Danses Aériennes, de Nancy Kress

Salut à toi, lecteur. Aujourd’hui, je t’emmène à la découverte de la plume de Nancy Kress, avec

Danses Aériennes

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Introduction

 

Nancy Kress est une auteure américaine née en 1948. Elle écrit beaucoup de science-fiction, mais pratique également le genre de la fantasy. Elle est publiée depuis le début des années 1980, mais son œuvre n’est que partiellement traduite en Français (et reste assez peu disponible, il me semble), malgré son succès outre Atlantique. Parmi les publications récentes de ses œuvres dans notre pays, on peut noter L’une rêve, l’autre pas et Après la chute, parus chez ActuSF en 2012 et 2014, et Danses Aériennes, paru aux éditions du Bélial en 2017, dans la collection Quarante-Deux.

Avant de continuer, j’aimerais vous parler un peu de la collection Quarante-Deux du Bélial, parce que j’adore cette collection et son principe, certes, mais pas seulement. Cette collection a été créée par les éditeurs afin de, et je cite l’avant-propos d’Au-delà du gouffre, le recueil consacré à Peter Watts, « faire en sorte que les lecteurs – et les auteurs – de Science-Fiction en français aient accès à l’essence du genre tel qu’il se pratique ailleurs, c’est-à-dire aux textes courts qui le font évoluer bien plus que toute autre forme de roman, et puissent ainsi contribuer immédiatement à la Conversation globale sans attendre vingt ans ci ou trente ans là… ». En d’autres termes, de promouvoir des auteurs de science-fiction du corpus contemporain qui ne sont pas assez connus sur le sol français, dans le but de les faire découvrir au lectorat et lui montrer différentes facettes de ces auteurs, le tout dans un format que je trouve magnifique, avec couverture à rabats papier de qualité. De plus, les recueils qui paraissent dans cette collection sont agrémentés de notes, de bibliographies complètes et surtout, elles sont parfois dotées d’avant-propos, de préfaces, ou de postfaces, ce qui leur donne un aspect savant. Cette collection a pour le moment publié l’intégrale des nouvelles de Greg Egan dans trois recueils, Axiomatique, Océanique et Radieux, des récits de Ken Liu dans La Ménagerie de papier, des récits de Peter Watts dans Au-delà du gouffre, et dernièrement, des récits de Nancy Kress avec Danses Aériennes, le recueil dont je vais vous parler aujourd’hui. À noter que je me suis également procuré les recueils consacrés à Peter Watts et Ken Liu, ce qui signifie que je vous en parlerai sans doute prochainement.

Voici donc la quatrième de couverture du recueil :

« Depuis l’observatoire du pont supérieur du Kepler, où la coque Schaad transparente s’ouvre aux étoiles, j’admire, debout entre Ajit et Kane, le départ de la sonde. L’observatoire, qui sert de jardin au vaisseau, exhibe à foison mes fleurs exotiques en une profusion telle que pour voir s’éloigner l’engin, il faut se tasser entre la cloison et un massif de comoralias de deux mètres de haut. […] Au-delà du Kepler s’étend la région la plus violente, la plus spectaculaire de la galaxie, dans sa splendeur meurtrière… »

Née à Buffalo dans l’État de New York, en 1948, Nancy Kress a publié une trentaine de romans et près de cent cinquante nouvelles. Traduite dans une quinzaine de langues, distinguée par de nombreux prix littéraires internationaux, sa science-fiction, qui puise aux vertiges du génie génétique et de l’intelligence artificielle, situe l’humain et son devenir au cœur de ses problématiques…

Élaboré selon les principes d’exigence propres à « Quarante-Deux », à l’image des recueils de Greg Egan, de Peter Watts et de Ken Liu dans la même collection, Danses aériennes, sans équivalent en langue anglaise, réunit onze récits — dont cinq courts romans. Pensé comme une porte d’entrée, une invite à la découverte d’une œuvre essentielle au sein du corpus SF contemporain, il s’avère un cocktail corsé aux perspectives prodigieuses. »

Le recueil regroupe donc les récits intitulés Le Sauveur, Touchdown, Evolution, Fin de Partie, Shiva dans l’Ombre, A la mode, à la mode, Le Bien Commun, On va y arriver, Un, Trottoir à 12h10 et Danse Aérienne.

Pour les besoins de cette chronique, j’étais obligé de vous donner la quatrième de couverture et le sommaire du recueil dans son entièreté. Je m’explique.

Je ne vais pas analyser un par un les récits qui constituent ce recueil, parce que comme dans le cas de Zothique (et de tous les recueils dont je vous parlerai par la suite), je considère qu’il est plus intéressant de vous donner quelques caractéristiques d’ensemble sur le recueil, pour que vous puissiez cerner la plume de l’auteur dont je vous parle. La question sera également de savoir si l’on peut arriver, parmi ces « onze facettes de Nancy Kress », à tirer des généralités.

