La Volonté de se battre, d’Ada Palmer

Salutations, lecteur. Aujourd’hui, je vais te reparler de cette merveille de SF qu’est Terra Ignota.

La Volonté de se battre, d’Ada Palmer

Introduction


Avant de commencer, j’aimerais préciser que cette chronique émane d’un service de presse des éditions du Bélial’. Je remercie chaleureusement Julien Guerry et Erwann Perchoc pour l’envoi du roman ! Ensuite, il s’agit de la chronique d’un troisième tome. Vous risquez donc de vous faire spoiler les événements de Trop semblable à l’éclair et Sept Redditions. Si vous souhaitez découvrir l’univers de Terra Ignota, vous pouvez lire mes chroniques des deux premiers volumes du cycle.

Ada Palmer est une autrice de science-fiction américaine née en 1981. Elle exerce le métier d’enseignante universitaire spécialiste de la Renaissance à l’université de Chicago.

Son premier roman, Trop semblable à l’éclair (Too Like the lightning en VO), est paru en 2016 aux États-Unis et a été acclamé par la critique, au point qu’elle a remporté le prix Campbell (désormais prix Astounding), et que son roman a été nominé au prix Hugo en 2017 (qui a été remporté par La Porte de cristal de N. K. Jemisin).

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui, La Volonté de se battre, est paru en 2017, et a été traduit par Michelle Charrier pour les éditions du Bélial’, qui ont publié la version française du roman en Février 2021.

En voici la quatrième de couverture :

« Printemps 2454.

L’âge d’or dans lequel vivait l’humanité depuis trois siècles a brutalement pris fin : corruption, prévarication, népotisme et meurtres calculés ; le prix véritable de cette exceptionnelle période de prospérité vient d’éclater au grand jour. Alors que le procès des responsables approche, l’opinion publique se divise : faire table rase du passé pour envisager un monde radicalement nouveau sous l’égide de J.E.D.D. Maçon, le dieu vivant, et ainsi plonger dans la Terra Ignota, ou sauver ce qui peut l’être de l’ordre ancien. Ruches et hors-Ruches, Utopistes et sensayers, seigneurs, empereurs et Servants se préparent à un affrontement qui paraît inévitable. À commencer par le premier d’entre tous, l’ultime prodige de Bridger, Achille, fils de Thétis et du roi Pélée, le maître des arts de la guerre, le dernier espoir, peut-être, de ce monde au bord du gouffre… »

Dans mon analyse du roman, je traiterai d’abord de la manière dont Ada Palmer montre une guerre en gestation et développe son monde, puis je reviendrai sur certains des personnages du roman et sa narration.


L’Analyse


Guerre et (dés)espoir(s) en gestation


La Volonté de se battre se déroule après les sept jours de transformation relatés dans Trop semblable à l’éclair et Sept Redditions, qui constituent le premier manuscrit intradiégétique de Mycroft Canner, le personnage narrateur du récit. Durant ces sept jours de transformation, le système des Ruches a été mis à mal. En effet, les 300 ans de paix et l’utopie que constituait le système politique décrit par Ada Palmer ont été ébranlés par des révélations qui en montrent les fondations violentes. L’existence d’OS, un bash d’assassins Humanistes chargés d’éliminer toute personne qui pourrait déclencher des conflits est devenue publique. Les membres d’OS ont ainsi effectué deux mille assassinats en trois siècles pour préserver la paix, avec l’appui des Ruches Européenne et Mitsubishi. Les Cousins ont appris que leur Service de Rétroaction avait été corrompu pour éviter certaines questions politiques, et les machinations de Madame pour contrôler la politique mondiale pour donner le pouvoir à son fils, J. E. D. D. Maçon sont devenues publiques. Ces révélations, couplées à la tentative d’assassinat de J. E. D. D. Maçon par Sniper, le treizième OS, qui échoue devant sa résurrection par Bridger (oui oui), amènent le système des Ruches à un climat de guerre. Un conflit ouvert entre les Ruches risque donc d’avoir lieu, mais personne ne sait réellement quand elle se déclenchera, ni quelles factions elle opposera. Deux « camps » émergent cependant peu à peu, celui de Jéhovah Maçon, et celui de Sniper.

