour traiter des problématiques du transhumanisme, mais également de l’aliénation des artistes dans une société technologique. On peut remarquer que d’autres auteurs vont plus loin dans la dépossession de l’art par la technologie, puisque Jean Baret décrit dans ses romans de la trilogie Trademark (BonheurTM et VieTM) des sociétés au sein desquelles l’art est produit par des IA.

L’auteur décrit l’aliénation des « augmentés » et des cyborgs, en montrant tout le paradoxe de la situation qu’ils vivent. En effet, les augmentés, malgré le fait qu’ils soient d’une certaine façon plus qu’humains, grâce aux capacités qu’ils acquièrent grâce à leurs prothèses et leur technologie embarquée, ce qu’on observe d’ailleurs à travers le point de vue de David De Vries, le personnage point de vue du récit. David acquiert des augmentations au cours du récit, telles qu’une augmentation neuronale appelée « Locke » ou un taser intégré à son bras, et devient donc un augmenté, doté de nouvelles capacités. Cependant, il se trouve soumis aux caprices de la technologie, notamment en termes énergétiques, puisqu’il doit consommer beaucoup plus de nourriture, mais également au capital, puisque les firmes d’augmentation interdisent de modifier ou customiser ses augmentations. Les augmentés sont alors aliénés par leur corps et la technologie qu’ils portent, malgré les avantages qu’elle leur procure.

On observe que le capital, par le biais de l’industrie musicale et du divertissement, a complètement aliéné l’art dans l’univers cyberpunk de Mathieu Rivero. Ainsi, la chanteuse cyborg Madharva est totalement sous la coupe de son agent, Ari, qui lui dicte ses agissements, ses discours, son image publique, et même sa musique, sans même qu’elle puisse avoir son mot à dire. Elle apparaît donc comme un pur produit de l’industrie musicale, dépossédée de sa capacité à véritablement créer, et condamnée à n’être que la marionnette de ceux qui gagnent de l’argent sur son dos, de manière assez toxique, puisque son agent adopte un comportement particulièrement odieux avec elle. On observe alors que les artistes tels que Madharva appartiennent à une catégorie dominée par les détenteurs des capitaux, à savoir les maisons de disques et leurs représentants.

Le roman traite alors de l’émancipation et de la lutte part l’art, à la fois par le destin individuel d’artiste de Madharva, et à travers elle, de la lutte des augmentés pour leurs droits. En effet, Madharva cherche peu à peu à s’éloigner de la houlette de son agent et du système qui produit son art pour s’engager pleinement dans la défense des augmentés grâce à ses chants, en devenant leur égérie. L’émancipation et l’affirmation de Madharva permettent alors aux augmentés d’obtenir une figure artistique et politisée, qui prend la parole publiquement en leur faveur. Mathieu Rivero présente alors le monde de l’art comme un secteur capable à la fois de se politiser, mais également comme un milieu qui peut devenir très lisse artistiquement comme politiquement. Le combat de Madharva permet alors aux augmentés de lutter contre les discriminations qui les visent.

Les augmentés de société de Madharva subissent en effet des discriminations de la part des « singularistes », qui refusent que le corps humain soit perverti par la technologie et agressent alors les augmentés et les cyborgs. C’est d’ailleurs sur l’agression de Madharva par un réseau de singularistes que David de Vries doit enquêter. Mathieu Rivero met donc en scène une société au sein de laquelle le transhumanisme constitue à la fois une source d’aliénation par la technologie elle-même, mais également une source de discriminations, puisque les augmentés et les cyborgs sont agressés et violentés par une partie de la société. David se confronte à certains d’entre eux, de manière souvent violente, ce qui donne lieu à des scènes d’action bien orchestrées.

On peut observer que Madharva s’ancre aussi dans le cyberpunk dans les rapports sociaux qu’il dépeint, parce qu’il marque une aliénation de l’être humain par les mégacorporations, à cause de la technologie et des rapports de force entre la classe dominante et les classes laborieuses, notamment par le biais de contrats, que subissent par exemple Madharva et David. La chanteuse cyborg est ainsi littéralement attachée à son agent à cause de son contrat et ne peut donc pas s’en séparer, tandis que David doit obéir à des ordres immoraux pour supposément protéger les intérêts de Madharva (qui s’avèrent en réalité ceux de sa maison de disques).

Cependant, on peut également affirmer que Mathieu Rivero mobilise les ressorts du post-cyberpunk, parce que Madharva et David ne sont pas résignés face à leur sort et tentent de s’en sortir, et de changer leur société, puisque la chanteuse cherche, à travers ses textes, à se battre pour les augmentés et les cyborgs. Le personnage de David, quant à lui, apparaît assez ambigu, parce qu’en dehors de ses convictions explicitement progressistes, David apparaît comme un protagoniste type de récit cyberpunk, puisque c’est un marginal et un hacker qui vit comme une sorte de mercenaire (oui, comme un certain Kaaro), qui est le jouet de forces qui le manipulent (je ne peux pas vous en dire plus), mais qui se trouve touché par les combats de Madharva.

 

Le mot de la fin

 

Madharva raconte la manière dont une société hypertechnologique et corporatiste aliène l’être humain, à travers les dérives capitalistiques et discriminatoires liées aux augmentations cybernétiques du corps, mais également l’art, en montrant la manière dont une chanteuse cyborg, Madharva, se trouve dépossédée de son identité artistique par l’industrie musicale. David de Vries, hacker et mercenaire engagé pour la protéger, se transforme aux côtés de la chanteuse, pour rejoindre son combat pour les cyborgs et les augmentés.

Si vous aimez le Cyberpunk, je ne peux que vous recommander la lecture de Madharva !

Vous pouvez également consulter les chroniques de Célindanaé, Chut Maman Lit, Le Comptoir de l’écureuil

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