Mon analyse portera donc sur le thème de l’Homme et de la biologie dans le recueil, puis je m’interrogerai sur le (prétendu) pessimisme des récits de Nancy Kress, pour enfin interroger son rapport à la science (attention, il ne s’agit pas ici d’attaquer l’auteure personnellement, simplement d’interroger ce qui a pu être dit lors de ses interviews à travers le prisme de ses récits).

L’Analyse

 

L’Homme et la biologie

 

Avant de commencer à m’intéresser aux récits de Nancy Kress, j’avais lu un peu partout (sur des blogs et surtout dans la préface d’Après la chute, que je n’ai malheureusement pas encore lu), que « l’humain est au cœur de son projet ». Je ne pensais pas que ce serait aussi vrai, mais je vais tout de même commencer par vous parler de la biologie.

La biologie, et les sciences et procédés qui découlent de celle-ci, sont très présents dans le recueil, avec le « clonage », les améliorations génétiques, les traitements « anti-scénescence » ou encore la lutte contre les maladies. Les sciences sont présentes dans tous les récits du recueil, ce que l’on constate avec l’utilisation de néologismes comme « bio-améliorations » (dans Danse Aérienne) ou « génémods » (dans Shiva dans l’Ombre et dans Le Sauveur), mais aussi grâce aux produits et technologies inventées par l’auteure, avec par exemple les « drogues » permettant de modifier les sentiments dans A la mode, à la mode. On peut également remarquer que les nanotechnologies sont également présentes dans certains récits.

« Mais quel rapport les sciences ont avec l’être humain ? », me direz vous.

J’ai constaté que chez Nancy Kress, les sciences sont présentes dans les récits parce qu’elles aident l’Homme à se surpasser, à s’améliorer lui-même, ainsi que son environnement. En effet, certains récits sont marqués par une forte conscience écologique, notamment Le Sauveur et Le Bien Commun, et dans d’autres, l’Homme a réussi à se débarrasser de certains obstacles. Ainsi, des villes hautement polluées sont décontaminées grâce aux nanotechnologies dans Le Sauveur, il est fait mention du fait que le cancer a été vaincu dans Danse Aérienne et dans On va y arriver, le vieillissement est quasiment vaincu dans Shiva dans l’Ombre, et on peut affirmer, d’une certaine manière, que l’Homme dispose d’un contrôle quasi total sur ses sentiments grâce aux drogues présentes dans A la mode, à la mode.

Les sciences (et le genre de la science-fiction, plus généralement) permettent à Nancy Kress d’interroger le futur de l’humanité, en la plaçant toute entière dans des situations extrêmes qui peuvent conduire à sa perte (dans Le Sauveur, Le Bien Commun, ou même dans Evolution), avec des maladies incurables ou à cause d’extraterrestres aux intentions floues, par exemple. Les récits qui constituent Danses Aériennes posent également beaucoup de questions éthiques qui peuvent pousser le lecteur à réfléchir. Danse Aérienne pose la question des modifications génétiques au stade embryonnaire, ainsi que celle des « bio-améliorations » : Est-ce qu’il est acceptable de pratiquer ce genre de modifications sur des humains ? Est-ce que c’est plus acceptable que de les pratiquer sur un chien ? Le Bien Commun, Shiva dans l’Ombre, Danse Aérienne, mais aussi Fin de partie, posent, chacun à leur manière, la question du sacrifice, qu’il soit fait au nom de l’ambition ou de la survie d’une espèce. Shiva dans l’Ombre pose également une question difficile à traiter : est-ce que la copie numérique d’un être humain, un « upload » dans le cas du récit, est toujours un être humain ? Peut-il être meilleur que la personne à partir de laquelle il est créé ? Comme vous pouvez le constater, une grande partie de ces questions éthiques se centre sur l’Homme.

Ces questions éthiques parcourent les récits et les font souvent déboucher sur une fin en demi-teinte, c’est-à-dire qu’ils ne débouchent jamais sur un véritable happy ending, parce qu’un ou éléments font toujours contrepoids à la situation finale des personnages, à cause de morts, de ruptures, ou de problèmes planétaires, comme vous pourrez le voir lorsque vous lirez les récits, car non, je ne vous spoilerai pas.

Les récits mettent de Nancy Kress, en plus de poser des questions éthiques, mettent également l’accent sur les sentiments humains, avec l’amour, l’ambition, la vengeance, et se concentrent parfois même sur ceux-ci, avec les récits A la mode, a la mode, Trottoir à On va y arriver, Un, Shiva dans l’Ombre, ou encore Evolution. On voit dans ces récits comment la science et la technologie pourraient influencer les relations de couple, ou les réactions insoupçonnées qu’elles pourraient provoquer lors de certaines opérations. Il m’a semblé très intéressant de voir que les récits de Nancy Kress conjuguent le propos de la SF avec le traitement des relations de couple, sans que cela soit du pur pathos ou que cela tombe dans la mièvrerie. Mais là encore, les récits qui mettent en jeu les sentiments des protagonistes se terminent souvent mal, voire très mal.

Vous le constaterez par vous-mêmes, une grande partie des récits de Nancy Kress dans Danses Aériennes se terminent mal.