Ada Palmer met donc en scène la manière dont naît et se prépare une guerre. Le patronage du philosophes Hobbes devient alors omniprésent en raison de sa pensée du conflit. L’auteur présume en effet que la guerre ne s’articule pas seulement autour des batailles au sens strict, mais qu’elle réside dans la « volonté de se battre » des acteurs du conflit. Cette notion donne d’ailleurs son nom au roman. On peut aussi remarquer que Mycroft Canner fait intervenir Hobbes directement au cours de ses débats avec son Lecteur. L’autrice débat et discute donc des idées de Hobbes sur l’état et le conflit en l’invoquant dans son roman, qui montre un véritable conflit de Léviathans, c’est-à-dire des puissances étatiques aux forces monstrueuses. Les Ruches se préparent donc à se battre, mais paradoxalement, elles souhaitent rendre le conflit plus humain, c’est-à-dire réduire sa violence au maximum, œuvrer pour la paix, et instaurer la prise en charge des blessés par des pôles médicaux, et éviter les pénuries et les famines en stockant le plus de denrées possible. Les Ruches sont épaulées par Achille, le héros de la guerre de Troie (oui oui, j’y reviendrai), qui les aide à s’organiser pour faire face au conflit. La Volonté de se battre décrit une société qui réapprend à faire la guerre, à se structurer autour d’un conflit armé de plus en plus inéluctable.

Cette génération n’a jamais vu d’homme qui ait vu un homme qui ait œuvré sur le champ de bataille. Les gouvernements ne disposent plus ni d’armées ni d’armes. Un être humain peut en tuer un autre avec un fusil, une épée, une pierre aiguisée, mais l’espèce humaine ne sait plus faire d’un enfant de dix-huit ans un soldat, elle ne sait plus ranger une émeute en ordre de bataille ou déshumaniser un ennemi de manière à rendre supportable sa mise à mort.

Le conflit qui s’amorce dans La Volonté de se battre se construit autour d’un clivage et de débats politiques qui opposent deux modèles sociétaux, celui de Sniper et celui de Jéhovah. Ce dernier cherche à réformer complètement la système politique des Ruches pour créer une société qui n’aurait pas besoin d’OS, et par extension, de violence pour fonctionner, tandis que Sniper défend les Ruches et l’utilisation d’OS. Ces deux postures alimentent des débats qui interrogent la nature utopique des Ruches et de la paix qu’elles ont engendrée, puisque la paix a été maintenue par des meurtres donnés comme nécessaires par les Humanistes, les Européens et les Mitsubishi. La culpabilité de ces Ruches, qui ébranle l’entièreté du système, pousse l’ensemble de l’Alliance à tenter de se réformer de manière plus ou moins radicale, à travers le procès d’Ockham Saneer qui donnent un cadre légal à OS, mais aussi à la refonte du mode de gouvernance de certaines Ruches. Ainsi, l’Europe abandonne son Premier Ministre et choisit d’être dirigée par un Empereur, en l’occurrence le roi d’Espagne, Isobel Carlos II. On remarque alors que si la violence employée par OS est fermement condamnée sur le plan moral, elle peut devenir légale et légitime, ce qui ébranle les convictions pacifistes de certains personnages.

Les factions de Jéhovah et de Sniper sont frappées par des manœuvres qui peuvent accélérer le début des hostilités. Ainsi, Jéhovah et les Maçons sont victimes d’agressions et d’infractions violentes, et Sniper d’une absence plus ou moins prolongée (je ne peux pas vous en dire plus).

La violence s’exprime également dans les débats politiques. Les Humanistes dans leur ensemble sont vus comme les responsables des exactions d’OS et voient par conséquent leur Ruche menacée de dissolution, en plus d’être victimes d’émeutes. Par ailleurs, les immuables et leur naissance reviennent dans les débats du Sénat à travers la faction des nourriciers, menés par Lorelei Cook. Les nourriciers se servent notamment du fait que les immuables Eureka Weeksbooth et Sydney Koons ont fait partie d’OS et ont commis des meurtres grâce au système de voitures automatiques, ce qui cause de nouvelles émeutes anti-immuables. L’émergence du conflit fait donc ressurgir l’intolérance d’une humanité standard envers des catégories transhumaines qui ont été fabriquées, à l’instar des immuables, mais aussi les autres « enfants bizarres » d’après Achille, tels que Ganymède et Danaé, que Madame a fabriqués, les enfants de bash d’Ando Mitusbishi, en partie immuables, ou même Jéhovah. Ada Palmer décrit donc des scènes de délibérations houleuses et de coups d’éclat politiques, mais aussi des actes de violence discriminants envers les immuables ou les Humanistes, qui sont illégitimes. On remarque cependant que d’autres actions sont légitimées par ceux qui les accomplissent malgré leur caractère violent. En effet, les Utopistes détruisent les « harbingers », c’est-à-dire les armes de destruction massive, les technologies qui pourraient permettre de les fabriquer, et capturent les ingénieurs et les scientifiques qui pourraient les concevoir, afin d’éviter l’emploi d’armes qui pourraient annihiler l’humanité au cours du conflit. Cependant, les agissements des Utopistes sont perçus comme une intrusion par les autres Ruches, malgré leur visée pacifiste. L’autrice évoque également le rôle que peuvent jouer (ou non) de grands criminels comme Cato Weeksbooth ou Thisbe Saneer, dont la monstruosité et l’amoralité transparaissent et semblent même éclipser les atrocités perpétrées par Mycroft. À travers ces deux personnages, mais aussi avec Mycroft et OS manière générale, Ada Palmer explore la rédemption possible de criminels et la possible légitimation de leurs actes.

La Volonté de se battre traite aussi de la question religieuse. En effet, le monde a appris l’existence, puis la disparition de Bridger, l’enfant capable de donner vie à des objets inanimés, qui a ressuscité Jéhovah Maçon, et qui s’est lui-même transformé en Achille, héros de la guerre de Troie d’Homère (mais pas que). Bridger et Jéhovah apparaissent comme deux entités divines, l’un parce qu’il dispose de pouvoirs surnaturels inexplicables par la science, l’autre parce qu’il se considère comme tel (oui oui), mais aussi parce qu’il est capable de transformer l’esprit de ceux qu’il croise de manière plus ou moins radicale. La société qui a banni les discussions religieuses se trouve donc aux prises avec le divin et les miracles.  L’humanité entière a « regardé la vidéo de la résurrection apparente du Tribun Maçon onze fois, en moyenne » et cherche à se rendre dans des « réserves religieuses », c’est-à-dire dans des enclaves où il est permis d’exercer une religion. Les événements survenus dans Sept Redditions frappent les croyances de la population et suscitent des débats sur la manière de les percevoir et de les encadrer. Ainsi, la société décrite par Ada Palmer se trouve confrontée au retour de la guerre, mais aussi à celui du sacré dans sa forme la plus pure, celle du miracle en lequel on peut croire ou non. On peut alors supposer que l’autrice fait régresser son monde pour marquer la chute de l’utopie qu’il constituait.

Le roman décrit le déroulement des Jeux Olympiques à Esperanza City, une ville située sur le continent Antarctique, fondée par les Utopistes et les Humanistes, où il est possible de vivre en portant une « peau thermique », qui permet au corps de ne pas subir les assauts des températures glaciales. La cérémonie de lancement des Jeux, mais aussi le déroulement des épreuves, montrent comment les compétitions sportives sont marquées par les événements politiques, mais aussi comment se déroule la conquête de Mars par les Utopistes, qui fêtent le début des Jeux avec le reste de l’humanité.

Salut à tous ! Ici Bradbury Crick, qui vous parle de la base martienne Odyssey. Ce que vous voyez là est le premier feu d’artifice jamais tiré sur la planète Mars.

Les Jeux Olympiques sont alors porteurs de l’angoisse de l’humanité face au conflit qui se prépare, mais aussi d’espoir, celui de pouvoir coloniser l’espace et de le rendre vivable pour l’humanité grâce à la terraformation, qui devient un possible moyen de réaliser une utopie. La possibilité d’une utopie par la terraformation de Mars est également décrite par Bruce Sterling dans Schismatrice, où cette ambition est défendue par les posthumanistes.

La Ruche Utopiste apparaît donc comme l’espoir d’un potentiel futur radieux pour l’humanité, et donc comme une population à défendre en l’excluant de la guerre. Cependant, cette exclusion se révèle ambivalente, puisqu’elle vise aussi à empêcher que les Utopistes prennent part au conflit et emploient des technologies trop avancées, qui feraient alors gagner la faction qu’ils rejoindraient. Le roman interroge alors la place de l’Utopie dans la société des Ruches, en montrant le rapport qu’elle entretient avec le présent, mais aussi les futurs possibles. Les noms des Utopistes, qui renvoient à des auteurs de science-fiction, apparaissent à ce titre comme des moyens de montrer cette exploration du futur. Voltaire Seldon renvoie donc à Hari Seldon de Fondation et au philosophe des Lumières, Bradbury Chick, qui se trouve sur Mars, à Ray Bradbury, auteur des Chroniques Martiennes, et Hugo Sputnik, à Hugo Gernsback, l’éditeur d’Amazing Stories, mais aussi aux satellites russes. Ainsi, si les trois siècles de paix sont définitivement brisés par la guerre, la violence et la désunion, les Utopistes, mais aussi Jéhovah, incarnent une forme d’espoir pour l’avenir de l’espèce humaine, dans l’espace, mais aussi sur Terre.