Est-ce que cela signifie pour autant que l’auteure est pessimiste ? Que ses personnages sont maudits ?

Pessimisme ?

 

On pourrait supposer (mais néanmoins pas affirmer) que les récits de Nancy Kress sont marqués par un certain pessimisme.

En effet, la plupart des récits du recueil se terminent de manière assez sombre, soit à cause du mauvais comportement des personnages ou de leurs mauvaises décisons, soit à cause de situations catastrophiques qui font qu’ils se terminent sur des enjeux assez lourds.

Mais tout cela peut largement être nuancé. Les personnages qui adoptent des comportements que l’on peut qualifier de « mauvais » ne le font pas parce qu’ils sont eux-mêmes mauvais, mais parce qu’ils sont en proie à des sentiments qui sont très humains, comme l’ambition dans Fin de partie et Shiva dans l’Ombre, l’envie de vengeance dans Le Bien Commun, l’amour dans A la mode, à la mode et dans On va y arriver, ou encore la détresse dans Un, ce qui donne aux personnages de Nancy Kress une réelle profondeur et même une certaine tangibilité, parce qu’ils ne font pas le mal pour faire le mal.

Ensuite, on peut voir que certains récits se terminent sur une note d’espoir malgré leur fin, comme Trottoir à 12h10, Un, Le Bien Commun et Danse Aérienne (ces trois derniers sont, je pense, mes trois récits préférés du recueil). On pourrait toutefois contrebalancer cette affirmation par le fait que d’autres récits de Danses Aériennes se terminent sur une note de désespoir ou de manière très controversée (mais je ne peux pas vous en dire plus), avec Touchdown, Evolution et Shiva dans l’ombre en tête de liste.

Les récits de Nancy Kress ne sont en tout cas pas pessimistes au sens strict du terme, notamment vis à vis de l’Homme, qui n’est pas mauvais par essence, mais qui finit par mal agir à cause de certaines circonstances et de son environnement. Environnement qui est grandement influencé par la science, sous toutes ses formes dans les récits de Danses Aériennes.

Nancy Kress aurait-elle une « défiance vis-à-vis de la science », interroge la préface d’Après la chute ?

Nancy Kress et la science

 

Bien qu’on puisse voir dans les récits de Danses Aériennes une forme de pessimisme vis-à-vis de la science, avec toutes les questions éthiques et les situations désastreuses ou controversées, on peut néanmoins affirmer que l’auteure n’a pas de problèmes particulier avec les sciences, elle l’affirme clairement dans plusieurs interviews (mais également dans la préface d’Après la chute, et cela transparaît également dans ses récits, d’une certaine façon.

Les textes de Nancy Kress peuvent être assimilés au genre de la hard-science, ce sous-genre de la science-fiction où les auteurs sont en accord avec les théories scientifiques de leur époque. En effet, ses récits contiennent beaucoup d’explications scientifiques cohérentes. On peut donc supposer qu’elle possède un grand nombre de connaissances scientifiques dans les domaines sur lesquels elle écrit, ce qui signifie que ses extrapolations sont sans doute justes, dans le sens où elles ne sont pas farfelues.

Les récits se déroulent tous ou presque dans un futur relativement proche, c’est-à-dire après la fin du 21ème siècle, mais jamais trop loin dans l’avenir, le récit le plus lointain étant sans doute Le Sauveur, de par sa structure (et peut-être Shiva dans l’Ombre, de par la technologie qu’on y voit, et le fait que l’Homme ait colonisé l’espace). Grâce aux explications scientifiques, et au fait que les récits ne soient pas si éloignés temporellement, le lecteur peut très aisément imaginer le genre d’époque dépeinte par Nancy Kress. De plus, les futurs imaginés par l’auteure reflètent souvent des problématiques propres à notre époque, avec l’écologie, la pollution, les modifications génétiques, les nanotechnologies.

Alors certes, Nancy Kress adopte un ton qu’on pourra qualifier d’alarmiste, et certains récits pourront vous choquer lorsque vous les lirez. Mais je pense que c’est ce que souhaite l’auteure. Dans les récits de Danses Aériennes, Nancy Kress invite son lecteur à réfléchir sur des thématiques présentes à travers des futurs qui sont loin d’être roses, mais qui sont porteurs de très beaux récits.

Le mot de la fin

 

J’ai vraiment adoré Danses Aériennes, qui m’a permis de découvrir la formidable plume de Nancy Kress, avec de très bons récits, que j’ai tous appréciés, d’ailleurs. L’auteure dépeint une myriade de futurs qui sont extrêmement touchants, tant par la tangibilité de leurs personnages que leurs environnements souvent hostiles.

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5 réflexions au sujet de « Danses Aériennes, de Nancy Kress »

  1. Très intéressante analyse. Je ne l’ai pas encore lu, car je n’ai pas été suffisamment convaincu par la plume de Nancy Kress d’après ce que j’ai lu d’elle pour le moment, mais ta critique avance de bonnes raisons d’y retourner.

    Aimé par 1 personne

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