Personnages, dieux et mythes


Avant de mourir, Bridger a donné naissance à Achille, le héros de la guerre de Troie, celle qui est relatée par Homère, mais aussi celle que raconte Apollo Mojave dans sa propre vision futuriste du conflit antique. Achille est donc un soldat et un héros de guerre mythique au sein d’une époque qui s’apprête à faire la guerre et dont les croyances sont questionnées. Il se souvient des conflits qu’il a traversés, mais aussi de ses origines surnaturelles, corroborées par les sciences, qui font qu’il est littéralement une légende vivante, mais aussi l’un des personnages clés du conflit. En effet, c’est Achille qui apprend aux différentes factions la manière dont elles doivent faire la guerre, parce qu’il constitue une représentation de celle-ci, mais aussi de l’héroïsme.

« Oh, je ne doute ni du génome publié ni de votre croissance osseuse ni de votre régime alimentaire. Vous êtes un Grec de l’Antiquité, médicalement parlant. C’est juste ce qu’ons disent sur la manière dont vous êtes né à l’existence qui n’a aucun sens.

– Je suis d’accord en règle générale, acquiesça Achille, bien que mon retour maintenant ait un sens du point de vue narratif et que le récit soit une des forces les plus puissantes du monde, du moins pour moi. »

La science prouve donc la nature antique et miraculeuse d’Achille, qui entre en résonance avec son rôle dans le récit de guerre au sein même de la diégèse. On remarque alors qu’Achille a conscience d’être un personnage fictif par certains aspects, mais il connaît également le rôle qu’il doit jouer au sein du monde dans lequel il doit désormais vivre.

FAUST.

[…] Toutes mes excuses. Je vois que vous parlez grec aussi bien qu’anglais, mais j’aimerais savoir si, quand vous le faites, c’est le grec moderne ou le grec homérique qui vous vient ?

[…] Je vous ai cru à la seconde où vous avez passé la porte, mon garçon. Vous marchez en cheval, et vous avez fait trois pas tout droit comme pour laisser vos jambes arrière franchir le seuil avant de vous tourner vers moi. Je ne connais personne, à part vous, qui ait été élevé par des centaures. Il y a d’autres signes.

Le Directeur Faust observe donc que la nature mythique d’Achille est réelle, parce que certains « signes » ne trompent pas, comme le fait qu’il marche comme un cheval alors qu’il est humain (oui oui), ce qui met en évidence le fait qu’il a été élevé par le centaure Chiron. On observe alors que les miracles de Bridger ont rendu tangible physiologiquement et psychologiquement une origine légendaire, puisqu’Achille est marqué par son éducation et peut s’exprimer en grec ancien. Le héros ne comprend cependant pas toues les technologies du monde.

« Le système de transport des six Ruches vous souhaite la bienvenue à Esperanza City. […]

– Hein ? Qui êtes-vous ? Comment… Oh… un ordinateur parlant… » Achille avait réagi dès que la voix primesautière avait entamé ses salutations. Il porta vivement la main à son oreille, déjà rouge, car il tripotait le traceur dont il n’avait pas l’habitude. « Il va dire ça chaque fois que je vais aller quelque part ?

Ainsi, si Achille est censé apprendre aux Ruches à faire la guerre, il ne saisit pas exactement les technologies qu’elles emploient. Ce décalage, en plus d’ajouter une touche d’humour au récit, montre que même les héros doivent s’adapter au futur.

Sniper est quant à lui perçu comme un symbole de révolte contre l’hégémonie que Jéhovah cherche à acquérir et donc le défenseur du système des Ruches, mais aussi d’OS, qu’il pense nécessaire. Le fait que Sniper devienne un symbole de défense des Ruches se matérialise dans le symbole de ceux qui défendent le maintien des Ruches, qui est une cible. À l’inverse, les ambitions hégémoniques (voire totalitaires ?) de J. E. D. D. Maçon transparaissent dans son discours, qui ne laisse place à aucune contradiction. Il veut en effet que toutes les Ruches se soumettent pour décider lui- même de leur sort et de l’avenir de l’humanité, ce qui est légitimé par son caractère sacralisé et sa place déjà centrale au sein de tous les systèmes politiques. Jéhovah apparaît alors comme un dieu potentiel, qui pourrait sauver l’humanité, ou bien la détruire.

Je terminerai cette chronique en évoquant Mycroft Canner, le personnage narrateur et écrivain du récit. La Volonté de se battre montre Mycroft comme personnage qui dresse un compte rendu de la guerre à venir, mais aussi comme l’auteur du manuscrit qui traite des « sept jours de transformation » qui ont mis fin au système des Ruches, en cours d’écriture et de publication au moment du conflit. L’écriture de ce manuscrit transparaît dans les fractures du quatrième mur, qui montrent les interruptions du récit par le lecteur et les débats qui s’ensuivent, comme le font les précédents volumes de Terra Ignota. Cependant, ce troisième tome ajoute deux interlocuteurs aux débats, à savoir le philosophe Thomas Hobbes (oui oui) et un « Jeune lecteur », c’est-à-dire un lecteur qui n’aurait pas encore connaissance de Trop semblable à l’éclair et de Sept Redditions. Ces débats explorent des questions politiques, mais montrent aussi le caractère flottant de la narration de Mycroft, qui fait parfois des ellipses, volontaires ou non.

Le texte de Mycroft mis en scène par Ada Palmer est donc en construction de manière intradiégétique. Cet aspect du roman permet de mettre en question la fiabilité de narrateur de Mycroft jusqu’au niveau métadiégétique. On remarque en effet que le personnage est de plus en plus blessé psychiquement, puisqu’il a par exemple des hallucinations lors desquelles il entend la voix d’Apollo Mojave et débat avec lui. Les ellipses qu’il opère peuvent alors être perçues comme un flottement de l’esprit du personnage, lors du procès d’Ockham Saneer pour les crimes d’OS par exemple, mais aussi comme une sorte de mise sous silence d’événements dont il ne veut pas traiter, à l’image des changements qui ont pu s’opérer en Carlyle Foster, qu’il ne veut pas aborder.

Enfin, mais sans rentrer dans les détails, le niveau métadiégétique nous montre qu’une instance a modifié, commenté et corrigé les textes de Mycroft, « dans ses premiers livres et celui-là », au point d’avoir « coupé dans l’histoire des jours de transformation les signes de folie que j’ai décidé de conserver dans cette chronique plus récente. ». On observe donc que la voix de Mycroft a été altérée, ce qui contribue à remettre en cause la fiabilité de sa narration, et laisse entrevoir une autre voix narrative que la sienne. Ada Palmer modifie la voix de son personnage écrivain pour mieux questionner l’authenticité de ses propos et les mettre en perspective au sein de la diégèse.

Le mot de la fin


La Volonté de se battre est le troisième tome de Terra Ignota d’Ada Palmer. L’autrice montre comment la guerre se prépare au sein d’une utopie brisée par les meurtres et les manipulations politiques.

Achille, héros antique issu de Bridger, aide les Ruches et leurs dirigeants à anticiper leurs besoins au cours du conflit à venir. Sa présence et ses conseils apparaissent alors nécessaires, alors que des émeutes et les débats politiques violents émergent et suscitent des antagonismes qui fracturent la société en deux pôles. J. E. D. D. Maçon souhaite sortir du système des Ruches et créer un monde qui n’aurait pas besoin d’OS pour fonctionner, tandis que Sniper cherche à le sauver et le légitimer.

Le roman est alors marqué par l’émergence inévitable du conflit, relatée par Mycroft Canner, lui aussi, ce qui impacte la fiabilité de sa narration, remise en question à plusieurs reprises.

Comme les volumes précédents de Terra Ignota, La Volonté de se battre m’a administré une claque sévère, et je ne peux que vous le recommander !

Vous pouvez également consulter les chroniques de FeydRautha, Ombrebones, Just A Word, Gromovar, Laird Fumble, Tigger Lilly, Le Vaisseau Livres, Rêve général

10 commentaires sur “La Volonté de se battre, d’Ada Palmer

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